L'usage du téléphone portable
est-il dangereux pour la santé ? Des signaux sanitaires
préoccupants existent déjà, à
défaut de preuves irréfutables. Les antennes-relais
de téléphonie mobile provoquent-elles des
troubles ? Une cartographie des points noirs où la
densité des émissions est préoccupante
mériterait en tout cas d'être dressée.
Face à ce constat et devant les "incertitudes"
qu'ils relèvent, les experts de l'Agence française
de sécurité sanitaire de l'environnement et
du travail (Afsset) ont opté pour la prudence : ils
recommandent de poursuivre les recherches et, dès
maintenant, de "réduire les expositions du public"
aux radiofréquences.
Les conclusions de ce rapport renvoient à la relation
contrariée qu'entretiennent aujourd'hui science et
société. Les études mettant en évidence
l'existence d'effets des radiofréquences sur la santé
ont beau être minoritaires - neuf sur les quatre-vingt-deux
passées au crible des experts -, il est nécessaire
de les prendre en compte.
Car il est difficile d'éconduire les inquiets quand
des milliers d'entre eux sont mobilisés comme ils
le sont ; quand l'"électro-hypersensibilité"
est reconnue comme maladie invalidante ailleurs, en Suède
en particulier ; quand des associations de défense
de l'environnement mettent en cause l'objectivité
de certains experts ; quand des opérateurs sont accusés
de préférer leurs profits à la santé.
Les conséquences pratiques seront plus difficiles
à tirer. Pour les 58 millions d'usagers du téléphone
mobile en France et pour les millions de personnes dont
les habitations voisinent les cinquante mille antennes implantées
sur le territoire, qu'attendre d'un message aussi peu tranché
? Quelles leçons pratiques le gouvernement va-t-il
en tirer ?
Concernant les portables, l'accent va être mis sur
l'information. Les industriels pourraient être contraints
d'étiqueter systématiquement les téléphones
afin que chacun sache à quoi il s'expose. Pour des
téléphones affichant les mêmes performances,
les "mauvaises ondes" peuvent varier de 0,2 à
1,8. A chacun de faire ses choix en conséquence.
S'agissant des antennes-relais, la question est nettement
plus délicate. Tout en soulignant leur innocuité,
l'Afsset assure qu'"il ne faut plus ne rien faire".
Pour sa part, le gouvernement se dit attaché à
"la qualité du réseau", donc à
l'existence d'antennes en nombre suffisant. C'est dire si
la voie est étroite et le compromis difficile à
trouver. Mais il y a fort à parier que le marché
devra, in fine, se plier au principe de précaution.
