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Depuis plusieurs années, le succès croissant
des véhicules à 4 roues motrices laisse songeur.
Alors que les prix du baril du pétrole ne cesse de
battre record sur record atteignant des sommets historiques,
les ventes de 4x4 semblent paradoxalement suivre la même
pente ascendante ! Avec 5,6% du parc automobile et une progression
de plus de 17% sur le premier semestre 2005, les 4x4 acquièrent
une certaine normalité sociale, alors que leur usage
devrait demeurer une exception, utilisé dans des zones
difficiles d’accès ou pour des interventions
de secours. Mais, force est de constater que les 4x4 sont
massivement utilisés dans les aires urbaines, zones
manifestement inadaptées à leur évolution.
Pire, la généralisation de pare buffles défie
toute rationalité en dotant ces véhicules de
pare choc culminant parfois à plus d’un mètre
de haut, hauteur qui en cas de choc avec les piétons,
cyclistes et enfants frappe les parties vitales !
L’automobile, et a fortiori les 4x4, véhicule
une image, incarne un statut social. Il est à cet égard
difficile de lutter contre cet autocentrisme, qui crée
une dépendance psychologique en entraînant une
fusion quasi amoureuse et passionnelle du conducteur et de
l’objet qu’il conduit. Contester l’objet
adulé revient ainsi à honnir l’homautomobilis.
Comme l’Agence de l’environnement et de maîtrise
de l’énergie (www.ademe.fr) l’indique
régulièrement, un tous terrains en cycle urbain
consomme en moyenne 32% de carburant de plus qu’un
véhicule classique et rejette en moyenne 229 grammes
de CO2 par km contre 142 grammes pour les berlines. En ajoutant
la climatisation, inappropriée sous nos latitudes
mais massivement utilisée, certains 4x4 consomment
ainsi en ville une trentaine de litres de carburant tout
en rejetant 300 à 400 grammes de CO2 par kilomètre
parcouru. Ce constat devrait conduire les responsables politiques à agir
rapidement afin de ne plus vivre à crédit sur
le dos des générations d’aujourd’hui
et de demain.
Les conséquences actuelles et prévisibles
du dérèglement climatique semblent pourtant
transir d’effrois les décideurs en place. C’est
ainsi qu’à l’occasion des discours de
rentrée et de la semaine de l’immobilité (du
16 au 22 septembre) initiée par le Gouvernement et
qui fait suite à la feue journée sans voiture,
nous assistons à une multitudes d’annonces censées
palier plusieurs années de statu quo. Non seulement,
ces annonces sont contradictoires mais en plus elles ne constituent
que de pâles micro-mesures qui ne remplaceront jamais
une politique volontariste, cohérente et inscrite
dans la durée.
Après plus d’un an de tergiversations, le Gouvernement
a décidé de mettre en place un malus frappant
l’achat de véhicule neuf particulièrement
polluant. Symptomatique de cette politique des petits pas,
cette mesure sera sans impact réel sur le comportement
des consommateurs lors de l’achat et encore moins sur
la protection de l’environnement. En effet, ce nouveau
malus en solde ne représentera pour les 4x4 les plus
polluants qu’un surcoût à l’achat
d’à peine 0.48%. Le signal « prix » qui
freine parfois certaines pulsions consuméristes semble
inopérant face à des engins dont le coût
d’achat peut dépasser les 40000 à 60000
euros. Avoisinant les 300 à 400 euros au maximum,
le taux de ce nouveau malus demeure trop faible pour infléchir
les ventes d’objets fétiches, sacralisés à l’aide
de campagnes publicitaires massives. Rappelons que la fonction
première d’une pollutaxe est de dissuader et
non de combler le déficit de l’Etat. La taxe
doit être élevée, proportionnelle aux
rejets de gaz à effet de serre, et annuelle de façon à créer
une fiscalité qui tienne compte de l’impact
environnemental en internalisant les coûts externes.
Corrélativement à l’adoption d’une
telle taxe, il est essentiel d’améliorer l’information
du grand public à l’aide d’un étiquetage
Energie apposé sur chaque véhicule. Cet étiquetage
doit aussi être généralisé à l’ensemble
des outils promotionnels en indiquant explicitement le coût
d’achat et le coût de fonctionnement annuel.
Ce outil informationnel et pédagogique permettrait
ainsi de faire prendre conscience à un potentiel acquéreur
que l’investissement relatif à l’achat
d’un 4x4, bien qu’extrêmement élevé,
devra être doublé pour l’alimenter en
carburant durant sa courte vie, soit environ 7000 à 9000
euros par an ! Pire, hors climatisation, un 4x4 rejettera
trente à quarante fois son poids en CO2, soit environ
50 tonnes !!! Gageons qu’une information objective
et visible permettra de compenser en partie l’omniprésence
publicitaire.
Certes, le Gouvernement affiche sa volonté de généraliser
l’étiquetage (annonce déjà faite
il y a plus d’un an à l’occasion de la
médiatisation du Plan Climat…) mais limiterait
la diffusion de cette information essentielle à l’arrière
boutique des concessionnaires ! Les constructeurs automobiles
auront ainsi tout loisir de diffuser une information publicitaire
partielle et partiale restreignant une prise de conscience
d’autant plus urgente que notre dépendance pétrolière
alourdit notre déficit commercial.
Face à l’urgence climatique, l’embolie
urbaine, l’insécurité routière
et la crise pétrolière, l’usage du 4x4
en zone urbaine est une totale aberration et requiert d’urgence
l’instauration de mesures très restrictives.
Rappelons que les autres usagers de l’espace public
qu’ils soient dans une poussette, sur un vélo, à pieds,
dans un bus et même dans une voiture de taille plus
modeste doivent faire face à ces nouveaux Mad Max
des villes et à leurs mastodontes rutilants et sont
les premiers à subir de plein fouet les aléas
de cette mode compulsive.
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