PARIS - Les champs électromagnétiques pourraient
“être à l’origine d’un problème
de santé publique majeur”, ont mis en garde des
scientifiques lundi, alors qu’un sondage indique que
80% des Français sont favorables à une meilleure
règlementation du développement des antennes
relais.
A un mois d’une table ronde organisée par le
ministère de la Santé et après que la
justice eut imposé le démantèlement de
plusieurs antennes relais au nom du principe de précaution,
le débat reste entier sur les impacts sanitaires.
Au début du mois, le Premier ministre avait justifié
une “approche de précaution” sur l’impact
sanitaire de l’utilisation des téléphones
mobiles, bien que “les expertises disponibles ne permettent
pas de conclure sur le lien éventuel entre utilisation
de téléphone mobile et un risque de cancer”.
En revanche, selon lui, l’hypothèse d’un
risque pour la santé des antennes relais de téléphonie
mobile “ne peut être retenue” en l’état
actuel des connaissances.
L’Académie de médecine lui avait emboîté
le pas en soulignant l’absence de risque démontré
des antennes relais de téléphonie mobile.
Lundi, ce sont les opposants à des seuils d’exposition
trop élevés qui ont donné de la voix.
“Les effets des champs électromagnétiques
sur notre santé sont démontrés par l’observation
clinique de très nombreuses investigations toxicologiques
et biologiques et certaines études épidémiologiques”,
ont affirmé quatre professeurs dans une déclaration
publiée à l’occasion d’un colloque
sur l’enjeu sanitaire des technologies sans fil au Sénat.
L’Allemand Franz Adlkofer, coordinateur du projet de
recherche européen Reflex, le Français Dominique
Belpomme, cancérologue, et les Suédois Lennart
Hardell, cancérologue et chercheur, et Olle Johansson,
du département de neuroscience du Karolinska Institute,
estiment qu’”un nombre croissant de malades (sont)
devenus intolérants aux champs électromagnétiques”.
“On ne peut exclure chez eux l’évolution
vers une maladie dégénérative du système
nerveux, voire certains cancers”, et il y a donc risque
de “problème de santé publique majeur”,
ajoutent-ils.
Il ont mis en avant certaines études prouvant des
effets nocifs sur l’ADN ou le cerveau, même si
d’autres ne prouvent rien. “Les normes de protection
sont largement insuffisantes pour éviter les effets
toxiques”, a déclaré le Pr Belpomme.
Les opérateurs télécoms, invités
lundi au colloque, n’ont pas souhaité s’exprimer,
selon les organisateurs, des sénateurs Verts.
Agir pour l’environnement et Priartem, deux associations
spécialisées sur le sujet, ont publié
un sondage réalisé par l’institut BVA,
qui fait apparaître que 80% des Français sont
favorables à ce que le gouvernement règlemente
davantage le développement des antennes relais, contre
16% qui n’y sont pas favorables et 4% qui ne se prononcent
pas.
Une table ronde sur les effets potentiels des téléphones
mobiles et des antennes relais est prévue le 23 avril
au ministère de la Santé, avec des membres du
gouvernement, des opérateurs et des associations.
Mais d’ores et déjà les associations reçues
lundi par la secrétaire d’état à
l’Ecologie Chantal Jouanno ont paru fort dépitées.
“On est dans les limbes quant à l’organisation,
ils ne savent pas très bien quand ça va aboutir,
avec quels acteurs, et quels experts seront sollicités”,
a indiqué Stéphen Kerckhove d’Agir pour
l’Environnement, disant ignorer même si l’on
parlerait des antennes relais.
Pour lui, cela ressemble fort à “un exercice
de style” dont le seul objectif serait “de faire
de la communication autour du sujet sans vraiment chercher
de solutions”.
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