Alors que les objectifs européens de recyclage des
emballages plastiques ne seront sûrement pas atteints
en France, l'ADEME étudie l'option de la consignation
des emballages boissons et l'extension du recyclage aux films
plastiques.
La filière des emballages et des déchets qui
en sont issus est réglementée au niveau européen
par la directive 94/62/CE qui fixe des objectifs de recyclage
et de valorisation. En France, les objectifs fixés
pour 2008 devraient tous êtres atteints sauf peut-être
pour les emballages plastiques. De nouveaux objectifs se
dessinent déjà à travers le projet de
loi issu du Grenelle de l'environnement et pour y répondre
de nouvelles solutions sont envisagées. La Commission
consultative sur les emballages ménagers réfléchit
notamment à la reprise de la consignation pour les
emballages de boissons et à l'extension du recyclage
des emballages ménagers plastiques qui ne concerne à l'heure
actuelle que les flacons et bouteilles (corps creux). La
consignation pourrait concerner aussi bien les emballages
réutilisables (verre et plastiques) que les non-réutilisables
(acier, briques) dont le taux de collecte et de recyclage
pourrait être amélioré.
Des études peu nombreuses, incomplètes et
parfois discutables
Pour initier la réflexion le cabinet RDC Environnement
a réalisé à la demande de l'ADEME
un bilan européen des connaissances environnementales
et économiques sur la mise en ouvre de ces options.
Il apparaît que peu d'études abordent l'analyse
du cycle de vie de ces filières et leurs impacts économiques.
Les quelques études existantes sont souvent incomplètes
et peu précises : aucune indication n'est donnée
sur le taux de recyclage des emballages, le type de conditionnement
et de transport des emballages consignés ou encore
sur leurs taux de retour.
Par ailleurs, les méthodologies employées
varient d'une étude à l'autre et sont parfois
discutables au regard de l'ADEME : pour une comparaison équitable,
il est fondamental de conserver des distances de transport égales
qui permettent d'analyser, pour un producteur donné et
un réseau de distribution donné, quel est
le meilleur emballage d'un point de vue environnemental,
peut-on lire dans l'étude.
Difficile d'évaluer les intérêts de
la consignation
Résultat, l'analyse n'a pas permis de conclure
sur l'intérêt environnemental et économique
de la consignation par rapport à la collecte sélective.
De nombreux paramètres ont une influence sur les
résultats d'un système par rapport à l'autre.
S'agissant de la consignation des emballages boissons réutilisables
(verre, plastique), le paramètre le plus sensible
est la distance de distribution. La tendance montre que
plus la distance de distribution est élevée,
plus l'impact sur l'effet de serre est négatif et
plus la collecte sélective est intéressante.
L'existence de nombreux paramètres rend par conséquent
difficile l'extrapolation des observations au cas national
car les données françaises sont très
différentes des valeurs des études.
L'étude a toutefois permis de se rendre compte
que les systèmes de consigne génèrent
des coûts d'infrastructure et de logistique importants
(marquage, éventuel trajet retour.). Cela peut désavantager
les petites structures et les distributeurs en zone frontalière
(fuite de clients à l'étranger) et ainsi
créer des distorsions de concurrence.
Par ailleurs, la consignation des emballages non-réutilisables
est une mesure qui pourrait se révéler chère
par rapport aux bénéfices environnementaux
escomptés si elle est mise en place en plus de la
collecte sélective.
La qualité des matériaux, facteur essentiel
pour le recyclage des films plastiques
L'étude a en revanche permis de prouver l'intérêt
de l'extension du recyclage des emballages plastiques autres
que les flacons et bouteilles. L'augmentation du taux de
recyclage qui résulterait du développement
de la filière de recyclage des films plastiques
en plus de celle des corps creux serait favorable à l'environnement.
Cependant, la qualité des matériaux recyclés
a un fort impact sur le bénéfice environnemental
de la filière. Plus la qualité du matériau
recyclé est grande, plus elle permet de substituer
du plastique vierge et par conséquent plus son bilan
environnemental s'améliore, explique l'ADEME. Reste
par ailleurs à évaluer les coûts d'une
telle extension et de les comparer aux bénéfices
environnementaux attendus.
Satisfaction du côté des associations
L'association Agir pour l'environnement a, semble-t-il,
apprécié les résultats de l'étude
et en fait une lecture plutôt optimiste : bien que
la consigne des bouteilles ait disparu de notre quotidien,
l'étude de l'ADEME montre que rien ne permet d'en
mettre en doute son intérêt écologique
et économique. Rien ne permet donc de justifier
désormais la discrimination opérée
par les industriels français contre la consigne
et le recyclage des plastiques « mous et plats »,
explique l'association.
Au regard du manque de connaissances et d'informations
sur ces filières, Agir pour l'environnement demande
au ministère de l'écologie de lancer une
grande étude de faisabilité permettant de
définir les conditions de mise en ouvre de la consigne
des bouteilles pour réutilisation et du recyclage
de tous les emballages plastiques.
F.ROUSSEL