Le Monde - 06 juin 2006
CHRONIQUE d'Antoine Reverchon - En 4 x 4 dans Bruxelles


Chaque année, un jury composé de militants de trois associations écologistes internationales - Agir pour l'environnement, Réseau Action Climat et Transport & Environment - décerne le " prix Tuvalu du dérèglement climatique ", du nom de cet îlot du Pacifique menacé d'engloutissement par la montée des eaux consécutive au réchauffement de la planète. Il s'agit en fait d'un antiprix, puisqu'il vise à épingler un "acteur politique ou économique ayant montré son incapacité à agir en faveur de la lutte contre le dérèglement climatique ".

Pour 2006, le choix du jury s'est porté sur José Manuel Barroso, président de la Commission européenne. Les associations se sont en effet aperçues que le véhicule personnel de M. Barroso est un 4x4 Volkswagen, qui consomme plus de 13, 2 litres aux 100 kilomètres en zone urbaine et rejette ainsi 265 grammes de CO2 - le principal gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique - par kilomètre parcouru. Ce taux est près de deux fois supérieur aux 140 grammes de CO2 par kilomètre, l'objectif fixé par la Commission européenne elle-même dans le cadre d'un accord conclu en 1998 avec l'Association des constructeurs automobiles (ACEA). Ceux-ci s'engageaient à ce qu'aucun véhicule neuf mis sur le marché à partir de 2008 n'émette de CO2 au-delà de cette limite.

L'accord en question, non contraignant, faisait appel au volontariat des constructeurs. Or, selon les associations écologistes, la réduction des taux d'émission observée sur les modèles sortis entre 1998 et 2006 ne laisse guère espérer que l'objectif de la Commission soit atteint.

La " distinction " décernée à M. Barroso, que les militants sont d'ailleurs allés lui offrir symboliquement le 29 mai devant le siège de la Commission à Bruxelles, sert surtout à souligner que la "méthode Barroso" vis-à-vis des entreprises - qui consiste à éviter toute contrainte réglementaire en comptant sur la capacité des dirigeants à anticiper à long terme l'intérêt économique réel que représente le respect de l'environnement - n'est tout simplement pas efficace.

Mais le "profil bas" que le président de la Commission a adopté sur tant de dossiers n'est-il pas aussi, un an après le non franco-néerlandais à la Constitution européenne, la rançon de la montée du sentiment anti-européen ? Au plus grand bénéfice des partisans du "laisser-faire"...

ANTOINE REVERCHON

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