De tout temps, la ville a attiré un public inspiré par
le rayonnement culturel et l’activité économique
d’un lieu où l’échange, vecteur
de progrès, était au centre des préoccupations.
Du siècle des Lumières est née une ville
lumière, place économique méprisant
la nuit et la pénombre, source d’ennui et de
temps perdu. Les Lumières ont ainsi enfanté un
siècle, le notre, qui a la prétention d’artificialiser
et éradiquer définitivement toute forme d’obscurité en
recourant à des milliards de points lumineux. Symbolisant
la vie, la transparence et la sécurité, la
lumière expose ainsi les citoyens à une source
lumineuse d’une crudité sans pareil qui débouche
sur une pollution lumineuse sans précédant.
Nous sommes ainsi passés du siècle des Lumières
au siècle des loupiottes… présentes
partout, tout le temps, irradiant chaque parcelle de territoire
de leur faisceau lumineux. La nuit symbolise désormais
une zone non éclairée, définition
en demi-teinte, et engendre un sentiment d’insécurité qu’il
s’agit d’éteindre par l’éclairage.
Rues et avenues sont ainsi appelées à s’illuminer.
Villes et campagnes se couvrent d’une myriade d’ampoules
et d’un halo lumineux qui réussissent le tour
de force d’éteindre la nuit et dissoudre la
voute céleste. Ce nouvel épisode de la guerre
des étoiles magnifie au plus haut point la période
de fin d’année, source d’illuminations
de Noël, produisant d’année en année
une exposition lumineuse de plus en plus intense.
Or, c’est justement à cette époque
qu’il nous faut faire preuve de raison écologique
en maîtrisant nos consommations d’énergie.
La période hivernale est logiquement une période
de forte consommation d’électricité qui
sert à l’éclairage et au chauffage
individuel. Ce faisant, durant quelques heures par jour,
notamment en fin de journées, la consommation électrique
s’accroît brutalement au point de conduire
les producteurs d’énergie à recourir à de
vieilles centrales fioul, charbon ou gaz, fortement émettrices
de gaz à effet de serre. Les illuminations de Noël
ainsi que toute consommation électrique supplémentaire
venant se surajouter à ces pointes de consommation
ont donc un bilan carbone avoisinant les 600 à 700
grammes de CO2 par kWh ! En dix ans, le nombre de points
lumineux a crû de 30% réduisant à néant
les économies d’énergie escomptées
par le changement d’heure.
Les rythmes biologiques impriment leur marque sur le règne
animal et végétal. Or, en multipliant à l’envie
ces éclairages artificiels, la césure diurne/nocturne
se résorbe pour déboucher sur une pollution
lumineuse de grande ampleur. Nombre d’insectes, attirés
par cette lumière artificielle, deviennent des cibles
trop faciles pour leurs prédateurs nocturnes.
La pollution lumineuse est responsable d’un gaspillage énergétique,
de rejets de CO2 et d’un écocide nocturne.
Face à ce constat, l’Etat et les collectivités
locales doivent réagir et peuvent agir.
Pour que cette réaction ne soit pas vécue
et perçue négativement, il y a lieu de mener
une vaste campagne de sensibilisation afin d’expliquer
les conséquences de cette pollution lumineuse. Parallèlement,
les collectivités locales doivent montrer l’exemple
en adoptant des arrêtés permettant de limiter
dans le temps et dans l’espace ces illuminations
tout en faisant appel aux diodes les plus efficaces énergétiquement.
En période de pointe de consommation, tout doit être
mis en œuvre pour réduire les consommations électriques.
A cet égard, les afficheurs publicitaires doivent être
mis à contribution en cessant le gaspillage électrique
inhérent au fonctionnement des publicités
lumineuses.
Enfin, les illuminations de Noël doivent être
réservées… aux périodes de Noël
! A étendre à l’infini cet éclairage
festif durant plus de trois mois, parfois sept jours sur
sept, 24h sur 24h, ces illuminations perdent leur signification.
Les mairies doivent mieux encadrer ce type d’illuminations
qui sont aux festivités de Noël ce que le 4x4
en zone urbain est à l’automobile particulière,
une façon de briller qui éclipse partiellement
notre lucidité écologique.
L’artificialisation du ciel nocturne conduit à une
pollution lumineuse qui mélange allègrement
le jour et la nuit, transformant les citoyens éclairés
en insomniaques allumés et noctambules illuminés.
Le 21è siècle nous impose de réapprendre à vivre
avec les contraintes écologiques. Les rythmes jour/nuit
ainsi que les rythmes saisonniers doivent être mieux
pris en compte y compris dans la gestion des flux lumineux.
Les associations organiseront à cet effet, le 21
décembre prochain, le premier jour de la nuit, date
du solstice d’hiver. Cette opération sera
l’occasion de démontrer que le degré de
convivialité et de solennité des fêtes
de Noël ne peut pas être directement proportionnel
au nombre d’ampoules allumées. Gageons que
les collectivités locales sauront se saisir de ce
moment pour promouvoir l’intérêt de
préserver et sauvegarder une nuit étoilée,
vectrice de rêve et source de repos.
|