L'Est républicain - 08 juin 05

AOC, AB, Label Rouge et OGM : l'impossible ménage à quatre

En marge des raids des « Faucheurs volontaires », plusieurs associations écologistes lancent une campagne plus pacifique contre les OGM.

Plus que jamais mobilisés pour empêcher une possible déferlante de plantes transgéniques dans les campagnes de France, un collectif d'associations é cologistes lance aujourd'hui à Paris une offensive contre une future « loi génétiquement modifiée » qui devrait adopter le principe de la coexistence des OGM avec l'agriculture bio (AB) ou conventionnelle. Cette initiative surgit au moment ou l'INRA vient d'obtenir la coordination du programme européen Co-Extra, dont l'une des motivations est de définir des règles plus précises de cohabitation entre les filières (ER du 7 juin). Pour les écolos, cet outil de recherche est un moyen habile de ménager « la prochaine loi qui doit transposer en droit français une directive européenne sur la dissémination des OGM », explique Stephen Kerckhove, du mouvement Agir pour l'environnement, « les 13,5 millions d'euros sur 4 ans que Bruxelles va injecter dans le programme scientifique Co-Extra auraient été mieux utilisés pour stimuler le développement de l'agriculture biologique, notamment en France où la demande exponentielle de ce type de produits par le consommateur est tributaire à plus de 50 % des importations ! ».

Apprentis sorciers

Selon le militant, « le projet Co-Extra est paradoxal car on va financer des é tudes pour voir si la coexistence est possible mais en même temps on continue à autoriser la diffusion d'OGM sur le marché. Comme on ne maîtrise pas la situation scientifiquement, on aurait pu s'attendre à un moratoire : si au bout de 4 ans l'INRA s'aperçoit que cette coexistence est impossible, cela signifiera qu'on a joué une fois de plus aux apprentis sorciers ». La campagne d'information du collectif est orchestrée autour d'une brochure diffusée à 170.000 exemplaires adressés aux parlementaires et surtout « aux organismes qui certifient les AOC et les labels Rouge afin qu'ils excluent de leur cahier des charges le recours aux OGM, notamment dans l'alimentation animale, car c'est principalement par là que s'écoule 80 % des OGM en France ». Outre cette précision, les opposants réclament dans la prochaine loi que plus de précisions soient apportées au niveau de la responsabilité. Sur ce point précis, ils adhèrent au modèle allemand qui permet à un paysan bio de réclamer des dommages et intérêts en cas de contamination de ses cultures par des OGM.

La mort du bio

Mais ils mettent toutefois la barre plus haut en demandant que l'agriculteur « contaminant » ne soit pas le seul à porter le chapeau, « car il peut y avoir aussi une dissémination des OGM pendant leur transport. On souhaite que la responsabilité cible directement l'obtenteur, celui qui a fait breveter la modification génétique et qui l'a mise sur le marché », ajoute Kerckhove.

La requête a très peu de chance d'aboutir, mais selon les écolos, « elle représente une parade contre la pollution des cultures bio par la transgénèse ». Actuellement l'Europe a fixé à 0,9 % le taux de présence fortuite d'OGM dans les aliments qui déclenche l'obligation d'un étiquetage. En avril dernier, cette notion de seuil avait été étendue aux semences dans les propositions d'une Mission parlementaire sur les OGM, mais sans apporter la moindre distinction entre agriculture biologique et conventionnelle, « ce qui revient à porter un coup fatal au bio », avait déclaré le député Vert Yves Cochet lors de la présentation du rapport. L'élu de Paris avait été associé à la Mission, mais il avait voté contre ses conclusions.

Patrice COSTA

 

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