S'ils avaient cherché à "noyer le poisson" ,
selon Dominique Cellier, du laboratoire de mathématiques
Raphaël Salem (CNRS-université de Rouen), les
statisticiens de Monsanto ne s'y seraient pas pris autrement
pour analyser les résultats de tests conduits sur
des rats nourris 90 jours avec le maïs transgénique
MON 863.
Le mathématicien est aussi membre du CRII-GEN (Comité de
recherche et d'information indépendantes sur le génie
génétique), présidé par Corinne
Lepage, ancienne ministre de l'environnement du gouvernement
Juppé. Il vient de conduire, à la demande de
Greenpeace, une étude préliminaire sur le dossier
déposé en août 2002 par Monsanto auprès
des autorités allemandes en vue d'obtenir l'autorisation
de commercialisation en Europe de ce maïs génétiquement
modifié pour produire une molécule insecticide.
L'accès à ces données n'a pas été facile.
Greenpeace Allemagne a dû aller en justice pour obtenir
l'intégralité du dossier, que Monsanto estimait
protégé par le secret industriel. Cette curiosité était
motivée par des avis contradictoires rendus par les
comités d'experts nationaux et européens chargés
d'examiner la demande d'autorisation.
En octobre 2003, la Commission française du génie
biomoléculaire (CGB) avait émis un avis défavorable.
Elle s'inquiétait des malformations observées
chez les rats, en particulier des anomalies rénales
(Le Monde du 23 avril 2004). L'Agence française de
sécurité sanitaire des aliments (Afssa) rendait
quelques jours plus tard un avis opposé, avant que
la CGB opère un revirement. A Bruxelles, l'EFSA (European
Food Safety Authority) a rendu en 2004 un avis favorable.
"MALHONNÊTE OU DÉFICIENT"
Selon Gilles-Eric Séralini, membre de la CGB et coauteur
de l'étude commandée par Greenpeace, il apparaît
que Monsanto a fait un choix "ou malhonnête ou
déficient" des outils statistiques. "Ses
chercheurs ont utilisé des tests très grossiers,
inadaptés à de petits échantillons,
sans procéder à une analyse multidimensionnelle
des différents paramètres" , déplore-t-il.
Ainsi de l'évolution du poids des rats, différente
entre mâles et femelles. "Si c'est dû à un
effet hormonal, cela mériterait d'être étudié sur
une plus longue période , soutient M. Séralini.
Ces plantes produisent des insecticides, elles ne peuvent être
dédouanées des tests pour ces composés
sur deux ans."
La décision finale d'autorisation du MON 863 revient
au conseil des ministres de l'agriculture de l'Union, qui
doit se réunir, le 24 octobre à Bruxelles.
Greenpeace lui demande de surseoir à cette décision
tant qu'une nouvelle analyse statistique des tests de nutrition
n'aura pas été conduite.Elle pourrait
demander trois mois. Mais l'organisation réclame aussi
une remise à plat des procédures d'examen des
demandes d'autorisation d'OGM en Europe.

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