En marge des raids des « Faucheurs volontaires »,
plusieurs associations écologistes
lancent une campagne plus pacifique contre les OGM.
Plus que jamais mobilisés pour empêcher une
possible déferlante de plantes
transgéniques dans les campagnes de France, un collectif
d'associations é
cologistes lance aujourd'hui à Paris une offensive
contre une future « loi
génétiquement modifiée » qui
devrait adopter le principe de la coexistence
des OGM avec l'agriculture bio (AB) ou conventionnelle.
Cette initiative
surgit au moment ou l'INRA vient d'obtenir la coordination
du programme
européen Co-Extra, dont l'une des motivations est
de définir des règles plus
précises de cohabitation entre les filières
(ER du 7 juin). Pour les écolos,
cet outil de recherche est un moyen habile de ménager « la
prochaine loi qui
doit transposer en droit français une directive
européenne sur la
dissémination des OGM », explique Stephen
Kerckhove, du mouvement Agir pour
l'environnement, « les 13,5 millions d'euros sur
4 ans que Bruxelles va
injecter dans le programme scientifique Co-Extra auraient été mieux
utilisés
pour stimuler le développement de l'agriculture
biologique, notamment en
France où la demande exponentielle de ce type de
produits par le
consommateur est tributaire à plus de 50 % des importations
! ».
Apprentis sorciers
Selon le militant, « le projet Co-Extra est paradoxal
car on va financer des é
tudes pour voir si la coexistence est possible mais en
même temps on
continue à autoriser la diffusion d'OGM sur le marché.
Comme on ne maîtrise
pas la situation scientifiquement, on aurait pu s'attendre à un
moratoire :
si au bout de 4 ans l'INRA s'aperçoit que cette
coexistence est impossible,
cela signifiera qu'on a joué une fois de plus aux
apprentis sorciers ». La
campagne d'information du collectif est orchestrée
autour d'une brochure
diffusée à 170.000 exemplaires adressés
aux parlementaires et surtout « aux
organismes qui certifient les AOC et les labels Rouge afin
qu'ils excluent
de leur cahier des charges le recours aux OGM, notamment
dans l'alimentation
animale, car c'est principalement par là que s'écoule
80 % des OGM en
France ». Outre cette précision, les opposants
réclament dans la prochaine
loi que plus de précisions soient apportées
au niveau de la responsabilité.
Sur ce point précis, ils adhèrent au modèle
allemand qui permet à un paysan
bio de réclamer des dommages et intérêts
en cas de contamination de ses
cultures par des OGM.
La mort du bio
Mais ils mettent toutefois la barre plus haut en demandant
que l'agriculteur «
contaminant » ne soit pas le seul à porter
le chapeau, « car il peut y
avoir aussi une dissémination des OGM pendant leur
transport. On souhaite
que la responsabilité cible directement l'obtenteur,
celui qui a fait
breveter la modification génétique et qui
l'a mise sur le marché », ajoute
Kerckhove.
La requête a très peu de chance d'aboutir,
mais selon les écolos, « elle
représente une parade contre la pollution des cultures
bio par la
transgénèse ». Actuellement l'Europe
a fixé à 0,9 % le taux de présence
fortuite d'OGM dans les aliments qui déclenche l'obligation
d'un étiquetage.
En avril dernier, cette notion de seuil avait été étendue
aux semences dans
les propositions d'une Mission parlementaire sur les OGM,
mais sans apporter
la moindre distinction entre agriculture biologique et
conventionnelle, « ce
qui revient à porter un coup fatal au bio »,
avait déclaré le député Vert
Yves Cochet lors de la présentation du rapport.
L'élu de Paris avait été associé à la Mission, mais il avait voté contre
ses conclusions.
Patrice COSTA