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Les voitures européennes vont-elles être prochainement
taxées en fonction de leur niveau d'émission
de dioxyde de carbone (CO2) ? La Commission européenne
a en tout cas fait planer la menace, mardi 29 août,
d'une réglementation contraignante au cas où les
constructeurs automobiles ne tiendraient pas leurs engagements
en la matière.
Les associations européenne (ACEA), japonaise (JAMA)
et sud-coréenne (KAMA) des constructeurs automobiles
se sont engagées de façon volontaire à baisser
entre 1998 et 2008 de 25 % les rejets de CO2 des véhicules
qu'ils fabriquent, afin d'atteindre une moyenne de 140 grammes
par kilomètre parcouru.
Les constructeurs français, à l'origine de
cette initiative, avaient réussi à convaincre
leurs concurrents allemands, japonais et coréens,
qu'il valait mieux prendre les devants plutôt que de
se faire imposer une réglementation trop sévère.
Dès 2004, la moitié de l'objectif était
atteinte. Mais depuis, la marge de progression s'amenuise.
Les émissions de CO2 - un gaz à effet de serre,
qui contribue au réchauffement climatique - sont en
effet fonction de la consommation de carburant. Or celle-ci,
après avoir connu des gains substantiels, atteint
une asymptote. Du fait de l'amélioration de la sécurité,
les véhicules sont en effet de plus en plus lourds
et donc consomment plus.
La tendance est accentuée par le renforcement des
normes antipollution (filtre à particule, réduction
des oxydes d'azote), qui nécessite des moteurs plus
gourmands en carburant. "Par rapport à une voiture
de la fin des années 1990, ces innovations représentent
en moyenne de 10 à 15 grammes de CO2 rejeté supplémentaire",
argumente un expert.
Même si aucun constructeur ne l'avoue officiellement,
tous savent que l'engagement d'atteindre les 140 grammes
dans deux ans est intenable. Or, la Commission, qui avait
moyennement apprécié que les constructeurs
se fixent eux-mêmes des règles, les attendait
au tournant.
D'où la sortie, mardi, du commissaire chargé de
l'industrie, Günter Verheugen, qui estime que la situation "n'est
pas satisfaisante", appelant "l'industrie à renforcer
ses efforts". "Si elle ne le fait pas, la Commission
n'hésitera pas à remplacer la carotte par le
bâton, ce qui peut signifier une réglementation",
précise-t-on à Bruxelles.
LES FRANÇAIS MOINS PÉNALISÉS
La Commission s'impatiente car, dans le cadre du protocole
de Kyoto, l'Union européenne (UE) s'est engagée à réduire
ses émissions de gaz à effet de serre de
8 % entre 1990 et 2012. Or les voitures particulières
sont responsables de plus de 10 % des émissions
de CO2 de l'UE.
La future réglementation suscite déjà un
lobbying intense. Les constructeurs français pourraient
ne pas trop mal s'en sortir. Champions du monde des petites
cylindrées et des motorisations diesel, Renault, Peugeot
et Citroën affichent déjà une moyenne
inférieure à 150 grammes de CO2 au kilomètre,
contre 161 grammes pour l'ensemble des marques européennes,
168 pour les Coréens et 170 pour les Japonais. Mieux,
l'ensemble des véhicules diesel commercialisés
par les Français est passé pour la première
fois en 2005 sous la barre fatidique des 140 grammes.
En revanche,
les Allemands, avec leurs puissantes berlines et leurs gros
4×4, risquent d'être les principales
victimes de cette chasse au CO2. BMW, Mercedes ou Volkswagen
pourraient alors invoquer une distorsion de concurrence au
profit des Français. Entre deux maux, Bruxelles devra
choisir.
Stéphane Lauer
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