La décision du gouvernement canadien d'interdire
la vente des biberons en plastique contenant du bisphénol
A (BPA) relance la controverse sur la toxicité de
cette substance chimique.
Peut-être n'avez-vous jamais entendu parler du bisphénol
A (BPA). Il est pourtant probable que cette substance chimique
est présente dans votre organisme. On la retrouve
en effet dans tous les fluides corporels (sang, urine, tissus,
etc.) de toutes les personnes ou presque vivant dans les
pays industriels. Qu'est-ce donc que ce produit et comment
passe-t-il dans le corps ?
Le BPA est un matériau de synthèse qui entre
dans la fabrication du polycarbonate, un plastique dur et
transparent, omniprésent dans de nombreux récipients
alimentaires : biberons mais aussi bouteilles de boissons
recyclables, vaisselle destinée aux fours à micro-ondes
et à la conservation des aliments. On le retrouve
aussi dans les résines époxy tapissant l'intérieur
des canettes, des conserves ou de conteneurs afin de prévenir
la corrosion.
De petites quantités de BPA peuvent ainsi migrer
dans les boissons et les aliments, notamment quand le récipient
est chauffé. Or le BPA n'est pas une substance anodine.
C'est un perturbateur endocrinien dont on sait, depuis les
années 30, qu'il peut imiter l'oestrogène (l'hormone
sexuelle féminine) et avoir des effets sur la fertilité,
ainsi que sur la reproduction et le système hormonal.
Toute la question étant de savoir à quel niveau
d'exposition il devient toxique. Jusqu'au début des
années 2000, les études scientifiques sur le
sujet avaient conclu à l'innocuité du BPA à faibles
doses.
Principe de précaution
La récente décision du gouvernement canadien
d'interdire la commercialisation des biberons contenant du
BPA a relancé le débat. « Tout indique
pourtant que les niveaux d'exposition sont inférieurs à ceux
qui peuvent causer un effet sur la santé, mais puisqu'ils
se situent près des niveaux auxquels des effets potentiels
pourraient se produire, le gouvernement veut être prudent
et abaisser davantage l'exposition », précise-t-il
sur son site.
Dans le même temps, un rapport préliminaire
du ministère américain de la Santé concluait,
sur la base des résultats expérimentaux obtenus
chez l'animal, que « de faibles niveaux de bisphénol
au moment du développement du corps peuvent provoquer
des changements dans le cerveau, la prostate, les glandes
mammaires ainsi que de l'âge de la puberté chez
les filles ». Des membres du Congrès se sont
emparés de l'affaire et ont demandé une enquête
sur l'exposition alimentaire des jeunes enfants au BPA. Ils
s'interrogent aussi sur l'objectivité d'études
scientifiques financées pour la plupart par l'industrie
des matières plastiques.
Un pavé dans la mare de l'Autorité européenne
de sécurité des aliments (EFSA), qui avait
publié en janvier 2007 un avis plutôt rassurant
de son groupe scientifique. Après avoir examiné les
nouvelles études sur le sujet, elle proposait même
de multiplier par 5 la dose journalière acceptable
(DJA) fixée auparavant à 0,01 mg de BPA par
kilo de poids corporel et par jour. Pour autant, au vu de
l'évolution de la situation américaine, l'EFSA
a annoncé qu'elle allait faire procéder à une
nouvelle évaluation des risques.
Précautions
Les précautions à prendre pour réduire
au minimum votre exposition au bisphénol A et celle
de vos enfants :
- évitez d'utiliser des bouteilles ou tout autre article
en plastique recyclable portant le code 7 inscrit à l'intérieur
d'un triangle fléché. À moins qu'il
ne comporte la mention « garanti sans bisphénol
A » ;
- pour les biberons, préférez le verre, ou
d'autres matériaux en plastique sans BPA comme le
polyéthylène (code 1 ou code 2) ou le polypropylène
(code 5) ;
- en l'absence de tout code ou de tout signe de reconnaissance,
préférez les objets en plastique opaques, car
seuls les plastiques transparents peuvent contenir du BPA
;
- si vous continuez à utiliser des récipients
en polycarbonate, évitez de les faire chauffer au
micro-ondes. Utilisez plutôt des contenants en verre
ou en céramique ;
- évitez d'utiliser des préparations pour jeunes
enfants conditionnées dans des boîtes de conserve
dont la paroi est tapissée de résines époxy
au BPA.