En France, l'engouement pour l'eau du robinet est devenu
une réalité. : Thierry Creux
Vie chère, sensibilisation écologique, nous
consommons plus d'eau du robinet. À Besançon,
on la met aussi en bouteille. Les eaux minérales
se rebiffent.
Les deux tiers des Français disent préférer
l'eau du robinet et 71 % la jugent « bonne ».
Les campagnes des associations écologiques ont payé.
Révolue la mode de la bouteille branchée
dépassant du sac à main. Pour être « in » il
faut se connecter sur l'évier. Le marketing y trouve
son compte : l'an dernier, la machine à gazéifier « l'eau
de la ville » a crevé le plafond des ventes
des produits électroménagers, juste devant
le GPS.
Nouvelle lubie de bobos écolos ? Pas si sûr.
Pour étayer leurs campagnes, les associations ont
avancé des arguments de poids. « La fabrication,
le transport et le retraitement des 140 000 tonnes de bouteilles
plastiques qui finissent en déchets chaque année
en France pèsent sur l'environnement. Quel est l'impact
réel d'un litre d'eau italienne bue à Bruxelles
ou d'un litre d'Evian en bouteille dégusté à Los
Angeles ? »
200 à 300 fois moins cher
Clara Osadtchy, d'Agir pour l'environnement, dénonce
aussi « l'opacité de l'industrie des eaux
minérales. Elle ne dit pas tout, notamment sur la
présence d'antimoine.(1) » L'argumentaire
est également économique. « L'eau du
robinet coûte 200 à 300 fois moins cher. » En
période de pouvoir d'achat en berne, le slogan fait
mouche. Comme pour l'utilisation de la voiture, de nouvelles
habitudes de consommation émergent. Ainsi à Besançon,
le conseil municipal a décidé de gazéifier
son eau sur place et de la vendre en bouteille dans les
restaurants de l'agglomération. « Nous tablons
sur 100 000 bouteilles de « Bisontine » par
an, relate Catherine Adam, en charge de la communication
de la ville. Elle est vendue en bouteille en verre. Il
s'agit, pour nous, d'une démarche de développement
durable. » À voir : le verre pèse lourd à transporter
et dévore de l'énergie pour être refondu.
Pour les embouteilleurs d'eaux minérales (10 000
emplois) en revanche, la source des profits se tarit depuis
plusieurs années. « En 2007, nos ventes ont
diminué de 6,5 % et de 5 % depuis le début
2008 », indique Béatrice Adam, déléguée
générale de la Chambre syndicale des eaux
minérales. Pour relancer la consommation, la CSEM
lance, « pour la première fois en collectif »,
une campagne de promotion. « Nous voulons rappeler
aux consommateurs la qualité naturelle de nos eaux
préservées de toute pollution », poursuit
Béatrice Adam.
Les industriels ont déjà réduit le
poids des bouteilles, « développé le
transport par rail (50 % des expéditions) et incité à trier
les emballages. Nous recyclons actuellement la moitié des
bouteilles. » Le plastique recyclé va aussi être
réutilisé pour la fabrication de nouvelles
bouteilles « à hauteur de 25 % ». Clara
Osadtchy estime la démarche « plutôt
positive, à condition qu'elle ne vise pas à pérenniser
l'utilisation du plastique. »
Cet engouement pour l'eau du robinet, qu'il faut parfois
traiter sévèrement pour la rendre potable,
fait l'affaire des « marchands d'eau ». 75
% des grandes villes ont confié la distribution à trois
grands groupes : Vivendi, Suez et Saur. Cette privatisation
s'est souvent accompagnée d'une hausse des tarifs
d'environ 30 %. Quelques élus s'en émeuvent,
comme ceux de la Communauté urbaine de Cherbourg
(90 000 habitants). Ils ont choisi de reprendre la gestion
en direct.
Jean-Pierre BUISSON.
(1) Un composant minéral toxique.
Plancoët : la carte régionale reste porteuse
Les eaux minérales de Plancoët (22) n'échappent
pas au recul des ventes enregistré à l'échelle
nationale. « Depuis trois ans, le marché est
compliqué. Nous avons enregistré une forte
baisse entre 2007 et 2008 », indique Nicolas Cherdronnet,
responsable commercial. « En dix ans, la part alimentaire
du budget des ménages est passée de 19 % à 13
%. L'eau en bouteille en fait un peu les frais. Toutefois,
notre marque souffre moins que d'autres. » Explications
: « Nous avons la chance d'être une marque à forte
identité régionale et nous sommes moins chers. » Pour
mieux valoriser ses qualités, Plancoët projette
d'inscrire son bilan carbone sur ses étiquettes.