Les syndicats agricoles unanimes s'opposent à toute nouvelle libéralisation à Cancun
Le Monde - 29 juillet 2003


M. Gaymard les exorte à soutenir la position française.

Hervé Gaymard, ministre de l'agriculture, et François Loos, ministre délégué au commerce extérieur, ont voulu rassurer les syndicats agricoles, jeudi 28 août, à quelques jours de l'ouverture de la conférence de l'OMC à Cancun.

Lors d'une réunion à Bercy, M. Loos a d'emblée conforté son auditoire, en déclarant que "l'économie de marché ne s'applique pas à l'agriculture de la même façon que dans d'autres secteurs". "La partie sera difficile", a cependant prévenu le ministre.

Pour M. Gaymard, "la France ne paiera pas deux fois" sur les aides directes, après la récente réforme de la politique agricole commune (PAC). "L'Union européenne a fait mouvement. Nous attendons des concessions des autres membres de l'OMC", a-t-il déclaré.

Selon le ministre de l'agriculture, qui a exhorté les syndicats agricoles à "soutenir la position française", la négociation d'un accord-cadre à Cancun, sans chiffrage sur la baisse des soutiens, "présente des risques". "Nous devrons être sûrs des engagements réciproques. Si accord il y a, il devra être équilibré dans les efforts demandés aux Etats-Unis et à l'Europe, sur tous les sujets", a-t-il affirmé.

M. Gaymard juge certains propositions de l'OMC "inacceptables", comme la fixation d'une date pour la suppression des aides à l'exportation ou le traitement indifférencié des pays en développement. Certains, comme le Brésil, sont de gros exportateurs. La France souhaite que les bénéficiaires des avancées de Cancun soient les pays les plus pauvres et les plus vulnérables. M. Gaymard a défendu la "sauvegarde des préférences tarifaires pour ces pays et leur extension à tous les pays développés".

Du côté des organisations syndicales, toutes représentées, une unanimité peu commune a émergé pour refuser la logique de la négociation à l'OMC. Les syndicalistes ont exprimé leur méfiance à l'égard de Pascal Lamy, commissaire européen au commerce chargé de négocier à Cancun.

Le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, a fustigé l'"absurdité de la libéralisation de tous les échanges, au nom d'un prix mondial qui ne veut rien dire". "Cette approche détruit des paysans dans tous les pays, même dans ceux qui la défendent", a-t-il affirmé. M. Lemétayer a invité les ministres à faire preuve de détermination, à Cancun mais aussi à l'intérieur de l'Union européenne, où des divisions pourraient apparaître et la France se trouver isolée.

La Coordination rurale voudrait que la logique de "l'exception culturelle s'applique de la même façon à l'agriculture". Le leader de la Confédération paysanne, José Bové, a réaffirmé de son côté son "refus de l'ouverture obligatoire des marchés" et réclamé "un moratoire sur les accords de l'OMC".

Gaëlle Dupont

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