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Le
sort réservé par l'Europe aux agrocarburants
donne lieu à d'intenses débats entre les eurodéputés
et les Etats membres de l'Union européenne (UE). Les
premiers sont, dans l'ensemble, plutôt préoccupés
par l'impact de ce type de culture sur l'environnement et
cherchent à adoucir l'une des dispositions-clés
du "paquet climat-énergie", placé parmi
les priorités de la présidence française
de l'UE. Les seconds veulent maintenir l'objectif de 10 %
d'énergies renouvelables dans les transports d'ici à 2020,
tout en tenant compte de la controverse que cette politique
suscite.
Claude Turmes, le rapporteur (Vert) du projet de directive
en cours de négociation, a certes regretté qu'"aucune
majorité" ne se soit dégagée, jeudi
11 septembre, au sein de la commission parlementaire industrie,
afin d'abroger ce seuil tant critiqué par les associations écologistes.
Mais le processus a été solidement encadré :
un objectif intermédiaire de 5 % en 2015 a été défini,
afin de laisser le temps à d'autres technologies de
monter en puissance face aux agrocarburants de première
génération, dont l'impact sur les prix alimentaires
est montré du doigt.
Les eurodéputés ont tenu à préciser
que le seuil retenu par les Européens n'est atteignable
qu'avec la contribution, à hauteur de 40 %, des véhicules électriques
ou propulsés à l'hydrogène et des agrocarburants
de seconde génération.
Ces deux amendements ont été soutenus par
l'ensemble des groupes politiques, de droite comme de gauche.
Mais ils ne conviennent pas au Conseil : à ce stade,
les Etats membres préfèrent, plutôt que
de fixer des objectifs intermédiaires, opter pour
une "clause rendez-vous" à l'horizon 2015-2017,
afin de réexaminer alors, si nécessaire, les
ambitions européennes. Cette échéance
est jugée trop tardive par les parlementaires.
Les Vingt-Sept sont d'autant plus attachés à l'objectif
des 10 % d'énergies renouvelables dans les transports
qu'ils se demandent encore comment en respecter un autre,
qui lui est étroitement associé : atteindre
20 % d'énergies renouvelables sur l'ensemble du "bouquet énergétique" en
2020. Un palier jugé très ambitieux par toutes
les délégations, mais que les eurodéputés,
tout comme la présidence française de l'UE,
n'entendent pas remettre en cause, de crainte de transformer
les discussions en véritable foire d'empoigne.
COMPROMIS, SEUIL ET "BONUS"
Soucieuse de répondre aux détracteurs des
agrocarburants, l'Union européenne cherche à définir
des critères destinés à promouvoir des
produits "durables". Les Etats membres sont parvenus,
ces derniers jours, à un compromis qui ménage
les intérêts des pays européens producteurs,
comme la France, et ceux des importateurs, tels le Royaume-Uni
et les pays scandinaves. Seules seront donc comptabilisées
les productions qui respectent, en Europe comme dans les
pays tiers, la biodiversité et certaines conventions
sociales. Il s'agit d'éviter la déforestation
ou le travail des enfants dans les principaux pays fournisseurs.
D'après les Etats membres, seuls les agrocarburants
permettant de réduire de 35 % les émissions
de CO2 par rapport aux carburants traditionnels seront certifiés
dans un premier temps. Ce seuil sera porté à 50
% en 2017. Un bonus sera accordé aux agrocarburants
issus de terres "dégradées", c'est-à-dire
non utilisées pour les cultures vivrières.
Néanmoins, le Parlement européen a formulé,
jeudi, des critères plus exigeants afin de limiter,
là encore, le recours aux carburants de première
génération : la commission industrie a, entre
autres, exigé une efficacité d'au moins 45
%, portée à 60 % en 2020, et ce contre l'avis
des Etats membres producteurs, dont la France. "Le Parlement
se veut plus strict que le Conseil, mais les positions sont
conciliables", veut croire Claude Turmes.
Philippe Ricard
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