C'est une première en France. Le tribunal correctionnel
d'Orléans a relaxé, vendredi 9 décembre,
49 "faucheurs volontaires" , estimant qu'ils "rapportent
la preuve qu'ils ont commis une infraction de dégradation
volontaire de biens d'autrui en réunion pour répondre
de l'état de nécessité". Ils étaient
poursuivis pour deux fauchages dans le Loiret en 2004 et
2005 de parcelles de maïs génétiquement
modifié appartenant à l'américain Monsanto.
Les prévenus ont seulement été solidairement
condamnés à indemniser Monsanto au titre de
l'action civile, pour un montant de près de 6 000
euros, soit bien moins que les 398 000 euros de dommages-intérêts
que la société avait demandés.
L'état de nécessité, avancé par
le tribunal pour justifier sa décision, "résulte
de la diffusion incontrôlée de gènes
modifiés qui constitue un danger actuel et imminent
pour le bien d'autrui, en ce sens qu'il peut être la
source d'une contamination et d'une pollution non désirée".
Pour le tribunal, "la France a imparfaitement retranscrit
en droit interne les termes de la directive européenne
relative à la dissémination volontaire d'organismes
génétiquement modifiés et n'a pas transposé la
directive européenne, qui exige notamment une évaluation
précise et détaillée des risques pour
l'environnement." Le procureur a annoncé que "le
parquet faisait appel de cette décision ainsi que
la société Monsanto".
" IL FAUT MAINTENANT ALLER PLUS LOIN"
Jean-Emile Sanchez, ancien porte-parole de la Confédération
paysanne, contre lequel le parquet avait requis trois mois
d'emprisonnement ferme en raison de ses condamnations précédentes
dans deux affaires similaires, a déclaré que
la France était de ce fait "dans l'illégalité". "C'est
une grande victoire pour les anti-OGM. Pour la première
fois dans un tel procès, les prévenus sont
relaxés. Cette décision doit faire jurisprudence",
a-t-il souligné."On attend maintenant des décisions
politiques", a ajouté M. Sanchez.
Un sentiment partagé par l'ancienne ministre de l'environnement,
Dominique Voynet qui précise que c'est une décision "très
précieuse parce qu'elle reconnaît le principe
de précaution, inscrit dans la Constitution et au
nom duquel les faucheurs avaient agi". La sénatrice
Vert de Seine-Saint-Denis a ajouté que "maintenant
il faut aller plus loin". "Les OGM ont été bannis
en Italie, Autriche et Suisse, et le gouvernement français
doit organiser le débat démocratique et mettre
sa bonne parole écologique en accord avec ses actes."
Noël Mamère, député-maire de Bègles
(Gironde), lui-même poursuivi à Toulouse dans
une autre affaire de fauchage d'OGM, a salué "la
première victoire des faucheurs volontaires devant
les tribunaux". Il a souhaité "que cette
décision historique ait un impact sur les politiques
et que la France accepte enfin de débattre de cette
question qui menace la biodiversité".
Avec AFP

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