Le Monde - 20 mars 2007

La revanche de l'eau du robinet


Pour la première fois depuis 1999, les Français déclarent boire davantage d'eau du robinet et moins d'eau plate en bouteille, révèle le baromètre annuel réalisé par TNS-Sofres pour le Centre d'information sur l'eau (C.I. eau), publié le 15 mars et financé par les entreprises de service d'eau et d'assainissement (Veolia, Saur, Lyonnaise des eaux).

L'habitude de charger son chariot de packs de bouteilles dans les supermarchés est pourtant bien ancrée. A raison de 100 litres par an et par personne, les Français étaient, en 2000, les deuxièmes plus gros consommateurs d'eau en bouteille au monde derrière les Italiens. Cette tendance s'est encore renforcée ces dernières années.

L'enquête réalisée auprès de 1 954 personnes représentatives de la population française - du 15 novembre au 5 décembre 2006, soit avant la publicité polémique lancée par la marque Cristaline (Le Monde du 25 janvier) mettant en cause l'eau fournie aux Franciliens - montre que les temps changent.

Désormais, 67 % des Français boivent l'eau du robinet au moins une fois par semaine contre 59 % en 2002, alors que 60 % boivent de l'eau en bouteille au moins une fois par semaine contre 72 % en 2002. Un Français sur deux déclare boire à la fois de l'eau du robinet et de l'eau plate en bouteille, alors qu'un sur quatre ne boit que de l'eau en bouteille et un sur quatre exclusivement de l'eau du robinet.

DES RELEVÉS SOUVENT CACHÉS

Les Français accordent donc une confiance croissante à la qualité de l'eau du robinet. "Jamais le rapport de confiance n'a été aussi fort", affirme Monique Chotard, directrice du C.I. eau. Selon cette instance, nous prenons progressivement conscience du fait que l'eau est "une ressource limitée". Ainsi, d'après le sondage, nous serions même prêts à payer l'eau plus chère pour préserver nos ressources naturelles. Notre conscience environnementale s'arrête là.

Car si nous affirmons (à 96 %) que la dépollution des eaux usées est indispensable à la préservation de la nature, nous nous sentons, paradoxalement, de moins en moins responsables de notre pollution individuelle même si nous ne rechignons pas à payer notre facture de dépollution des eaux usées, à condition toutefois que celle-ci soit proportionnelle à la consommation. "Les Français connaissent mal les processus de dépollution des eaux usées et de traitement des eaux potables. Or ce sont deux processus différents", assure Monique Chotard. "Il y a des efforts à faire en matière d'information et de transparence", reconnaît-elle.

C'est peu dire. Cette année encore, de nombreuses personnes vivant en logement collectif ne recevront pas la fiche annuelle d'information sur la qualité de leur eau, pourtant rendue obligatoire par la loi. En effet, l'eau reste facturée dans le cadre des charges collectives et les syndics ne distinguent pas souvent les informations relatives aux contrôles effectués sur l'eau.

Quant aux relevés censés être affichés en mairie, ils restent encore souvent cachés sous un escalier et incompréhensibles pour le plus grand nombre. Résultat : six Français sur dix jugent qu'ils sont insuffisamment informés en termes de contrôles, de normes et même de tarifs. La preuve ? Nous sommes trois sur cinq à ne pas connaître le prix du mètre cube d'eau. Il était de 2,95 euros en moyenne en janvier 2007, selon l'Insee.

Florence Amalou

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