Ouest France - dimanche 05 octobre 2008

L'eau du robinet coule les eaux minérales

En France, l'engouement pour l'eau du robinet est devenu une réalité. : Thierry Creux


Vie chère, sensibilisation écologique, nous consommons plus d'eau du robinet. À Besançon, on la met aussi en bouteille. Les eaux minérales se rebiffent.
Les deux tiers des Français disent préférer l'eau du robinet et 71 % la jugent « bonne ». Les campagnes des associations écologiques ont payé. Révolue la mode de la bouteille branchée dépassant du sac à main. Pour être « in » il faut se connecter sur l'évier. Le marketing y trouve son compte : l'an dernier, la machine à gazéifier « l'eau de la ville » a crevé le plafond des ventes des produits électroménagers, juste devant le GPS.

Nouvelle lubie de bobos écolos ? Pas si sûr. Pour étayer leurs campagnes, les associations ont avancé des arguments de poids. « La fabrication, le transport et le retraitement des 140 000 tonnes de bouteilles plastiques qui finissent en déchets chaque année en France pèsent sur l'environnement. Quel est l'impact réel d'un litre d'eau italienne bue à Bruxelles ou d'un litre d'Evian en bouteille dégusté à Los Angeles ? »

200 à 300 fois moins cher

Clara Osadtchy, d'Agir pour l'environnement, dénonce aussi « l'opacité de l'industrie des eaux minérales. Elle ne dit pas tout, notamment sur la présence d'antimoine.(1) » L'argumentaire est également économique. « L'eau du robinet coûte 200 à 300 fois moins cher. » En période de pouvoir d'achat en berne, le slogan fait mouche. Comme pour l'utilisation de la voiture, de nouvelles habitudes de consommation émergent. Ainsi à Besançon, le conseil municipal a décidé de gazéifier son eau sur place et de la vendre en bouteille dans les restaurants de l'agglomération. « Nous tablons sur 100 000 bouteilles de « Bisontine » par an, relate Catherine Adam, en charge de la communication de la ville. Elle est vendue en bouteille en verre. Il s'agit, pour nous, d'une démarche de développement durable. » À voir : le verre pèse lourd à transporter et dévore de l'énergie pour être refondu.

Pour les embouteilleurs d'eaux minérales (10 000 emplois) en revanche, la source des profits se tarit depuis plusieurs années. « En 2007, nos ventes ont diminué de 6,5 % et de 5 % depuis le début 2008 », indique Béatrice Adam, déléguée générale de la Chambre syndicale des eaux minérales. Pour relancer la consommation, la CSEM lance, « pour la première fois en collectif », une campagne de promotion. « Nous voulons rappeler aux consommateurs la qualité naturelle de nos eaux préservées de toute pollution », poursuit Béatrice Adam.

Les industriels ont déjà réduit le poids des bouteilles, « développé le transport par rail (50 % des expéditions) et incité à trier les emballages. Nous recyclons actuellement la moitié des bouteilles. » Le plastique recyclé va aussi être réutilisé pour la fabrication de nouvelles bouteilles « à hauteur de 25 % ». Clara Osadtchy estime la démarche « plutôt positive, à condition qu'elle ne vise pas à pérenniser l'utilisation du plastique. »

Cet engouement pour l'eau du robinet, qu'il faut parfois traiter sévèrement pour la rendre potable, fait l'affaire des « marchands d'eau ». 75 % des grandes villes ont confié la distribution à trois grands groupes : Vivendi, Suez et Saur. Cette privatisation s'est souvent accompagnée d'une hausse des tarifs d'environ 30 %. Quelques élus s'en émeuvent, comme ceux de la Communauté urbaine de Cherbourg (90 000 habitants). Ils ont choisi de reprendre la gestion en direct.

Jean-Pierre BUISSON.

(1) Un composant minéral toxique.

Plancoët : la carte régionale reste porteuse

Les eaux minérales de Plancoët (22) n'échappent pas au recul des ventes enregistré à l'échelle nationale. « Depuis trois ans, le marché est compliqué. Nous avons enregistré une forte baisse entre 2007 et 2008 », indique Nicolas Cherdronnet, responsable commercial. « En dix ans, la part alimentaire du budget des ménages est passée de 19 % à 13 %. L'eau en bouteille en fait un peu les frais. Toutefois, notre marque souffre moins que d'autres. » Explications : « Nous avons la chance d'être une marque à forte identité régionale et nous sommes moins chers. » Pour mieux valoriser ses qualités, Plancoët projette d'inscrire son bilan carbone sur ses étiquettes.

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