99 % des ressources prélevées dans la nature
deviennent des déchets en moins de 42 jours : un maelström
en partie évitable si notre modèle de développement
parvient à évoluer.
«
Nos poubelles débordent ! » lançait l'Ademe
fin novembre, pour la 3e édition de la campagne Réduisons
nos déchets. le constat est-il si alarmant ? Chaque
Français génère, selon le Meeddat, 360
kg de déchets par an, un poids doublé en 40
ans et qui continue de croître de 1 à 2 % par
an. La mise en décharge, l'incinération et
même le recyclage sont en outre synonymes de nouvelles
pollutions et de consommation d'énergie. D'où l'idée
de limiter la production de déchets et d'économiser
en cascade argent et ressources naturelles. Las. Un rapport
d'Agir pour l'environnement et du Centre national d'information
indépendante sur les déchets (Cniid) souligne
combien le projet de prévention de la production de
déchets, présent dès 1975 dans la législation
européenne, se voit contrarié par la pression
du lobby industriel. Première pierre d'achoppement,
le calcul à la hausse de ces déchets qui alourdissent
le « sac à dos écologique des biens de
consommation » : selon l'Institut Wuppertal, cité dans
le rapport, une brosse à dent génère
1,5 kg de déchets industriels ; un téléphone
portable, 75 kg. Les emballages sont un exemple type de cette
inflation. En dépit d'un décret de 1998 exigeant
la réduction des déchets à la source,
les entreprises se montrent d'autant plus muettes ou réticentes
sur le sujet qu'aucun contrôle d'application n'est
prévu par l'État. Et le Point Vert, qui orne
de nombreux emballages, « ne reflète aucunement
l'impact environnemental de la production de l'emballage
ni de son traitement » : un produit pourtant écoconçu,
au volume d'emballage réduit et qui sera recyclé,
devra acquitter aux écoorganismes (Eco-Emballages
et Adelphe) une contribution presqu'aussi élevée
qu'un produit suremballé destiné à l'incinération.
Redistribuer emplois et ressources
Un attentisme identique pénalise la consigne des bouteilles
en verre, avantageant de fait les emballages plastiques.
Le bon sens écologique voudrait même, avance
le rapport, que l'eau du robinet remplace tout simplement
l'eau en bouteille. Certaines collectivités et le
Meeddat lui-même communiquent sur l'idée, mais
les éco-organismes entretiennent le flou en parlant
du tri sélectif comme d'un geste de prévention
des déchets. Un industriel de l'eau en bouteille va
même jusqu'à lancer des attaques personnelles
auprès d'élus nationaux. Au-delà de
ces dérapages, le mérite du rapport est de
montrer nettement la divergence sensible des intérêts.
Ceux d'entreprises optant pour la multiplication et l'obsolescence
programmée - et masquée - de leurs produits,
et ceux d'une société en butte à la
montée des problèmes environnementaux. Certaines
des interrogations économiques et politiques des plus
actuelles sont bien là : les emplois peuvent-ils passer
du secteur du recyclage à celui de l'entretien et
de la réparation ? L'économie de fonctionnalité n'est-elle
pas une mine d'économies d'énergie et de matière,
mais aussi une source d'activité ? Exemple d'un défaut
de jugement politique, la récente « taxe pique-nique » fut
rapidement « mise à la poubelle » alors
qu'il s'agissait de limiter l'emploi de produits à usage
unique. Prenant prétexte d'une limite posée à la
liberté de consommer du « pas-cherjetable »,
les politiques ont renoncé à une mesure devant
financer la prévention des déchets. Ce champ
d'action est finalement fort révélateur. Plus
encore que d'impartialité et de moyens financiers
utiles à la réduction des déchets, nos
sociétés ont besoin d'une gestion enfin réfléchie
et responsable, capable d'opter pour le bien commun face
aux intérêts particuliers.
«
Réduction des déchets, les 3 vérités
qui dérangent », Clara Osadtchy, Agir pour l'environnement,
Wiebke Winkler, Cniid, 37 p., novembre 2008. www.agirpourlenvironnement.org