«Il existe un problème de l'usage commercial
des OGM, a hier reconnu le ministre de l'Agriculture Dominique
Bussereau, en marge de l'inauguration du salon Tech Ovin, à Bellac
(Haute-Vienne), en réagissant à nos informations
(nos éditions d'hier) selon lesquelles plus d'un millier
hectares de maïs transgénique à destination
commerciale ont été cultivés cette année
en France. Le gouvernement proposera une loi à l'automne,
qui permette de sortir de la situation».
Une superficie
de 500 de maïs OGM a été déclarée
aux services de la protection des végétaux,
principalement dans le Sud-Ouest, mais le ministère
de l'Agriculture n'a pas rendu publics ces chiffres qui marquent
un net retournement de tendance (l'an dernier, 17 hectares
d'OGM avaient été cultivés). Si l'on
prend en compte les cultures de maïs OGM non déclarés
- faute de réglementation la déclaration n'est
pas obligatoire - ces chiffres pourraient être bien
plus importants dans le Sud-Ouest. Ces nouveaux agriculteurs
d'OGM s'approvisionnent en semences en Espagne où ils écoulent
leur production. Ces pratiques n'ont rien d'illégal.
En effet, plusieurs variétés de maïs BT
cultivés ont été autorisées à la
culture avant la mise en place du moratoire de 1999 dans
tous les pays de l'Union européenne.
Christophe Terrain,
le président de l'Association
générale des producteurs de maïs (AGPM),
a souhaité la mise en place rapide d'une réglementation
sur les cultures de maïs OGM. «Elle serait arrivée
un an plus tôt, ça aurait été plus
agréable pour tout le monde pour travailler.» Il
a invité les agriculteurs intéressés
par la production de maïs OGM à jouer la transparence
avec leurs voisins et leurs organismes stockeurs et à se
déclarer au Comité de biovigilance.
Martin Malvy, le président de la région Midi-Pyrénées
où se concentre une bonne partie des cultures 2005
de maïs OGM souligne dans un communiqué qu'il
avait, dès le début 2003, «délibéré pour
appeler le gouvernement à prendre ses responsabilités
sur la légalisation en matière de cultures
transgéniques en plein champ». Soucieux que
soient établies des règles de coexistence entre
les cultures OGM et les autres cultures, il se déclare
néanmoins très réticent vis-à-vis
des OGM. «On peut comprendre l'alerte lancée
par José Bové même si je n'approuve pas
les destructions d'essais des plantes transgéniques.»
Trois points dans la réglementation font débat
: la définition des règles de coexistence
entre les cultures OGM et les autres cultures (conventionnelles,
bio, terroir) ; la question de la responsabilité (qui
paie en cas de contamination par les cultures OGM) ; et
le taux maximal acceptable présent accidentellement
dans les denrées font l'objet d'âpres discussions
(l'Espagne l'a fixé à 0,9% et l'Allemagne à 0,1%).
Sur tous ces points, il n'y a toujours pas d'accord entre
les écologistes et les pro-OGM. C'est pourquoi l'association
Agir pour l'environnement ironise en affirmant être «sur
la même position que les producteurs de maïs
qui réclament une législation française
pour encadrer la dissémination et établir
un régime clair de responsabilité».
En réalité,
les uns veulent mettre en place des règles tellement
sévères qu'elles condamneraient les OGM,
les autres espèrent se faire accepter en offrant
un maximum de garantie, économiquement acceptable.
