Pour la première fois depuis 1999, les Français
déclarent boire davantage d'eau du robinet et moins
d'eau plate en bouteille, révèle le baromètre
annuel réalisé par TNS-Sofres pour le Centre
d'information sur l'eau (C.I. eau), publié le 15 mars
et financé par les entreprises de service d'eau et
d'assainissement (Veolia, Saur, Lyonnaise des eaux).
L'habitude de charger son chariot de packs de bouteilles
dans les supermarchés est pourtant bien ancrée.
A raison de 100 litres par an et par personne, les Français étaient,
en 2000, les deuxièmes plus gros consommateurs d'eau
en bouteille au monde derrière les Italiens. Cette
tendance s'est encore renforcée ces dernières
années.
L'enquête réalisée auprès de
1 954 personnes représentatives de la population française
- du 15 novembre au 5 décembre 2006, soit avant la
publicité polémique lancée par la marque
Cristaline (Le Monde du 25 janvier) mettant en cause l'eau
fournie aux Franciliens - montre que les temps changent.
Désormais, 67 % des Français boivent l'eau
du robinet au moins une fois par semaine contre 59 % en 2002,
alors que 60 % boivent de l'eau en bouteille au moins une
fois par semaine contre 72 % en 2002. Un Français
sur deux déclare boire à la fois de l'eau du
robinet et de l'eau plate en bouteille, alors qu'un sur quatre
ne boit que de l'eau en bouteille et un sur quatre exclusivement
de l'eau du robinet.
DES RELEVÉS SOUVENT CACHÉS
Les Français accordent donc une confiance croissante à la
qualité de l'eau du robinet. "Jamais le rapport
de confiance n'a été aussi fort", affirme
Monique Chotard, directrice du C.I. eau. Selon cette instance,
nous prenons progressivement conscience du fait que l'eau
est "une ressource limitée". Ainsi, d'après
le sondage, nous serions même prêts à payer
l'eau plus chère pour préserver nos ressources
naturelles. Notre conscience environnementale s'arrête
là.
Car si nous affirmons (à 96 %) que la dépollution
des eaux usées est indispensable à la préservation
de la nature, nous nous sentons, paradoxalement, de moins
en moins responsables de notre pollution individuelle même
si nous ne rechignons pas à payer notre facture de
dépollution des eaux usées, à condition
toutefois que celle-ci soit proportionnelle à la consommation. "Les
Français connaissent mal les processus de dépollution
des eaux usées et de traitement des eaux potables.
Or ce sont deux processus différents", assure
Monique Chotard. "Il y a des efforts à faire
en matière d'information et de transparence",
reconnaît-elle.
C'est peu dire. Cette année encore, de nombreuses
personnes vivant en logement collectif ne recevront pas la
fiche annuelle d'information sur la qualité de leur
eau, pourtant rendue obligatoire par la loi. En effet, l'eau
reste facturée dans le cadre des charges collectives
et les syndics ne distinguent pas souvent les informations
relatives aux contrôles effectués sur l'eau.
Quant aux relevés censés être affichés
en mairie, ils restent encore souvent cachés sous
un escalier et incompréhensibles pour le plus grand
nombre. Résultat : six Français sur dix jugent
qu'ils sont insuffisamment informés en termes de contrôles,
de normes et même de tarifs. La preuve ? Nous sommes
trois sur cinq à ne pas connaître le prix du
mètre cube d'eau. Il était de 2,95 euros en
moyenne en janvier 2007, selon l'Insee.
Florence Amalou