Environnement et Stratégie n°278 - 10 déc. 08
Industrie, politiques et particuliers, haro sur les déchets ! par J-M.G.


99 % des ressources prélevées dans la nature deviennent des déchets en moins de 42 jours : un maelström en partie évitable si notre modèle de développement parvient à évoluer.

« Nos poubelles débordent ! » lançait l'Ademe fin novembre, pour la 3e édition de la campagne Réduisons nos déchets. le constat est-il si alarmant ? Chaque Français génère, selon le Meeddat, 360 kg de déchets par an, un poids doublé en 40 ans et qui continue de croître de 1 à 2 % par an. La mise en décharge, l'incinération et même le recyclage sont en outre synonymes de nouvelles pollutions et de consommation d'énergie. D'où l'idée de limiter la production de déchets et d'économiser en cascade argent et ressources naturelles. Las. Un rapport d'Agir pour l'environnement et du Centre national d'information indépendante sur les déchets (Cniid) souligne combien le projet de prévention de la production de déchets, présent dès 1975 dans la législation européenne, se voit contrarié par la pression du lobby industriel. Première pierre d'achoppement, le calcul à la hausse de ces déchets qui alourdissent le « sac à dos écologique des biens de consommation » : selon l'Institut Wuppertal, cité dans le rapport, une brosse à dent génère 1,5 kg de déchets industriels ; un téléphone portable, 75 kg. Les emballages sont un exemple type de cette inflation. En dépit d'un décret de 1998 exigeant la réduction des déchets à la source, les entreprises se montrent d'autant plus muettes ou réticentes sur le sujet qu'aucun contrôle d'application n'est prévu par l'État. Et le Point Vert, qui orne de nombreux emballages, « ne reflète aucunement l'impact environnemental de la production de l'emballage ni de son traitement » : un produit pourtant écoconçu, au volume d'emballage réduit et qui sera recyclé, devra acquitter aux écoorganismes (Eco-Emballages et Adelphe) une contribution presqu'aussi élevée qu'un produit suremballé destiné à l'incinération.

Redistribuer emplois et ressources
Un attentisme identique pénalise la consigne des bouteilles en verre, avantageant de fait les emballages plastiques. Le bon sens écologique voudrait même, avance le rapport, que l'eau du robinet remplace tout simplement l'eau en bouteille. Certaines collectivités et le Meeddat lui-même communiquent sur l'idée, mais les éco-organismes entretiennent le flou en parlant du tri sélectif comme d'un geste de prévention des déchets. Un industriel de l'eau en bouteille va même jusqu'à lancer des attaques personnelles auprès d'élus nationaux. Au-delà de ces dérapages, le mérite du rapport est de montrer nettement la divergence sensible des intérêts. Ceux d'entreprises optant pour la multiplication et l'obsolescence programmée - et masquée - de leurs produits, et ceux d'une société en butte à la montée des problèmes environnementaux. Certaines des interrogations économiques et politiques des plus actuelles sont bien là : les emplois peuvent-ils passer du secteur du recyclage à celui de l'entretien et de la réparation ? L'économie de fonctionnalité n'est-elle pas une mine d'économies d'énergie et de matière, mais aussi une source d'activité ? Exemple d'un défaut de jugement politique, la récente « taxe pique-nique » fut rapidement « mise à la poubelle » alors qu'il s'agissait de limiter l'emploi de produits à usage unique. Prenant prétexte d'une limite posée à la liberté de consommer du « pas-cherjetable », les politiques ont renoncé à une mesure devant financer la prévention des déchets. Ce champ d'action est finalement fort révélateur. Plus encore que d'impartialité et de moyens financiers utiles à la réduction des déchets, nos sociétés ont besoin d'une gestion enfin réfléchie et responsable, capable d'opter pour le bien commun face aux intérêts particuliers.

« Réduction des déchets, les 3 vérités qui dérangent », Clara Osadtchy, Agir pour l'environnement, Wiebke Winkler, Cniid, 37 p., novembre 2008. www.agirpourlenvironnement.org

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