Alors que Badoit s'apprête à disserter sur la
longueur en bouche de son eau gazeuse, la marque d'eau de
source Cristaline s'attaque à l'eau du robinet en
réponse à une campagne du Sedif, le Syndicat
des eaux d'Ile-de-France, mettant en cause l'eau embouteillée
par le slogan« Quelle marque distribue 1 milliard de
litres chaque jour et pas une seule bouteille ? ».
Les visuels présentaient un robinet remplissant une
bouteille d'eau minérale, ou un robinet surmonté d'un
bouchon en plastique. Cristaline a riposté violemment
le 8 janvier par une campagne choc sur le thème : « Qui
prétend que l'eau du robinet a bon goût ne doit
pas en boire souvent », image dérangeante à l'appui
(une cuvette de WC barrée et une bouteille de Cristaline à côté),
accompagnée d'une phrase : « Je ne bois pas
l'eau que j'utilise, je choisis Cristaline. »
Réalisée par l'agence Business, la publicité a
reçu un avis négatif du BVP sur la violence
du message. La marque a décidé de passer outre,
provoquant la colère des associations Agir pour l'environnement,
le Centre national d'information indépendante sur
les déchets (CNIID) et Résistance à l'agression
publicitaire (RAP), qui réclament la suspension immédiate
de la campagne. Pour protester, leurs représentants
se sont donné rendez-vous ce matin devant le siège
social de Cristaline à Thiais (Val-de-Marne) avec
l'intention d'y déposer plusieurs centaines de bouteilles
en plastique. Pour autant, Neptune, propriétaire de
cette eau en bouteille, fait valoir que sa campagne cherche
seulement à souligner que l'eau potable n'est pas
comparable à l'eau de source. « Cette polémique
dure depuis deux ans. Cette fois, nous avons choisi la manière
forte pour nous faire entendre », se défend
Pierre Papillaud, président du groupe Neptune, qui
regrette d'être le seul dans sa profession à monter
publiquement au créneau. La Chambre syndicale des
eaux minérales a néanmoins adressé une
lettre au Sedif pour rappeler la composition spécifique
de l'eau minérale. Mais l'argumentation de Cristaline
tombe mal, en plein débat sur la protection de l'environnement,
et va jusqu'à provoquer l'ire de la ministre de l'Ecologie,
Nelly Olin. « Je suis en colère. Nous n'admettons
pas que ce groupe mette en cause l'eau du robinet. C'est
malhonnête. Nos services en surveillent la qualité très
régulièrement », s'est énervée
hier la ministre lors de la présentation de ses voeux,
avant d'ajouter que de « tels messages sont de nature à faire
peur aux gens » : « N'oublions pas que l'eau
du robinet est fiable, moins chère que l'eau en bouteille
et ne produit aucun déchet. »
S. P.