Paris/Mont-de-Marsan, le 14 septembre 2009 : Les associations
engagées dans la lutte contre le dérèglement
climatique et contre la construction de l’autoroute
A65 dénoncent l’arnaque du « fonds de
compensation carbone » lancé jeudi dernier
par le Conseil Régional d’Aquitaine.
S’engouffrant dans la communication (peu convaincante)
du Président de la République sur la Contribution
Climat Energie, le Conseil Régional d’Aquitaine
a annoncé le 10 septembre par voie de presse son
intention de créer un « fonds carbone »
destiné à « compenser » les émissions
de CO2 liées à la construction de l’A65.
Les associations sont scandalisées par le cynisme
assumé du président de région, Alain
Rousset, qui tente de surfer sur la vague écolo,
alors même qu’il porte un projet destructeur,
l’autoroute A65 entre Pau et Langon, inutile, dispendieux
et générateur d’émissions de
GES, sur lesquelles d’ailleurs le projet de compensation
reste silencieux. Cette initiative illustre bien l’incompréhension
totale des enjeux climatiques dont font preuve nombre de
décideurs politiques et économiques. Alors
que le débat de Copenhague a pour objet d’engager
la communauté internationale sur des objectifs ambitieux
de réduction du niveau d’émissions existant,
les fonds de compensation fleurissent pour justifier des
projets sources d’émissions supplémentaires
massives. « La Région croit se racheter une
conscience écologique, à l’approche
des échéances électorales, mais elle
s’enfonce dans une vision caricaturale du développement
durable, vide de sens et de portée » dénonce
Yannick Vicaire, chargé Transports/Climat à
Agir pour l’Environnement.
Les associations relèvent également deux
faits inquiétants dans la communication du Conseil
Régional : d’une part, l’aveu qu’aucun
bilan carbone sérieux n’avait été
conduit jusque là alors que le chantier a déjà
éventré la forêt des Landes ; d’autre
part, une logique de calcul effarante, indigne et malhonnête
qui aboutit à chiffrer le fonds à hauteur
de 14 millions d’euros. En effet, l’abondement
de ce Fonds ne sera pas basé sur l’équation
raisonnable « 1 tonne de CO2 émise = 1 tonne
séquestrée » mais sur un équivalent
monétaire fumeux de 14€/tonne correspondant
au prix du marché d’échange entre industriels
européens ; « ce qui n’a absolument aucun
lien avec le coût réel des mesures permettant
de séquestrer 1 million de tonnes de carbone - pas
plus que le nombre de points des Girondins de Bordeaux en
Ligue 1, le débit de la Garonne sous le pont de Pierre
ou l’indice de popularité d’Alain Rousset
! » ironise Julien Milanesi, porte-parole de l’ARLP
(Alternative Régionale Langon Pau).
Plus fort encore, l’une des allocations du fonds
d’ores et déjà retenue par la Région
concerne le reboisement de la forêt des Landes, dévastée
par la tempête Klaus, un reboisement auquel s’est
déjà engagée la Région. Le projet
de fonds pose également d’autres questions
aux contribuables d’Aquitaine : Comment le Conseil
Régional abondera ce fonds sans prélèvement
nouveau ? Pourquoi ce chantier de l’industriel Eiffage
devrait-il être « compensé » par
la collectivité qui, à n’en pas douter,
devra couvrir aussi la future absence de rentabilité
d’une autoroute A65 inutile ?
Après l’invention de l’ « éco-autoroute
» par le groupe Vinci en juin dernier à l’occasion
de la mise en service de l’A19, l’agitation
médiatique et les mesures virtuelles semblent constituer
les seules réponses aux enjeux « transports
» de la lutte contre le dérèglement
climatique ; la faute au Grenelle resté en panne
sèche sur la question des infrastructures routières,
malgré les promesses de Jean-Louis Borloo.
