Courrier
Le projet d’un circuit de Formule 1 à Flins,
dans les Yvelines, sur des terres destinées à l’agriculture
biologique, figure en bonne place sur la carte de France
des projets «grenello-incompatibles» établie
par le collectif d’ONG l’Alliance pour la Planète.
Sur le Web, les opposants à ce projet cher à François
Fillon s’expriment (www.collectif-flinssansf1.org).
Extraits.
Hélène Danel, coordinatrice du collectif Flins
sans F1.
«
Notre collectif s’est créé dans l’urgence
en décembre 2008 pour lutter contre le projet d’implantation
d’un circuit de F1 sur les communes de Flins et des
Mureaux. Sur ces terrains se trouve le deuxième plus
grand captage d’eau d’Ile-de-France qui alimente
près de la moitié des Yvelines et des Hauts-de-Seine.
Ces terrains ont été vendus par la ville de
Paris pour un grand projet d’agriculture biologique
porté par la région Ile-de-France avec l’Agence
des Espaces verts. En 2006, dans un dossier de presse, le
conseil général vantait d’ailleurs les
Yvelines comme un éco-département et s’engageait à protéger
ce captage d’eau. Deux ans plus tard, son président,
Pierre Bédier, promeut un projet de circuit de Formule
1 !
«Pour le projet d’agriculture bio, trois agriculteurs
- un céréalier et deux maraîchers - ont été sélectionnés.
Ils ont donc signé leurs baux et payé la location
des parcelles pour apprendre quelques jours plus tard que
les terrains venaient d’être classés en
Zone d’aménagement différé, fin
octobre 2008, ce qui signifiait que l’on changeait
leur destination. Les terrains ont été préemptés
par l’Etablissement public foncier des Yvelines en
décembre 2008 en vue de la construction du circuit
de F1.
«Ce projet du conseil général, des maires
de Flins et des Mureaux est soutenu par le Premier ministre,
François Fillon, passionné de sport automobile
et administrateur des 24 heures du Mans, et par le groupe
Lagardère.
«
Le Collectif Flins sans F1 regroupe aujourd’hui plus
de 400 associations de riverains et de protection de la nature,
locales (comme Ile-de-France Environnement) et nationales
(Greenpeace, WWF, Réseau Action Climat, Agir pour
l’Environnement, The Earth Organization). Le réseau
des Amap Ile-de-France, des Biocoops, des municipalités,
des élus, et de nombreux citoyens sont eux aussi associés.
«Nous sommes opposés au projet pour plusieurs
raisons. Contraire au Grenelle de l’Environnement,
il constitue un gaspillage d’argent public en pleine
crise économique. Le conseil général
est prêt à dépenser plus de 150 millions
d’argent public pour un projet dont l’avenir
est pour le moins incertain. Pierre Bédier fait miroiter
des retombées économiques faramineuses : 63
millions d’euros pour un Grand Prix - t un minimum
de 4 500 emplois. Nous en doutons beaucoup : tous les Grand
Prix sont déficitaires ; Max Mosley, président
de la Fédération internationale de l’automobile,
a lancé un cri d’alarme sur la viabilité économique
de ce sport, et le Grand Prix d’Allemagne risque de
ne plus avoir lieu faute de subventions publiques…
«La crise automobile est structurelle et l’image
qui est maintenant valorisée sur le plan sociétal
est celle de la voiture économe. Pour assurer des
emplois pérennes dans ce secteur, il faut investir
dans la voiture propre qui n’a pas besoin d’un
circuit sale pour exister. D’ailleurs, Renault s’est
déjà engagé à fabriquer à Flins
sa future voiture électrique avec l’aide de
l’Etat, de la région et du département.
«Il faut investir dans des domaines résolument
tournés vers l’avenir et respectueux de l’environnement,
fortement créateurs d’emploi comme la rénovation
du bâti ancien, les énergies renouvelables,
etc. Nul besoin de sacrifier le foncier agricole pour faire
du développement économique sur ce secteur.
Gardons le projet d’agriculture bio afin de protéger
et même améliorer la qualité de l’eau à un
moindre coût. Des études ont montré qu’il
revient 27 fois moins cher de protéger les sols que
de retraiter l’eau pour avoir une eau potable de qualité.
«Un circuit de F1, c’est aussi des nuisances
sonores à des kilomètres à la ronde,
un bilan carbone désastreux, 8 400 tonnes de CO2 liées à l’organisation
d’un Grand Prix (étude faite à Spa, en
Belgique, en 2007 sur une journée), une pollution
atmosphérique accrue, des routes saturées,
etc. Et cela la plus grande partie de l’année,
car il faut essayer de rentabiliser le circuit par des manifestations
diverses sur environ 200 à 250 jours par an.»
Recueilli par É.Pa
|