|
Le transport routier représente une part majeure des
émissions de gaz à effet de serre. Les engagements
du Grenelle de l’environnement ne sont pas assez ambitieux
pour inverser la tendance. Alors que des alternatives existent,
le nombre et la taille des véhicules vont même
augmenter.
Le transport routier est fortement responsable de l’accroissement
de la consommation d’énergie en France, ainsi
que des émissions de polluants et de gaz à effet
de serre (CO2). En effet, le trafic de marchandises est réalisé
à 82 % par la route, souligne l’Agence de l’environnement
et de la maîtrise de l’énergie (Ademe),
et le secteur des transports est le premier émetteur
de gaz à effet de serre (26 % des émissions
en France). De tous les modes de déplacement, c’est
de loin le transport routier qui émet le plus de gaz
carbonique (93,5 %).
En 2007, lors des travaux du Grenelle de l’environnement,
les organisations syndicales et environnementales ont travaillé
ensemble pour faire admettre qu’une rupture avec l’actuelle
politique des transports était nécessaire pour
lutter efficacement contre le réchauffement climatique.
À l’issue de ce Grenelle, la France s’est
engagée à réduire massivement la part
des transports de marchandises dans les émissions de
CO2 en développant des alternatives fiables au transport
routier. En présentant récemment un plan d’engagement
en faveur du transport ferroviaire de marchandises pour répondre
à ces exigences environnementales, le ministre de l’Écologie,
Jean-Louis Borloo, a aussi tenté de concilier l’inconciliable,
c’est-à-dire une libéralisation extrême
des transports ferroviaires et routiers avec les engagements
du Grenelle de l’environnement.
Les choix retenus montrent l’incompatibilité
qui existe entre la recherche permanente du profit maximum,
l’intérêt général et social,
et la protection de l’environnement. Ainsi, au nom de
la concurrence et de la nécessaire privatisation, les
récentes décisions du ministre de l’Écologie
n’ont que l’apparence d’un plan vert, car
la SNCF s’est aussi engagée à réduire
fortement ses activités de fret non rentables, à
cesser l’exploitation d’un certain nombre d’infrastructures
ferroviaires, comme des gares de triage et des lignes indispensables
pour l’économie locale. Au grand bénéfice
du tout-routier…
Les camions, ça tue, ça pue,
ça pollue… par Claude-Marie Vadrot
Le transport des marchandises par la route cause des dommages
écologiques irréparables et entraîne un
nombre d’accidents dramatiquement élevé.
Le trafic des camions traversant ou parcourant le territoire
français représente environ 90 % des gaz à
effet de serre émis par les transports de marchandises.
Certes, depuis quelques années, qu’il s’agisse
des polluants ordinaires ou du gaz carbonique contribuant
aux modifications climatiques, les maigres efforts entrepris
par l’Europe ont diminué les émissions
de 15 % par camion. Un nouvel élan en ce sens est promis
par la Commission de Bruxelles pour 2014. Mais, outre que
le lobby des transporteurs et des constructeurs s’active
à retarder cette échéance, les résultats
techniques sont effacés par l’augmentation
régulière du nombre et de la puissance des camions.
Une tendance que les législateurs français et
européens n’ont jamais tenté d’endiguer
puisque la quantité de marchandises transitant par
la route a doublé au cours des vingt dernières
années et crû de 22 % depuis 1999. La part des
camions dans les émissions de CO2 atteint 26 % pour
l’Europe et 27 % pour la France. Il n’est guère
surprenant que les représentants des transporteurs
s’affairent autour de la Commission européenne
des transports pour que les négociations ultimes de
Copenhague « ne pénalisent pas le secteur routier
», qu’il s’agisse des poids lourds ou des
cars qui remplacent de plus en plus souvent les trains de
voyageurs.
Cette évolution ne peut être qu’aggravée
par la construction de nouvelles autoroutes en dépit
des décisions prises par le Grenelle de l’environnement.
Un bel exemple : la décision de réaliser l’A65
entre Bordeaux et Pau. Elle constituera, avec la bénédiction
de la gauche et de la droite régionales, un nouvel
aspirateur à camions car, pour que le constructeur
rentabilise son investissement de plus d’un milliard
d’euros pour 147 kilomètres (qui aurait pu servir
à améliorer un trafic ferré utile à
la fois aux salariés et au transport des marchandises),
il faudra doubler le trafic des voitures et des camions. Avec
des conséquences graves sur la biodiversité
puisque de nombreux écosystèmes seront coupés
en deux par un obstacle infranchissable. Aux dépens,
par exemple, de la loutre, du vison sauvage et de nombreux
insectes protégés. Les autoroutes et les routes
à quatre voies séparées par des murets
en béton annulent la mise en place des corridors biologiques
prônés par le Grenelle.
Un bilan écologique désastreux au nom, comme
d’habitude, d’un prétendu « désenclavement
» de villes et de villages qui seront encore plus isolés…
Mais un sacré chiffre d’affaires pour le BTP,
secteur protégé par la chambre de commerce et
d’industrie (CCI) de Pau. Or, le président de
la commission d’enquête préalable à
la déclaration d’utilité publique, Yvon
Foucaud, occupait alors une fonction de conseiller technique
auprès de la CCI. Un grand classique du genre, et il
est à craindre que nombre des 29 projets autoroutiers
qui sommeillent dans les cartons bénéficient
des mêmes conditions d’instruction, quand la «
relance » aura eu raison de ce qui reste des (bonnes)
résolutions du Grenelle. Au programme de la Direction
des routes, l’A32 dans l’Est, l’A24 dans
le Nord, l’A77 dans la Région Centre ou le doublement
de l’A9 dans le Sud risquent d’aggraver les pollutions
en attirant de nouveaux camions.
Les camions ne représentent pas seulement
un non-sens écologique : par leur masse, ils constituent
un danger ; en 2008, hors zones urbanisées, selon les
statistiques du ministère de l’Écologie,
les poids lourds ont été impliqués dans
1 744 accidents corporels ayant entraîné 473
décès (dont 68 chauffeurs) et 2 100 blessés,
soit 14,3 % des tués, alors qu’ils ne représentent
que 2 ou 3 % du trafic selon les sources. Le pourcentage de
morts dans les accidents impliquant des camions se chiffre
à 16,1 % contre 6,5 % pour les voitures. Des chiffres
qui ne comprennent pas les accidents en ville. Pas plus qu’ils
ne recensent les accidents n’entraînant pas de
dommages corporels : il suffit d’écouter les
« points trafic » matinaux des radios pour entendre
égrener le nombre de routes ou d’autoroutes bloquées
« par un accident de poids lourd ».
Contrairement à ce que tentent de faire croire les
autorités, les camions n’empruntent pas que les
autoroutes. Soit pour échapper aux péages, soit
pour gagner des kilomètres sur un trajet, les transporteurs
incitent leurs chauffeurs à utiliser les nationales.
Avec toutes les nuisances sonores et polluantes que cela représente
pour les agglomérations traversées ou contournées.
C’est le cas de la RN 73, qui mène de Dole, dans
le Jura, à Chalon, en Saône-et-Loire : 3 000
camions par jour, dont 90 % de véhicules de 40 tonnes.
Soit 36 % du trafic sur cet axe routier. Malgré les
demandes des habitants, rien n’a changé depuis
des années alors qu’une autoroute, plus longue,
permet de relier ces deux villes. Tous les évitements
des autoroutes, en plus de la douzaine de corridors autoroutiers
qui traversent la France, entraînent de nombreux dégâts
sur le réseau routier, dégâts désormais
essentiellement à la charge des départements,
l’État leur ayant transféré la
responsabilité de plus de 60 % des routes dites nationales.
La poursuite des mesures favorisant l’expansion
du trafic routier des marchandises se situe à des années-lumière
de la remarque de François Fillon expliquant, quelques
jours après son arrivée à Matignon :
« Les camions engendrent des nuisances, des risques
et des coûts en infrastructures. »
|