La
conférence internationale sur le climat de Bali
ferme à peine ses portes que des choix politiques doivent être
faits, hic et nunc. Mercredi 19 décembre, la commission
européenne présentera son projet de réglementation
visant à réduire les rejets de gaz à effet
de serre des véhicules particuliers commercialisés
d’ici à 2012 dans les pays de l’Union. Depuis
1990, le secteur des transports a accru ses émissions
de 26%, portant sa contribution à 23% du total des rejets
européen de CO2.
En 1998, les constructeurs automobiles se sont engagés à réduire
progressivement les rejets de gaz à effet de serre de
leurs automobiles, pour les faire passer de 186 à 140
grammes de CO2 par kilomètre parcouru, à échéance
2008. A quelques jours de la date fatidique, force nous est
de constater que les engagements des constructeurs seront loin
d’être atteints, forçant les pays de l’Union
européenne à passer à l’action afin
d’y contraindre les constructeurs automobiles manifestement
peu ou pas sensibles aux crises climatiques annoncées.
Augmentation du poids unitaire des véhicules et de leur
puissance et explosion des ventes de 4x4 à vocation
urbaine sont les principales raisons expliquant un rejet moyen
de CO2 des véhicules commercialisés en 2006 stagnant à 158
g/km… donc bien loin des objectifs annoncés !
Présentée officiellement en février dernier,
le projet de la commission européenne affiche un objectif
ambitieux de 120 grammes de CO2 par kilomètre, effectif
d’ici à 2012. La commission s’attache à trouver
depuis cette présentation un modus vivendi entre Etats
membre, dont les intérêts industriels et stratégiques
font apparaître de sérieuses divergences malgré le
semblant d’unité affiché sur la scène
internationale.
Par petites touches successives, les constructeurs ont su
multiplier les angles de négociations, repoussant là la
date de mise en œuvre, ici le seuil initial de rejet de
CO2, là les procédures de sanction ou encore
ici les modalités de calculs du seuil rendus totalement
incompréhensibles pour le commun des mortels.
La France, dans ce grand jeu de lobbying européen où les
constructeurs allemands mènent la danse, fait pale figure.
Le Commissaire européen en charge des Transports, français
d’origine, n’est pas associé directement
aux négociations et les constructeurs français,
qui auraient tout à gagner à obtenir une réglementation
favorisant les véhicules de taille modeste faiblement émetteurs
de CO2, se rangent docilement derrière les producteurs
de grosses voitures polluantes !
La réglementation présentée par la commission
européenne ouvre le chemin d’une grande négociation
qui aboutira peut être à une transformation radicale
du paysage automobile européen et mondial. A moins que
le lobbying de l’association des constructeurs européens
d’automobiles ne fasse plier celles et ceux qui se sont
fait hier les chantres de l’ambition politique à Bali.
La France aura la lourde tâche de faire aboutir cette
réglementation dans le cadre de la présidence
française de l’Union européenne qui débutera
au deuxième semestre de l’année prochaine.
Si la France échoue à faire adopter cette réglementation
ou si elle accepte les assouplissements proposés par
les constructeurs, une occasion –sans doute la dernière,
aura été manquée. La légèreté avec
laquelle cette question est actuellement appréhendée
par les pouvoirs publics français est inquiétante.
La France s'est pourtant fortement engagée lors du Grenelle
en précisant qu'elle apporterait "son soutien au
durcissement de la réglementation communautaire des émissions
de CO2 des véhicules neufs commercialisés".
Après le semi-échec de Bali sous la pression
du plus grand pollueur de la planète, y aura-t-il renoncements à Paris
sous la pression des constructeurs automobiles, étonnamment
adeptes du statu quo ? Gageons que la France saura enfin concilier
le dire et le faire, afin que l’image du pouvoir ne se
résume plus au seul pouvoir de l’image.

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