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En direct du théâtre des négociations
Du blocage à la dramatisation, vers une solution ?
Nous vous proposons une approche en 10 points pour faire
le point sur l'état d'avancement des négociations.
Voir le mini lexique en fin de texte
Le protocole de Kyoto définit des objectifs chiffrés
de réductions d'émissions de gaz à effet
de serre au niveau global. Pour faciliter la mise en uvre
de ces engagements, le protocole prévoit des mécanismes
de flexibilité. Un premier mécanisme prévoit
la possibilité d'échanger des permis d'émissions
sur un marché entre pays industrialisés. Le
principe est donc qu'un pays qui ne parvient pas à
remplir ses engagements de réduction achète
des réductions réalisées dans un autre
pays. Les deux autres mécanismes fonctionnent sur le
même principe, mais concernent des projets. L'un avec
des pays industrialisés (Mise en uvre conjointe
MOC, l'autre avec les pays en voie de développement
(Mécanisme de Développements Propres MDP).
Tous les problèmes de cette négociation s'articulent
autour des questions de l'évaluation de ce qui sera
pris en compte dans le total des émissions et de la
définition de plafond pour recourir à ces échappatoires
(intégrité environnementale). Deux autres points
nodaux marquent les débats. La relation nord-sud et
la mise en uvre de mécanismes de contrôle
de tous ces dispositifs.
Dans chacun de ces mécanismes, des points particuliers
font l'objet de discussions et peuvent complètement
transformer l'objectif du protocole de Kyoto.
TOUT SERA-T-IL "PERMIS " ?
Le Protocole de Kyoto partait d 'une approche simple : chaque
pays développé doit diminuer ses émissions
de gaz à effet de serre. Sauf que pour se faciliter
la tâche, ces pays ont décidé que ces
quotas d 'émissions seraient "transférables
" entre eux.. A priori pourquoi pas, puisqu 'une molécule
de CO2 a le même effet sur le climat quel que soit l
'endroit où elle est émise. Sauf que cette possibilité
d 'échanger des permis ouvre, pour les pays développés,
de multiples occasions de se dérober à leurs
engagements. Premier hic : les émissions des ex "pays
de l 'Est " se sont effondrées, non par des mesures
de réduction, mais du fait de l 'effondrement de leur
industrie. Comme, selon le Protocole, ces pays ne doivent
réduire leurs émissions que de
0 %, ils
pourront vendre une montagne de permis. Certains pays occidentaux
s 'empresseront de les acheter à bas prix, plutôt
que d 'entreprendre des réductions chez eux. C 'est
pourquoi les ONG refusent le commerce de ces permis bidons,
ce "Hot air " dans le jargon des négociations
(en anglais, hot air signifie baratin).
Second problème : si le prix des permis est faible
-par exemple parce que les projets de puits sont acceptés
-les pays développés ne seront pas incités
à réduire leurs émissions chez eux. Du
coup, toutes les mesures qu 'il faudra de toute façon
prendre un jour seront reportées sur les générations
futures. Les ONG défendent donc des règles pour
que la grande majorité des réductions prévues
dans le Protocole soit réalisée chez eux, l
'achat de permis ne pouvant que servir d 'appoint. Troisièmement,
si un pays qui a vendu des permis ne respecte pas son quota
d 'émissions, que deviennent ces permis ? Pour les
ONG, il est hors de question que l 'acheteur puisse les utiliser,
comme le proposent les Etats-Unis.
Polémiques et enjeux : il faut que l 'Europe tienne
bon et défende le principe d 'une majorité des
actions à domicile. C 'est ce que l 'on appelle la
"supplémentarité ".
LE MECANISME DE DEVELOPPEMENT PROPRE
Le Pourquoi
Le Mécanisme de Développement Propre est apparu
en dernière minute de la Conférence de Kyoto.
Il apparaît comme un compromis entre les pays en développement
et l'exigence américaine de voir les pays en développement
participer aux efforts de réductions des émissions
de gaz à effet de serre. Leur revendication s'appuyait
alors sur le fait que les émissions des pays du Sud
allaient bientôt atteindre voire dépasser les
émissions des pays industrialisés. Par contre
les pays du Sud ont fait pression pour que la prise en compte
des réductions de gaz à effet de serre ne soit
pas une contrainte supplémentaire sur leur " non
développement " et ont ainsi fait bloc devant
l'élargissement de la Mise en uvre Conjointe
à leurs pays. Leur principale revendication était
alors de ne pas faire du Mécanisme de Développement
Propre un substitut aux autres aides en matière de
développement.
Du comment
Le MDP est ainsi un mécanisme de flexibilité
permettant à des entités (publiques ou privées)
d'investir dans des projets " propres " dans des
pays hôtes non soumis aux engagements de réduction
d'émissions. Ces projets doivent conduire à
des crédits de réductions d'émissions
certifiées d'un montant égal à la différence
entre les émissions du projet qui aurait été
réalisé à la place, sans le MDP et les
émissions produites par le projet MDP. Ces crédits
s'ajoutent alors au quota assigné au pays investisseur.
Pour être un mécanisme acceptable du Protocole
de Kyoto, le MDP doit être construit de manière
à répondre à deux fonctions : aider les
pays du Sud dans un développement durable ; aider les
pays industrialisés à réduire les émissions
à moindre coût puisque les opportunités
de réductions d'émission sont moins chères
dans les pays du sud. Les règles orientant le MDP sont
essentielles car un MDP sans barrières de sécurité
peu conduire à des dérives dangereuses aussi
bien pour :
- l'intégrité environnementale du Protocole
: plantations d'arbres à croissance rapide en Amérique
du Sud (si les puits sont inclus dans le MDP)
- que pour le développement des pays hôtes des
projets : construction de centrales nucléaires en Chine
et en Inde (si les technologies " propres " incluent
le nucléaire)
Devant les difficultés inhérentes à
la mise en place opérationnelle de ce mécanisme,
mais en considérant les effets fortement positifs qui
peuvent en ressortir sur le développement des pays
pauvres grâce à la diffusion de technologies
" propres " qu'il peut entraîner, les états
se sont mis d'accord pour engager le plus tôt possible
un " Prompt Start " sur des règles simples
et une liste de technologie à priori sans risque pour
un développement propre. Au début cette "
liste positive de technologie ne comprenait que des énergies
renouvelables et des mesures en matière d'efficacité
énergétique. Petit à petit, les pays
(aussi bien industrialisés tels que les Etats-Unis
et le G77) ont voulu élargir à d'autres technologies
cette liste qui maintenant est quasi exhaustive (combustibles
fossiles
), ceci permettant d'éviter d'avoir à
parler dans un premier temps des sujets qui fâchent
: le nucléaire. Cette liste est en train de mourir
de sa plus belle mort avant même d'avoir vu le jour.
Nous nous orientons donc vers une liste dite négative
où les pays devront décider des technologies
à exclure du label MDP Propre. La question du nucléaire
sera alors forcément sur la table. Une majorité
des pays de l'UE s'est exprimée contre, la France reste
muette. Hors UE, le Japon, l'Australie, le Canada et la Russie
vote pour.
Le contenu institutionnel du MDP prévoit l'instauration
:
- d'un Comité exécutif qui doit gérer
au jour le jour le MDP. Parmi ses fonctions : décisions
concernant les types de projet, l'éligibilité
des projets, les différentes méthodologies pour
l'instauration des scénario de référence.
Cette concentration de pouvoir nécessite un haut niveau
de transparence et une forte participation du public, composante
trop fortement absente des textes de négociations.
Il est important qu'une bonne représentativité
des pays du Sud soit assurée et ainsi que les revendications
des communautés indigènes.
- d'entités opérationnelles en charge de la
validation des projets, de la vérification, et de la
certification des réductions d'émissions. Elles
doivent également tenir à jour un registre public
des projets et rend compte au Comité exécutif.
Ce sont les entités opérationnelles qui réalisent
le " Project design document ", descriptif sensé
être complet du projet, de sa contribution au développement
durable pour le pays, du scénario de référence
utilisé, des méthodologies employées
pour évaluer les émissions et les réductions.
L'évaluation des impacts environnementaux autres que
ceux relatifs au changement climatique, et des impacts sociaux
est encore une incertitude qui est laissée dans l'ombre
par certains pays en développement tels que la Chine.
Les pays industrialisés ne manifestent pas beaucoup
de passion pour ce sujet. Par contre certains pays d'Amérique
du Sud y accordent beaucoup d'importance. Une telle prise
en compte de critères sociaux et environnementaux est
pourtant en accord avec les pratiques de la Banque Mondiale
et des autres institutions financières internationales.
La participation du public tout au long du cycle du projet,
aussi bien en amont (avant le projet, consultation des personnes
concernées par le projet), qu'en aval doit être
assurée et prise en compte.
L'additionalité et le calcul des crédits :
Un projet MDP doit être additionnel, ce qui signifie
qu'il doit permettre des investissements dans des technologies
non polluantes et non utilisées dans le contexte économique
du pays. On définit alors une technologie de référence
que l'on appelle " baseline ". Une telle définition
permet de calculer les émissions évitées
par le projet. Or, aussi bien l'investisseur que le pays hôte
ont intérêt à faussement augmenter les
réductions réellement opérées.
L'investisseur pourra alors récupérer plus de
crédits, et le pays hôte, en quête de projets
MDP, sera plus attractif pour l'investisseur. Pour assurer
que les réductions d'émissions ne sont pas virtuellement
gonflées, et ainsi porter préjudice à
l'intégrité environnementale du Protocole, il
est donc important de fixer des règles strictes pour
la définition des baselines, et ne permettre qu'à
des technologies vertueuses de rentrer dans la danse. L'un
des principaux enjeux des négociations se situent autour
de ce thème : par exemple pour produire de l'électricité,
on peut fixer une référence basée sur
le charbon, le gaz, à l'échelle mondiale, régionale,
ne prendre en compte que les investissements dans ce domaine
les plus récents (2 ou 5 ans), ou construire une "
baseline " projet par projet. Les américains veulent
rester dans le flou ce qui leur permettrait de faire passer
des références charbonnées (plus de crédits),
les européens veulent des règles plus strictes
et précises.
Un des problèmes inhérents au MDP est le coût
que peut entraîner la mise en place de ces études
préalables. Les pays les moins avancés et les
moins attractifs d'un point de vue économique pourraient
encore une fois rester sur le carreau. Des règles doivent
être élaborées pour assurer une bonne
distribution géographique des projets. On peut agir
au niveau d'une standardisation des baselines, ou charger
le Comité Exécutif d'assurer une telle charge.
Politiques et mesures : Les "PAMS "
Les pays qui veulent "délocaliser " leurs
réductions de carbone en utilisant les mécanismes
de flexibilité ont horreur de cette partie de la discussion.
Ils ont vidé de leur sens toutes les politiques concertées
prévues au Protocole. Ils ne proposent plus que des
sortes de "colloques " sans aucune obligation..
Pourtant, certaines mesures ne sont rentables et efficaces
que si des pays les adoptent en nombre suffisant : par exemple,
les économistes de l 'OCDE ont montré qu 'une
taxation sur les vols aériens est bénéfique
si elle est faite par les grands pays du Nord.
Enjeux et polémiques :il faut que l 'Europe tienne
bon pour doter l 'accord à venir d 'un mécanisme
de concertation sur les mesures, et aussi que les pays du
Nord soient forcés de montrer leurs progrès
en 2005 en prouvant qu 'ils ont entamé des politiques
sérieuses. Ce sujet n'a presque pas été
discuté.
LES PUITS DE CARBONE
Qu'est-ce qu'un puits de carbone ?
On appelle source de carbone le comportement émetteur
de CO2 d'un réservoir de carbone (les réservoirs
sont les océans, les stocks de carbone fossile, ou
les forêts par exemple) vis à vis de l'atmosphère.
Scientifiquement, un puits est l'opposé d'une source
: il pompe du carbone de l'atmosphère. Les océans
-en tant que réservoir- sont les principaux puits de
carbone. Les réservoirs biosphériques (forêts,
terres agricoles, sols) peuvent se comporter soit en puits
(lorsque la végétation grandit, du dioxyde de
carbone est soutiré de l'atmosphère par photosynthèse)
soit en sources (lorsqu'on brûle des forêts on
libère dans l'air le carbone stocké dans les
arbres). Le réservoir de carbone fossile, lui, est
une source permanente de CO2.
Les puits et la lutte contre l'effet de serre.
La lutte contre l'effet de serre consiste à limiter
l'accumulation de gaz à effet de serre, en particulier
de CO2, dans l'atmosphère. Pour cela, le problème
essentiel est de limiter les sources, principalement consommer
moins d'énergie fossile. En théorie, on peut
aussi tenter de favoriser le comportement " puits "
de certains réservoirs.
Les puits dans les négociations de l'effet de serre.
Dans le jargon des négociations, les " puits
" de carbone recouvrent surtout l'idée de tirer
profit du réservoir biosphérique (en comptabilisant
les flux de carbone entrant dans les forêts par exemple)
pour remplir ses engagements quantitatifs de réduction
d'émission de gaz à effet de serre.
Dans la pratique, les choses sont beaucoup plus compliquées
: pour plusieurs raisons, dont la conjonction rend chacune
d'entre-elles plus grave, la séquestration est une
vraie fausse solution au changement climatique.
1. Elle détourne les pays de l'esprit du protocole
de Kyoto qui est de réduire leurs émissions
dues aux combustibles fossiles. Plus grave : les engagements
quantitatifs étant déjà fixés,
toute contribution à ces engagements sous forme de
puits réduit mécaniquement les efforts à
fournir dans les autres secteurs. Le développement
de technologies propres (efficacité énergétique,
énergies renouvelables) sera ralenti et repoussé
aux générations futures.
2. La séquestration est un phénomène
réversible : les forêts peuvent se transformer
en sources.
3. Les puits ne peuvent au mieux être qu'une solution
temporaire, puisque la taille potentielle des réservoirs
biosphériques est limitée.
4. De grandes incertitudes scientifiques -beaucoup plus grandes
que pour les émissions fossiles, et difficiles à
résoudre- rendent délicat le comptage exact
des tonnes soutirées, donc rendent incertain le bénéfice
net des puits pour atmosphère.
5. Le comportement d'un réservoir de biomasse, à
la différence des réservoirs fossiles, n'est
pas uniquement dû aux actions de l'homme (gestion forestière
par exemple
). Dans le cas des puits se pose donc l'enjeu
de la prise en compte uniquement de la part de séquestration
directement induite par les efforts de l'homme. Le calcul
de cette part pose des problèmes scientifiques et méthodologiques
considérables.
6. Des incertitudes sur le comportement futur des réservoirs
biosphériques face au changement climatique rendent
la solution puits moins fiable à long terme que des
réductions fossiles.
7. La biodiversité risque de souffrir : les plantations
à grande échelle de " champs d'arbres "
d'une même espèce sont économiquement
plus rentables au niveau carbone que l'établissement
de forêts naturelles.
8. Les puits sont parfois situés sur des terres occupées
par des peuples indigènes dont les droits risquent
d'être bafoués par des projets puits.
Pour toutes ces raisons, les ONG du Climate Action Network
(CAN) refusent que soient créés des crédits
de carbone liés aux puits au Nord comme au Sud.
L 'ADAPTATION
Ce point provient des articles 4.8 &4.9 de la Convention
de Rio : c 'est l 'aide que les pays riches doivent fournir
aux pays particulièrement vulnérables (îles,
zones désertiques, pays pauvres, etc.)pour s 'adapter
et lutter contre les "effets néfastes " du
changement climatique (inondations, montée des eaux
etc.). Les pays riches n 'ont rien fait pour remplir ces engagements.
Beaucoup de pays d'Europe ont demandé l'augmentation
du Fond pour l'Environnement mondial, quant aux US, ils ont
200 millions de $ de retards sur leurs engagements précédents.
TRANSFERT DE TECHNOLOGIE (TT)
Ce sujet est abordé principalement au titre de l'Article
4.5 de la Convention, mais c'est un sujet assez transversal
et lié au "renforcement des capacités".
L'idée est relativement simple : les technologies
les plus récentes et les plus efficaces sont au Nord
(monde dit "développé") alors que
le Sud ne dispose que de technologies peu efficaces ; il suffirait
alors que le Sud "apprenne" plus vite que le Nord
a maîtriser les technologies "avancées"
et il s'engagerait plus tôt sur la voie d'un développement
"propre".
Il faut aussi élargir l'idée de " technologie
" : pas seulement les objets, mais les capacités
de production, le savoir-faire ou encore les connaissances.
Le renforcement de capacités reprend cette même
idée, mais en l'élargissant aux institutions
et à la " gouvernance " - qu'on peut rapidement
définir comme la capacité d'une société
à s'organiser et à atteindre les buts qu'elle
se propose. On peut retrouver ici les problèmes de
financements publics, de dette nationale ou de corruption
des gouvernements.
Pour le Sud, le transfert de technologie apparaît davantage
comme une réparation : les pays du Sud considèrent
volontiers que pour avoir les technologies "avancées",
il faut être riche, et que si le Nord est riche, c'est
parce qu'il a exploité et exploite encore les ressources
naturelles et humaines (colonisation, esclavage, termes de
l'échange) du Sud - c'est pourquoi le Sud est pauvre.
Quoiqu'il en soit des motivations, les pays riches se sont
engagés à de nombreuses reprises (à Rio,
etc.) sur le transfert de technologie, sans que les pays du
Sud n'aient rien vu se concrétiser. A La Haye, les
Etasuniens essaient une fois de plus de transformer le transfert
de technologie en création de marchés pour leurs
entreprises, et les Européens n'envisagent pas vraiment
de mettre la main au portefeuille.
Il faut quand même savoir que le transfert de technologie
est long et difficile. Il y a eu de nombreux échecs
dans les années 70. Le processus doit être conduit
par les pays hôtes, et surtout par les communautés
locales quand les élites gouvernementales ne sont pas
représentatives et cherchent davantage à s'enrichir
elles-mêmes qu'a s'occuper de "leur pays".
Il est donc nécessaire de bien connaître les
us et coutumes du pays récepteur - c'est pourquoi il
faut de bons relais locaux. Une étude de transfert
de technologie, c'est 75% de socioculturel et 25% de technique.
Bien fait, le transfert de technologie peut cependant être
très utile pour les populations locales.
Le Climate Action Network et le Réseau Action Climat
France demandent que les technologies conduisant à
encourager un développement non-soutenable soient exclues
: nucléaire, grands barrages, combustibles fossiles.
Nous demandons aussi que les projets soient équitablement
répartis en fonction des régions, et non pas
seulement regroupés dans les pays dotés de marchés
importants. Ceci suppose la création d'un fond différent
de celui relatif aux mécanismes de flexibilité.
Enfin, nous demandons que les agences bilatérales et
multilatérales tiennent compte de critères de
développement durables dans leurs opérations
de financement de projets.
Actuellement, les discussions sur le transfert de technologie
et le renforcement de capacité sont au point mort.
Le groupe parapluie essaie de faire passer l'idée que
les projets MDP pourraient être considérés
comme une réponse aux engagements au titre de l'Article
4.5 - ce qui est évidemment fortement contesté
par le G77, et par l'Article 4.5 lui-même qui parle
de fonds " nouveaux et additionnels ".
On a aussi pu voir dernièrement fondre l'aide publique
au développement (APD) : les pays anticipent la mise
en uvre du Protocole de Kyoto, alors que les opérations
MDP devaient à l'origine être considérées
comme additionnelles à l'APD. Ce point ajoute à
la frustration du Sud.
Mais tout laisse penser que les pays industrialisés
vont faire des propositions avant la fin de COP6 - ne serait-ce
que pour emporter un accord à La Haye, et pour cela
" acheter " le pouvoir de blocage du G77.
Un autre point sensible du débat a trait à
la nature de ces fonds. Les pays industrialisés parlent
souvent, comme M. Chirac lors de son discours de lundi, d'
" assistance " - alors que le G77 rappelle sans
cesse qu'il s'agit d' " engagements ". Le Nord veut
ainsi échapper à ses obligations, tout en donnant
l'impression de faire la charité au Sud.
RENFORCEMENT DES CAPACITÉS (RC)
Comme le TT, c 'est un sujet transversal. L 'idée
ici est de renforcer la capacité des structures sociales
à prendre en compte et faire face aux enjeux du changement
climatique. Les pays riches ont peu rempli leurs engagements
: ils ont seulement contribué à aider les pays
en voie de développement à réaliser leurs
communications nationales. Les ONG insistent sur la participation
du public local et global, le développement de technologies
locales et le transfert de savoir-faire.
Equité et changements climatiques
L'équité est un enjeu majeur dans le processus
de négociation ; on peut même dire que les questions
relatives à l'équité sont au cur
de la plupart des discussions.
Rappelons d'abord ce qu'est l'équité. Le GIEC
(IPCC) définit l'équité comme le caractère
de ce qui est loyal et juste - ce qui signifie que l'équité
a trait à l'honnêteté et à la solidarité
envers une communauté dont on est membre - communauté
humaine, vivante, terrestre, nationale etc. L'équité
a à voir avec l'éthique.
Quand nous parlons d'équité, sommes-nous subjectifs
ou objectifs ? Les économistes diront bien entendu
que cet enjeu est subjectif, alors que les analyses coût-efficacité
sont, quant a elles, parfaitement objectives.
Il faut alors rappeler que l'analyse coût-efficacité
est basée sur une règle d'équité
issue de l'utilitarisme classique et que l'on peut formuler
ainsi : "est bon ce qui procure le plus de bénéfices
au plus grand nombre de personnes". La critique traditionnelle
faite a cette règle est qu'elle autorise le sacrifice
des minorités ou des pauvres, pourvu que le bien-être
moyen s'élève.
Concrètement, les économistes (américains)
dominent les débats sur les conséquences socio-économiques
des changements climatiques, et considèrent implicitement
que la règle de coût-efficacité est celle
qui doit être appliquée. Ils cherchent donc à
atténuer les effets économiques globaux des
changements climatiques Les pays du Sud quant à eux
rappellent régulièrement que les morts, les
pertes de biodiversité et les risques sur la sécurité
alimentaire se comptabilisent pas forcément en dollars.
D'une manière générale, la Convention-Cadre
fait référence à plusieurs principes
d'équité :
1/ Le principe des "responsabilités communes
mais différenciées" :
- responsabilité commune : jusqu'ici, le climat était
hors de la responsabilité humaine, puisque la portée
des actions ne permettait pas de le modifier. Maintenant,
c'est trop tard, tout pouvoir implique une responsabilité
: il faut savoir ce qu'on veut léguer aux générations
futures.
- responsabilité différenciée dans la
causalité : qui contribue à modifier le climat
? Il faut donc savoir à qui appartient les GES que
l'on trouve dans l'atmosphère, en tenant compte du
temps : les responsables passés ne sont pas les responsables
futurs... Nous devons aujourd'hui payer pour les émissions
passées : le CO2 est dans l'atmosphère, et personne
n'ira le chercher.
- responsabilité différenciée dans les
capacités de réponse : qui est responsable de
la réduction des émissions de GES ? En fonction
de la contribution au problème, de la capacité
à payer, de la capacité à agir pour réduire,
etc.?
- responsabilités différenciées dans
les besoins : 1/ les GES ne sont une pollution que lorsqu'on
en dégage "trop" ; il se pose donc la question
de savoir quelles sont les émissions "légitimes"
et quelles sont les émissions "superflues"
(ou : de luxe) - c'est-à-dire la question du "pas
assez" et du "en trop" ; 2/ les pays développés
ont bénéficié d'une énergie peu
chère et abondante, ainsi qu'un espace atmosphérique
illimité ; les pays en voie de développement
estiment que leur accès au développement ne
doit pas être hypothéqué par les pays
riches.
2/ "Le principe de précaution" : il n'y
a pas de preuve indubitable du changement climatique. La Convention-Cadre
a été élaborée pour répondre
à un risque, et non à un dommage réalisé.
Le Principe de Précaution a trait à l'équité
dans la mesure où il interroge les enjeux de l'action
humaine : qu'est-ce qui est en jeu ? Peut-on modifier le patrimoine
naturel de façon irréversible ? Les modes de
vie fortement émetteurs de CO2 du Nord ont-ils le droit
de mettre en danger d'autres pays en danger ? Dans ce contexte,
et vu les estimations du GIEC, on peut dire que les objectifs
de Kyoto sont très en dessous de ce qui est requis
par l'Article 3 de la Convention, à savoir éviter
toute perturbation dangereuse du système climatique.
Personne ne s'est aventuré à définir
officiellement la concentration de CO2 à partir de
laquelle on peut parler de " danger ", mais on observe
une fuite en avant : les scénarios du GIEC tablaient
sur 450 ppmv en 1995 (contre 280 pour l'époque préindustrielle),
et les derniers scénarios utilisent plutôt 550
comme option moyenne. C'est ici qu'on voit le choc entre le
court terme économique et le long terme.
3/ "L'équité procédurale"
: les critères de l'équité doivent être
décidés par toutes les Parties, et non imposés
par quelques-unes sans l'accord des autres, car on ne saurait
définir les critères de l'équité
à la place des intéressés eux-mêmes
- il est trop facile de faire accepter des décisions
à des gens qui n'ont rien compris. Or, de ce point
de vue, on ne peut pas dire que les négociations climatiques
soient exemplaires : les délégations vont de
zéro à une personne pour les pays pauvres, et
jusqu'à plusieurs dizaines pour les pays riches. Donc
quand les pays riches complexifient les discussions, ou divisent
les enjeux en petits groupes, ils réduisent fortement
l'accès des petites délégations aux enjeux.
Ces petites délégations n'ont pas les moyens
de refuser l'accord final, sous peine de se voir montrer du
doigt comme faisant obstacle au succès de la négociation.
Ils sont donc contraints d'accepter des règles qui
n'ont pas pris en compte leur point de vue. On a pu voir ces
derniers jours l'Arabie Saoudite protester contre cette multiplication
des forums de discussion.
La Convention-Cadre ne soulève qu'implicitement le
problème de la propriété de l'atmosphère.
Actuellement, les pays riches, principalement les Américains,
tentent de faire passer le principe de " grandfathering
", soit le principe " premier arrivé, premier
servi " - comme pour le pétrole qui historiquement
aura été brûlé par le Nord.
Mais le G77 revient régulièrement avec son
idée de propriété per capita : les droits
d'émissions devraient être distribués
non pas en fonction des émissions actuelles, mais par
tête. On divise le " gâteau atmosphérique
" en parts égales par tête, ainsi que les
Indiens du CSE l'ont démontré mercredi en se
promenant dans le Palais des Congrès avec un grand
gâteau montrant la part indûment prélevée
par le Nord. Cette solution suppose que le Nord réduise
fortement ses émissions ; c'est donc une solution à
long terme.
La proposition brésilienne pour Kyoto reposait sur
cette idée : tous ceux qui consommaient plus que leur
part de l'atmosphère auraient du verser une amende
à un fonds, lequel aurait permis de financer des projets
de développement propre dans les pays en voie de développement.
Ce projet de " Fonds de Développement Propre "
est devenu le " Mécanisme de Développement
Propre ", dont la logique est très différente.
Mais l'idée des droits de propriété
per capita reste présente. Mercredi, l'Inde l'a rappelé
dans sa déclaration en plénière, et le
G77 a fait une proposition en ce sens dans le MDP. On a aussi
pu voir l'Europe choisir pour Kyoto des critères qui
lui permettent de se diriger en interne vers une solution
de type " convergence à long terme ".
Le Réseau Action Climat soutient la proposition sur
la propriété per capita, avec une convergence
à long terme des émissions. Jeudi soir, il y
aura une rencontre importante sur le thème de l'équité,
avec plusieurs ministres et le président de la Conférence,
M. Pronk. Le CAN veut pousser M. Pronk à faire une
déclaration forte sur le long terme, sur le thème
de l'équité, lors de sa déclaration concluant
COP6.
NUCLÉAIRE
Le nucléaire dont on parle ici est avant tout l 'inclusion
de cette technologie dans le mécanisme du MDP (Mécanisme
de Développement Propre). Il s 'agirait alors d 'exporter
du nucléaire vers l 'Inde, la Chine ou le Soudan, tout
en créditant le pays exportateur d 'une allocation
de carbone supplémentaire au titre du traité.
On pourrait ainsi rouler en 4 X 4 en France en échange
d 'une centrale nucléaire au Sud. Grandiose, non ?
Polémiques et enjeux :c 'est pourquoi les ONG du monde
entier s 'opposent unanimement au nucléaire, elles
en feraient même un casus belli . L 'Union Européenne
a proposé une liste positive promouvant l 'efficacité
énergétique ainsi que les énergies renouvelables.
De facto , l 'adoption de la liste exclurait le nucléaire
qui est refusé par beaucoup de pays dans le MDP.
Les Etats-Unis ont indiqué cette semaine qu 'ils renonceraient
sans doute au nucléaire également. Reste le
Canada et le Japon. L 'énergie nucléaire n 'est
une solution à aucun problème, même au
réchauffement climatique. Elle crée elle-même
des situations qui sont sans issue. Tout le monde le sait,
et les négociateurs de COP6 aussi.
L 'OBSERVANCE !
A ce jour, un nouvel organe quasi juridique émerge
des négociations, nommé "Comité
-suite d 'observance ".Sa mission sera double. Le Comité
sera donc divisé en deux branches. La première
est celle dite de "facilitation ". Elle aura pour
mission de porter assistance aux Etats qui rencontreront des
difficultés à remplir leurs objectifs de reduction
au cours des périodes successives d 'engagement. Les
discussions à venir soulèvent peu de polémiques,
puisque cette branche n 'aura aucun pouvoir contraignant.
La seconde, quant à elle, aura pour objectif de statuer
sur un nombre limité de cas de non-respect, constatés
pendant et en fin de période d 'engagement. Les obligations
visées sont celles pesant sur les pays industrialisés.
Grosso modo, ces obligations se rapportent à l 'estimation
correcte des gaz à effet de serre émis dans
les pays du Nord, et à la participation aux mécanismes
de flexibilité. Cette branche, au joli nom de "mise
en application ", pourra prononcer des "sanctions
" contraignantes à l 'encontre des Etats défaillants.
Deux problèmes majeurs sont en débat et reste
à trancher : En premier lieu, le protocole de Kyoto
est silencieux sur cette instance. La difficulté est
que certaine parties signataires pourraient donc ne pas se
sentir soumises à son autorité puisque hors
protocole. Le second enjeu est de définir le profil
de ce comite, sa composition et son pouvoir.
Pour que tous les Etats soient soumis à l'autorité
du comité, deux logiques s'affrontent. Une première
soutenue par les Etats-Unis et l'Union européenne qui
veulent une décision politique forte qui acte que tous
les travaux accomplis dans le cadre de Cop6 soit pris en compte
dans le protocole. Une autre logique est plus légaliste,
soutenu par le Japon et certain pays du G77 en demandant un
amendement selon la procédure légale. Cette
option signifie clairement des délais qui renvoient
au calendes greques.
Pour ce qui concerne le pouvoir d'appréciation du
comité, l'Umbrella refuse que les juges aient une quelconque
latitude en la matière. De plus, s'il doit y avoir
un choix entre différentes sanctions, il souhaite que
ce soit le pays incriminé qui fasse le choix de la
sanction ! De plus, ils refusent que les juges aient un quelconque
moyen de suivi de l'application de la sanction. Ce n'est bien
entendu qu'un simulacre d'observance. Elle n'est pas acceptable.
Le G77 réclame une représentation proportionnelle
dans le comité alors que d'autres pays industriels
ne veulent pas être juges pas des pays non soumis à
des engagements de réduction.
L'UE a une position intermédiaire mais réclame
que ce comité ait des compétences en fonction
de la nature de l'infraction plutôt que par rapport
au classement du pays (engagements ou non).
Sur la nature des sanctions, le groupe de l'Umbrella propose
un fond volontaire qui permettrait aux pays défaillants
de reverser des fonds, en compensation des engagements non
remplis. Le prix de ces " amendes " serait fixé
par la COP. L'UE en revanche, demande une pénalité
en credits, majoree dún coefficient compris entre 1,5
et 2 sur les quantités d'émission dépassées.
Le non paiement de l amende entrainerait l interdiction devente
de credits.
Texte redige juste avant la première proposition de
synthèse proposée par le Présidentde
la COP6 (M Pronk, Ministre hollandais de l environnement)
et la discussion aura lieu jusque tard dans la nuit de vendredi
à samedi.
Texte collectif des ONG françaises à La Haye
Karim LAPP depuis
La Haye.
LES SITES CLIMATS :
www.climatevoice.org
www.climatenetwork.org
www.cseindia.org
www.amisdelaterre.org/climat
www.agirpourlenvironnement.org

Mini lexique :
Groupes de pays
Umbrella : Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande,
Japon, Norvege
pays pour un maximum de flexibilite
UE : Union Européenne ; le CG11, qui regroupe les
pays de l Europe de l Est, en est tres proche
G77 : rassemble la plupart des pays en voie de développement
MOC Mise en uvre conjointe
MDP Mécanisme de Développements Propres
APD l'aide publique au développement
GIEC : groupe intergouvernemental de xperts sur levolution
du climat. Compilent les donnees scientifiaques de referrence
poour les Nations Unies ; IPCC en Anglais
ONG : organisation non gouvernementale. Selon l ONU, les
industriels sont aussi des ONG !
GES gaz a effet de serre, les responsables du rechauffement.
Comprennent : le gax carbonique (CO2), le methane, les oxydes
d azote et les gaz fluores.
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