Une campagne d’information sur les dangers des ondes électromagnétiques,
lancée par 10 ONG, remet sur le tapis l’utilisation
des téléphones mobiles par les moins de 15
ans. Elle rappelle à cette occasion le manque de sensibilisation
sur les risques liés à un usage excessif. La
Mairie de Lyon a de son côté pris position,
campagne d’affichage à l’appui : « Le
portable avant 12 ans, c’est non ».
« TcherMobile ». La comparaison, plutôt
crue, entre les ondes électromagnétiques et
la fameuse catastrophe nucléaire, est faite pour choquer.
C’est précisément ce que souhaitent les
10 ONG* auteurs de la campagne d’information sur les
dangers des ondes électromagnétiques, dont
le nom reflète leur inquiétude. « C’est
un réel problème de santé publique occulté par
les pouvoirs publics » s’insurge le professeur
Belpomme, éminent cancérologue et président
de l’ARTAC. Lancée le 16 décembre, en
pleine période des achats de Noël, la campagne « Portables,
antennes relais, wifi : un nouveau TcherMobile ? » a
pour premier objectif la sensibilisation de la population
sur les risques associés à une utilisation
régulière des téléphones mobiles.
La démarche n’est pas excessive, compte tenu
de l’opacité des connaissances sur le sujet.
La ministre de la santé Roselyne Bachelot affirmait
en décembre 2007 qu’aucune preuve de la dangerosité des
portables n’est à ce jour disponible. Pourtant,
nombreux scientifiques la contredisent aujourd’hui.
Outre les résultats indiscutables du BioInitiative
Working Group (voir article lié « Les téléphones
portables à nouveau sur la sellette »), plusieurs études
convergent vers une dangerosité avérée
des ondes électromagnétiques. L’Organisation
mondiale de la santé (OMS) elle-même a publié en
2008 une étude accablante. Les utilisateurs fréquents
de téléphones mobiles (plus de 22h de communication
par mois) ont deux fois plus de risques de développer
un cancer des glandes salivaires.
Le cerveau des enfants en ligne de mire
Concernant les enfants, le doute sur l’effet des ondes
est encore plus mince. Le cerveau des petits, moins épais
et plus fragile que celui des adultes, est d’autant
plus perméable aux ondes. Une étude du professeur
Om P. Gandhi de l’Université de l’Utah
aux Etats-Unis l’a prouvé en 1996 déjà :
le cerveau d’un enfant absorbe deux fois plus de rayonnements
que celui d’un adulte. De même, le professeur
Anton Kolodynski a démontré que les enfants
qui utilisent des téléphones portables présentent
plus de troubles de l’attention et de la mémoire
que les autres. Les effets néfastes des ondes seraient
divers : fatigue, insomnies, mais surtout cancers, pathologies
de la reproduction et dommages neuronaux. « Chez le
fœtus et l’enfant, les cellules se multiplient
très vite. Une anomalie dans une cellule, provoquée
par les ondes, entrainera beaucoup plus vite une tumeur » explique
le professeur Belpomme.
Le danger des lignes à haute tension reconnu
Les effets négatifs des pylônes à haute
tension sur la santé des animaux d’une exploitation
agricole corrézienne ont été officiellement
reconnus. Le tribunal de Brive-la-Gaillarde a condamné le
Réseau de transport d’électricité (RTE,
filiale d’EDF) à une amende de 396000 euros.
Selon le jugement, « aucune cause pathogène
n’a été mise en évidence » pour
expliquer les maladies des truies, vaches et lapins de l’exploitation
: désorientation, œdèmes, hémorragies,
infécondité, voire tumeurs. La famille d’exploitants
agricoles avait dû arrêter certains de ses élevages,
et construire des locaux loin des lignes à haute tension.
Si l’appel du RTE est rejeté, le jugement pourrait
faire jurisprudence dans les procès concernant les
sensibilités aux champs électromagnétiques.
Que répondent les autorités à de tels
résultats ? La Grande-Bretagne, depuis le rapport
Steward, basé notamment sur les résultats du
professeur Gandhi, déconseille l’utilisation
des mobiles aux moins de… 15 ans. En France en revanche,
on est loin d’une prise de position nationale. Pour
se prononcer sur la dangerosité des ondes électromagnétiques,
les pouvoirs publics attendent d’avoir plus de preuves,
par exemple les résultats de l’étude
Interphone. Problème : ils sont attendus depuis 2003. « Attendre
ces conclusions, c’est une bonne excuse pour ne pas
prendre position » accuse Janine Le Calvez, présidente
de Priartém. La loi française n’interdit
pas la vente des mobiles aux enfants, Roselyne Bachelot ayant
refusé en janvier 2008 la demande en ce sens des associations
Agir pour l’environnement et Priartém. « On
nous a répondu qu’il était difficile
de mettre en place une telle mesure » raconte Janine
Le Calvez.
De leurs côtés, les opérateurs, qui
ne se sont pas encore exprimés concernant la campagne
TcherMobile, se défendent tant bien que mal. Se fondant
sur les études de l’Office parlementaire d’évaluation
des choix scientifiques et technologiques (OPECST) et de
l’Association française pour la sécurité sanitaire
environnementale (AFSSE), ils justifient la position du gouvernement
français. Par le biais de l’Association française
des opérateurs mobiles (AFOM), ils précisent
cependant qu’ils appliquent les recommandations de
l’Afsset : délivrance d’une oreillette
avec chaque téléphone, et limitation des opérations
marketing en direction des enfants. « On trouve pourtant
dans leurs boutiques des offres destinées aux moins
de 15 ans » précise Stéphen Kerckhove,
délégué général de l’association
Agir pour l’environnement. Tout dépend donc
de la tranche d’âge que couvre le terme “enfant”.
Aujourd’hui, 72% des 12-14 ans possèdent un
portable.
Une charte moins stricte que la loi ?
Dans la cadre du Grenelle de l’environnement, le projet
de loi d’application prévoit cependant l’interdiction
de vendre de portables aux moins de 6 ans, et l’interdiction
de promouvoir la téléphonie mobile auprès
des moins de 12 ans. Depuis, le dossier est discrètement
passé des mains des ministères de la santé et
de l’écologie à celles du secrétariat
d’Etat à l’économie numérique.
Un changement de stratégie « pas anodin » pour
Stéphen Kerckhove. « Aujourd’hui, Eric
Besson négocie avec les opérateurs de téléphonie
mobile une charte qui interdirait la vente aux moins de 3
ans ! ». Une charte qui serait donc moins restrictive… que
la loi.
Lorsqu’elle était encore en charge du dossier,
la ministre de la santé avait écarté l’idée
d’une campagne de sensibilisation sur les dangers du
portable pour les enfants. Un projet d’information
sur le bon usage du portable serait aujourd’hui en
préparation, du côté du secrétariat
d’Etat à l’économie numérique.
La mairie de Lyon, elle, a pris les devants, avec une campagne
d’affichage indiquant « Le portable avant 12
ans, c’est non ». A l’inverse, à Paris,
les réclamations des associations sont moins prises
en compte. Le syndicat parisien des bibliothécaires
Supap-FSU réclame l’interdiction du WiFi notamment
dans les espaces jeunesse des bibliothèques, et la
reconnaissance des maux des salariés victimes des
ondes électromagnétiques.
« L’un des problèmes majeurs, c’est
la disparité des citoyens devant l’information » regrette
Stéphen Kerckhove. « Puisque l’Etat refuse
de faire le travail de sensibilisation indispensable, nous
nous y substituons ». Dans le cadre de la campagne
TcherMobile, les 10 ONG associées distribueront à leurs
réseaux un document de quatre pages informant la population
sur les dangers potentiels de la généralisation
du sans-fil. Il fournit également une liste de recommandations
pour réduire sone Exposition aux champs électromagnétiques. « Au
nom du principe de précaution » justifie le
professeur Belpomme.
* Agir pour l’environnement – Pour une réglementation
des implantations d’antennes relais de téléphonie
mobile (Priartem) – Association pour la recherche thérapeutique
anticancéreuse (ARTAC) – La Confédération
syndicale des familles (CSF) – Les Amis de la terre – La
Fédération des conseils de parents d’élèves
des écoles publiques (FCPE) – La Ligue de l’enseignement – Action
conso – Le Syndicat unitaire des personnels des administrations
parisiennes-Fédération syndicale unitaire (Supap-FSU) – Silence.
