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Rien ne sert de construire des voitures
peu polluantes si personne ne les achète. Voilà le
constat un peu gêné qu'a fait l'Agence de l'environnement
et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) hier
en présentant son 4e palmarès des émissions
de CO2 des voitures vendues en France.
Hybride. Cela dit, les voitures «propres» ne
courent pas les rues : parmi plus de 3 000 modèles
testés, seuls 144 émettent moins de 120 grammes
de CO2 par kilomètre parcouru (1). Ils représentent
14 % des ventes en 2004. Parmi eux figurent quelques best-sellers
comme les Clio et Mégane de Renault, la 206 de Peugeot
et la Yaris de Toyota. Le constructeur japonais reçoit
d'ailleurs la palme du modèle le moins polluant dans
la catégorie essence, avec la Prius, modèle
hybride (essence-électrique) qui rejette 104 g/km
de CO2. Un succès à relativiser avec le nombre
de ventes du spécimen : 660 en 2004. Une autre hybride
figure au 5e rang (Honda Civic IMA avec 116 g/km). Les deux
modèles des familiales plutôt lourdes
et massives se hissent sans rougir parmi des petites
citadines comme la Twingo (120 g/km) ou la Smart Roadster
(122 g/km). Dans la catégorie diesel, la Smart ForTwo
est sacrée véhicule le moins polluant avec
90 g/km.
On ne peut que saluer ces performances même si ces
modèles figurent loin dans le palmarès des
ventes en France. Toutefois, l'Ademe s'inquiète :
depuis 2001, les constructeurs peinent à améliorer
les performances de leurs modèles. En trois ans, on
n'a gagné que 2 grammes de CO2 par kilomètre
: de 156 g/km, on est passé à 154 g/km en moyenne
pour les véhicules circulant en France. Compte tenu
de cette tendance, on atteindra difficilement les objectifs
de l'accord volontaire de réduction des émissions
conclu entre les constructeurs européens et Bruxelles.
En 2008, chacun de leur modèle devra émettre
maximum 140 g/km, et 120 g/km en 2012.
«Nous craignons que la parole des constructeurs automobiles
n'engage que celles et ceux qui y croient», signale
le Réseau Action Climat (RAC), qui réclame
des normes contraignantes.
Laxisme. Mais, surtout, les associations dénoncent
le laxisme du gouvernement, «qui adopte un laisser-faire à mille
lieues des discours emphatiques tenus sur le dérèglement
climatique». L'an dernier, le gouvernement a renoncé à mettre
en place le système de bonus-malus qui pénalisait
les propriétaires de véhicules polluants. Il
a aussi retiré du plan climat les mesures sur le bridage
et la limitation de vitesse sur autoroute. Dommage car ces
mesures toutes simples permettent de gagner des tonnes de
CO2 facilement. «Sur les 32 millions de véhicules
en France, on peut gagner 4 millions de tonnes de CO2 en
limitant la vitesse sur autoroute à 120 km/h et sur
route à 80 km/h», selon Patrick Coroller, du
département transports de l'Ademe. Sans compter que
le bon gonflage des pneus, l'optimisation de la clim (qui
boulotte 30 % de carburant en plus en ville) et la conduite
zen réduisent aussi les émissions.
Effet de mode. L'absence de contraintes permet ainsi aux
constructeurs de proposer des véhicules extrêmement
polluants, comme les 4 x 4, dont les ventes ne cessent de
croître. Même si certains ne polluent pas plus
que des berlines, «ce véhicule pour les champs,
et pas pour les Champs-Elysées, subit toujours un
effet de mode», déplore l'Ademe. Le 4 x 4 pèse
9 % du marché en France, contre 1 % il y a dix ans.
Il consomme en moyenne 32 % de carburant et rejette 80 g/km
de CO2 de plus qu'un véhicule moyen. D'ailleurs, parmi
les diesel les plus polluants, on trouve, au milieu d'utilitaires,
sept tout-terrain. C'est au pire d'entre eux, le Volkswagen
Touareg V10 TDI, que le RAC et Agir pour l'environnement
décerneront leur second prix Tuvalu du dérèglement
climatique, d'après le nom des îles du Pacifique
vouées à disparaître sous les océans
réchauffés. Il est vrai que la bête crache
346 g/km de CO2 (18 l/100 km de carburant), même s'il
ne s'en est vendu que 150 en 2004.
Dans le palmarès, les diesel s'en sortent mieux que
les moteurs à essence. Logique puisque la procédure
retenue par l'Ademe prend uniquement en compte le CO2 et
omet les oxydes d'azote. Pour les modèles essence
comme les diesel les chiffres sont minimisés car la
procédure ne tient pas compte de la climatisation
sur la consommation de carburant (donc sur les émissions).
Le palmarès est l'occasion de rappeler que les Français
se fichent un peu de l'environnement quand ils achètent
leur voiture : 53 % privilégient le confort, 51 %
le look, et 8 % seulement avouent choisir l'objet de leurs
rêves selon des critères environnementaux. Il
reste beaucoup de chemin à parcourir.
(1) Pour maintenir la teneur atmosphérique en CO2
à
son niveau actuel, les experts calculent qu'un humain ne
doit pas émettre plus de 500 kg de CO2 par an, soit
environ 4 000 km parcourus avec une voiture émettant
120 g/km.
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