par Stéphen Kerckhove, délégué
général d’Agir pour l’Environnement
et Janine Le Calvez, Présidente de Priartém
Les opérateurs de téléphonie mobile,
confrontés à une opposition de plus en plus
forte de la part de riverains excédés par
l'installation anarchique d'antennes relais, en appelaient
au Gouvernement pour qu'il règle ce problème
épineux.
Nous en appelions également au Gouvernement, afin
que ce secteur qui fait l'objet d'une rare mansuétude
réglementaire soit enfin l'objet d'un débat
pluraliste et contradictoire débouchant sur une législation
adaptée à l’ampleur du problème
de santé publique posé par le développement
rapide et non contrôlé des nouvelles technologies
de la communication sans fil.
Du Grenelle des ondes, nous attendions beaucoup…
Peut-être trop ! Nous avons eu, en tous cas, la mauvaise
surprise de constater, après avoir participé
pleinement et entièrement au Grenelle des ondes,
que la ministre de la Santé avait simplement oublié
d'être à l'écoute des parties prenantes.
Après avoir passé plus de 20 heures, réparties
en 6 demi-journées à tenter de convaincre
la puissance publique du bien-fondé de nos propositions,
une première synthèse nous a laissé
entrevoir des avancées. De cette synthèse
transparaissaient ainsi la reconnaissance de la téléphonie
mobile comme un « risque émergent » ainsi
que l’existence dune véritable incertitude
scientifique, dont la traduction politique devait conduire
à l'adoption de mesures de précaution.
Toujours selon cette première synthèse, la
commercialisation ainsi que la promotion des portables explicitement
destinée aux enfants devaient être proscrites.
A propos des seuils d'exposition des riverains aux ondes
de la téléphonie mobile était mentionnée
l’application du principe ALARA qui veut que l’exposition
soit la plus basse possible et qui implique la fixation
d’une valeur réglementaire.
Nous avions bien sûr noté également
que l'écriture diplomatique utilisée par le
rapporteur permettait d'aboutir à des compromis bien
éloignés de nos revendications, suscitant
nos justes inquiétudes. Nous avions également
noté que des pans entiers du travail – tels
que la question des sites sensibles - avaient été
à peine abordés.
Las... quelques jours après la publication de cette
première synthèse, les trois ministres de
la Santé, de l'Ecologie et au développement
de l'économie numérique oublièrent
soigneusement de reprendre les avancés du Grenelle
des ondes. Ce patient travail d'érosion des mesures
les plus positives a amené les principales associations
à claquer la porte.
D'une interdiction de la commercialisation des portables
aux enfants et adolescents de moins de 12 ans, les ministres
ont ainsi décidé de réduire cette interdiction
au seul usage et seulement aux enfants de moins de 6 ans,
avec de vagues promesses d’aller jusqu’à
10 ans C'est ainsi qu'à la suite de cette mesure
gouvernementale, un enfant aurait le droit d'acheter un
portable mais n'aurait plus le droit de l'utiliser. Cohérence,
cohérence !
Mais c’est sur les antennes-relais que les reculs
ont été les plus sensibles provoquant notre
décision de départ. Alors même que la
très grande majorité des débats a tourné
autour de cette demande, l'Etat conclut, par la voix de
sa ministre de la Santé qu'au regard du faible niveau
d'exposition et au regard des études internationales,
il n'y aurait pas lieu de revoir les seuils d’exposition
actuels – 41, 58 et 61 V/m, selon les fréquences,
alors que nous demandons 0,6 V/m - reprenant mot pour mot
la lettre de mission du premier ministre introduisant ce
Grenelle des ondes.
A quoi ont donc servi les débats si les conclusions
du Grenelle ressemblent à s'y méprendre à
l’introduction ? Si nous avons décidé
de participer à ce Grenelle des ondes, c'est avec
le secret espoir de peser sur les décisions à
venir. Force nous est de constater qu'il n'en fut rien ce
qui justifie notre décision de refuser d’être
plus longtemps instrumentalisés.
Ce Grenelle des ondes est donc une occasion manquée
qui ne règlera pas le problème. Nos associations
appellent donc les riverains d'antennes à amplifier
la mobilisation afin que les parlementaires écoutent
ce que le Gouvernement n'a pas voulu entendre. Plusieurs
échéances vont nous permettre de faire entende
notre voix : le débat sur le projet de loi Grenelle
2, le rapport d’expertise de l’AFSSET, le colloque
scientifique de la Fondation Santé et Radio Fréquences
et la Conférence de citoyens organisée par
la Mairie de Paris. Nous sommes bien décidés
à ne pas manquer ces échéances en espérant
que notre participation débouchera enfin sur des
décisions.
