Libération - 03 nov. 2008
Le moineau de Paris en mal de nids par EMMANUÈLE PEYRET


Etude. L'oiseau est menacé dans la capitale. Son sort est encore pire à Londres, Hambourg.

Réagir

Alors comme ça le moineau aime les pauvres. Le moineau boude les quartiers les plus favorisés de la capitale, est-ce la faute au prix du mètre carré ? Pas tout à fait : dans les quartiers les plus riches et les mieux entretenus du quart ouest-parisien, il est possible qu'il y ait moins de trous dans les immeubles pour nicher, moins de déchets pour se nourrir, moins d'herbes folles et donc d'insectes que dans l'est de la capitale.

C'est l'un des résultats d'une importante enquête réalisée par le Centre ornithologique Ile-de-France et la Ligue de protection des oiseaux sur la forte diminution du moineau domestique, en France mais aussi aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Belgique, en Italie, en Finlande et en Allemagne. Après analyses de plusieurs villes européennes, J. Dennis Summers-Smith, spécialiste du moineau domestique, estime que les populations ont diminué depuis les années 80 de 70 % à la campagne, et de 95 % dans les villes.

Pesticides. Diable, mais que se passe-t-il chez les moineaux ? Plusieurs facteurs : la raréfaction des sites de nidification (les immeubles modernes sont moins propices), l'éloignement des banlieues (et oui, les moineaux qui vivent en centre-ville doivent eux-aussi faire de plus en plus de trajet pour aller se nourrir en banlieue), la densité du trafic routier et le super sans plomb (qui contient plus d'alcool, d'éther et de benzène et ça, les moineaux n'aiment pas), la diminution du nombre d'insectes, enfin les herbicides et les pesticides.

Ces deux dernières raisons sont la cause de ce que les spécialistes nomment «les difficultés de nourrissage des jeunes» : pas d'insectes, pas de graines, pas de survie, baisse dramatique des effectifs. Cela dit, Paris peut «cocoriquer» un peu : entre 2003 et 2007, la population de moineaux domestiques est restée stable dans dix-huit arrondissements de Paris sur vingt, alors qu'elle est en légère augmentation dans toute la France. Ce qui tranche nettement avec Londres, Hambourg, Gand ou Prague, qui connaissent des baisses très marquées. Seuls deux arrondissements parisiens subissent une perte brutale de moineaux : le XIe (- 92 %) et le XVe (- 74 %). Un phénomène peut-être lié aux changements d'activité et de population des quartiers en question ces dernières années.

Pauvre petit moineau, pourtant anthropophile depuis des siècles, qui aime tant vivre là où l'humain est installé pour se nourrir. Et se faire des petits nids dans les murs, sous les toits, dans les haies avec des brins de paille et du duvet, le mâle, tête grise et bavette noire, et la femelle en robe beige, unis pour la vie.

Plantain. Comment l'aider ? Facile, répondent les associations, il faut planter des arbres, des haies, des céréales, de l'aubépine, du lierre, du plantain (ça va être commode en ville) pour qu'il puisse se cacher, dormir, manger. Il faut bannir les pesticides, moinicides car tuant les insectes dont le jeune a besoin pour grandir, installer des nichoirs dans les parcs, les jardins de la ville. Ou sur son balcon : 27 cm de haut, sur 15 cm par 15 cm avec un trou d'envol de 4,5 cm de diamètre.

> Imprimez cet article X Fermer la fenêtre