Le Monde - 19 janvier 2007

Tempête de communication dans une bouteille d'eau


Etes-vous plutôt eau du robinet ou eau en bouteille ? Cette question peut sembler anodine. Mais l'impact de la campagne d'affichage des eaux Cristaline a prouvé qu'il n'en était rien. Lancée en banlieue parisienne et dans le métro sur 800 panneaux le 8 janvier, cette campagne publicitaire était censée répondre à celles menées par le Syndicat des eaux d'Ile-de-France (Sedif) et par Eau de Paris, l'organisme qui gère la distribution d'eau dans la capitale. La polémique qu'elle suscite illustre le bras de fer qui oppose l'eau du robinet à l'eau en bouteille.

Cristaline a, il est vrai, sorti l'artillerie lourde. La marque de la société Neptune- Castel, troisième groupe d'eau en bouteille en France, derrière Danone et Nestlé, avait jusqu'à présent orchestré sa communication autour du personnage de Guy Roux. La radinerie supposée de l'ex-entraîneur de l'AJ Auxerre était un raccourci facile pour évoquer les prix bas caractéristiques de cette marque. Cette fois, l'agence publicitaire Business a conçu, à la demande de Cristaline, trois affiches censées promouvoir l'eau en bouteille en dénigrant l'eau du robinet.

L'une d'elles a particulièrement choqué. Elle montre une cuvette de WC barrée d'une croix rouge avec l'accroche : "Je ne bois pas l'eau que j'utilise". Les deux autres visuels s'attaquent, pour l'un, au goût de l'eau du robinet en assénant " Qui prétend que l'eau du robinet a bon goût ne doit pas en boire souvent", tandis que l'autre met en doute sa qualité en évoquant sa teneur en plomb, en nitrate et en chlore.

En ligne de mire, les promoteurs de l'eau du robinet ont réagi à ce qu'ils ont qualifié de " campagne de dénigrement". Anne Le Strat, PDG d'Eau de Paris, a été une des premières à contre-attaquer dès le 11 janvier en interpellant par courrier les ministres de la santé et de l'écologie. Elle a également saisi le Bureau de vérification de la publicité (BVP) pour obtenir copie de l'avis - négatif - qu'il avait donné sur cette campagne.

Pour l'affichage, cet organisme n'a qu'un rôle consultatif. Agences et afficheurs n'ont aucune obligation de lui soumettre leur campagne avant de les diffuser. Dans le cas de Cristaline, seul Metrobus qui gère l'espace publicitaire du métro a consulté le BVP. Suite à l'avis négatif, Metrobus a fait le choix de ne garder qu'un visuel, le moins conflictuel, celui évoquant le goût de l'eau du robinet.

ATTEINTE À L'IMAGE

D'autres voix se sont jointes à Eau de Paris, qui a décidé d'intenter une action en justice pour atteinte à l'image. En marge de ses voeux, mercredi 17 janvier, Nelly Olin, ministre de l'écologie, a regretté " ce procédé de dénigrement", rappelant que " l'eau du robinet est le produit alimentaire le plus surveillé". De leur côté, les associations Agir pour l'environnement, le Centre national d'information indépendante sur les déchets (Cniid) et Résistance à l'agression publicitaire (RAP) ont organisé une manifestation, jeudi 18 janvier, devant le siège de Cristaline. Ils ont demandé l'arrêt de la campagne, qui devait de toute façon cesser en fin de semaine.

Reste à savoir si Cristaline aura atteint son but. " Le Sedif comme Eau de Paris ont affirmé que l'eau du robinet, c'était comme l'eau en bouteille. Nous voulons leur dire d'arrêter ces campagnes", explique Eric Bousquet, PDG de Business. Cristaline n'est pas seul à faire pression en ce sens. D'autres font du lobbying plus discrètement. " Les embouteilleurs, Danone, le Syndicat des eaux de source, nous ont écrits pour nous demander d'arrêter de faire ce qu'ils qualifient de publicité comparative", affirme Philippe Knusmann, directeur général du Sedif. Le syndicat avait prévu de réafficher sa campagne en mars avec ce slogan : "Quelle marque distribue un milliard de litres chaque jour et pas une seule bouteille ?"

Laurence Girard

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