Lundi matin, M le Président faisait une déclaration
remarquée à La Haye, lors de l'ouverture officielle
de la sixième conférence des Nations Unies sur
les changements climatiques. M Chirac a affirmé que l'Europe
prendrait " toute sa part " dans la lut te contre
le changement climatique, en mettant en place " un accord
équitable, efficace, évolutif ".
M.Chirac rappelle la nécessité de la mise en place
de sanctions pour les pays ne respectant pas leurs engagements,
et la volonté de ne pas recourir à plus de 50%
de permis à polluer pour le respect des engagements de
réduction d'émissions. Il suggère également
l'augmentation du fonds qui finance les transferts financiers
et technologiques vers les pays du Sud. Il exprime le refus
des puits de carbone dans la première période
d'engagements, il demande la taxation du kérosène,
et fait part de sa volonté d'aller vers une répartition
équitable par personne des émissions de gaz à
effet de serre. La position Européenne a donc été
martelée par son Président. Mais M Chirac s'est
aussi permis une petite pique en direction des Etats-Unis, premier
émetteur mondial, pour qui " le moment est venu
de rejoindre les grands pays industrialisés, pour réussir
ensemble la transition vers une économie sobre en énergie
", et a souligné la nécessité d'intégrer
au mieux les Pays du Sud, qui " subissent, parce qu'ils
n'ont pas les moyens de modifier leurs pratiques et leurs politiques
".
Enfin, dans une allusion discrète, M Chirac a évoqué
l'extension des prélèvements sur les mécanismes
de flexibilité (dont les permis de CO2), pour alimenter
un fonds destiné aux pays du Sud, ce qui leur permettrait
de moins dépendre de la bonne volonté des pays
du Nord, qui n'ont jamais respecté leurs engagements
d'aide au développement.
C'est donc un geste important dans un contexte où nous
sommes inquiets de la possible inclusion de nombreuses "
échappatoires ", tels les puits de carbone ou le
nucléaire dans les pays en développement, qui
dispenseraient le Nord de réduction d'émissions
réelles.
Pour autant, si la position Européenne est vaillamment
défendue, les ONG françaises présentes
sur place attendent la traduction nationale de ces beaux principes.
La mise en place de la taxe sur le kérosène au
niveau européen est évoquée depuis des
mois sans avancée notoire. En même temps, le gouvernement
annonce la création d'un troisième aéroport
dans le bassin parisien, infrastructure lourde, coûteuse,
et qui ne pourra que favoriser le trafic aérien pourtant
incriminé. De même, le plan d'économies
d'énergie est évoqué dans le discours du
Président. Nous rappellerons juste qu'il fut annoncé
par M Jospin lors du sommet sur le climat de Lyon en septembre,
juste après la suppression de la vignette auto, seule
taxe proportionnelle aux émissions de CO2.
M.Chirac l'a dit, " nous devons nous attaquer aux sources
d'émissions les plus difficiles à maîtriser
: les transports, le bâtiment. ". Il a également
indiqué que l'on ne pouvait pas bouleverser les structures
et les habitudes. C'est une bonne raison pour ne pas poursuivre
des choix d'infrastructures de transports routiers favorisant
le développement du tout camion en relançant le
programme autoroutier français au détriment des
autres modes de transports. Si les ONG n'avaient pas connu M
Chirac comme Premier Ministre et comme Président, elles
lui auraient volontiers décerné le trophée
de l'homme politique le plus écolo du jour.
En attendant, les ONG attendent de la France qu'elle mette en
cohérence ses politiques publiques en matière
de développement d'énergie renouvelable, d'économie
d'énergie, de choix d'infrastructure de transports pour
les décennies à venir afin de respecter ses engagements
internationaux.
Karim LAPP / Agir pour l'Environnement
Philippe QUIRION / Les Amis de la Terre
Sylvain GODINOT / Réseau Action Climat France
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