En annonçant, jeudi 19 octobre dans l'émission "Questions
d'info LCP-Le
Monde-France Info", la transposition par décret
des directives européennes
sur les organismes génétiquement modifiés
(OGM), le ministre délégué aux
relations avec le Parlement, Henri Cuq, a implicitement admis
que le projet
de loi sur les OGM ne figurait plus à l'ordre du jour
prioritaire du
Parlement.
"C'est un problème de calendrier", a plaidé le
ministre. "En réalité, la
majorité n'en veut pas", a-t-il reconnu hors
micro.
L'annonce, à peine rendue publique, a jeté un
certain émoi au ministère de
la recherche. Le ministre, François Goulard, avait
encore affirmé, le 4
octobre, lors de la conférence de presse mensuelle
du premier ministre, que
le gouvernement étudiait "la possibilité d'inscrire
ce texte à l'Assemblée",
malgré un calendrier "très chargé".
Adopté en première lecture au Sénat,
le 23 mars, le texte devait
originellement être examiné en mai à l'Assemblée
nationale.
Le projet de loi vise à encadrer l'utilisation des
OGM en milieu ouvert ou
confiné, à des fins de recherche ou de mise
sur le marché. Il transpose dans
la législation nationale les directives européennes
du 26 octobre 1998 et du
12 mars 2001, en les assortissant de certaines des recommandations émises
par la mission d'information parlementaire qui a rendu son
rapport en avril
2005.
Au Sénat, seule l'UMP avait voté pour. Le
groupe UDF s'était abstenu,
jugeant "trop modestes" les mesures préventives.
Le PS, le PCF et les Verts,
opposés à la culture d'OGM en plein champ,
avaient voté contre.
"A LA PETITE SEMAINE"
La France a été condamnée par la Cour
de justice des Communautés européennes
pour avoir transposé de manière incomplète
la directive de 1990 concernant
les micro-organismes en milieu confiné. Elle s'expose
de ce fait à une
astreinte de 168 000 euros par jour si elle ne se met pas
en conformité. Ces
modifications sont incluses dans le projet de loi.
Le ministre de la recherche n'entend pas, toutefois, renoncer à son
texte. "
Cuq s'est planté", a-t-on immédiatement
réagi au ministère. Un peu plus
tard dans la soirée de jeudi, M. Cuq devait préciser,
dans un communiqué,
que, "seule la disposition de la directive du 23 avril
1990, qui fait
l'objet d'une procédure d'infraction par la Commission
européenne (...),
pourra trouver une solution par la voie de décrets,
afin de stopper toute
condamnation pécuniaire". "Bien évidemment,
le projet de loi sur les OGM
poursuivra sa navette et conserve sa pertinence et son actualité",
ajoute le
communiqué, sans indiquer pour autant qu'il va être
inscrit à l'ordre du
jour de l'Assemblée.
Dans un communiqué commun, Agir pour l'environnement,
Greenpeace, France
nature environnement, la Confédération paysanne
et Attac estiment que "le
gouvernement gère à la petite semaine le dossier
des OGM". "Une loi était en
discussion, elle doit passer par le Parlement", réclame
Arnaud Apoteker, de
Greenpeace.
De son côté, Nathalie Kosciusko-Morizet, députée
de l'Essonne et déléguée
générale de l'UMP à l'écologie,
juge "acceptable" que certaines mesures
soient prises par décret pour éviter une sanction. "Mais
il me semble
indispensable qu'il y ait un grand débat démocratique
sur les OGM et que le
Parlement en débatte", ajoute l'ancienne rapporteure
de la loi
constitutionnelle sur la charte de l'environnement.
Hervé Kempf et Patrick Roger

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