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La tempête qui a balayé l'Europe en décembre
1999 a fait prendre conscience aux compagnies des risques
nouveaux liés à la modification du climat de
la planète. Les tarifs en matière de dommages
pour les entreprises et les particuliers vont augmenter.
LOTHAR ET MARTIN, les noms des deux tempêtes qui ont
balayé l'Europe les 26 et 27 décembre 1999,
touchant particulièrement la France, resteront dans
la mémoire des victimes
et de leurs assureurs.
Ils n'avaient pas vu une telle catastrophe depuis plus d'un
siècle. Ces tempêtes ont joué le rôle
d'un électrochoc. Elles ont fait prendre conscience
des conséquences pour la profession de l'assurance
des bouleversements climatiques en cours sur la planète.
Inondations, coulées de boues, cyclones
se sont
multipliés l'an dernier. Le climat de la planète
change et augure de vastes bouleversements pour le prochain
millénaire.
C'est « une révolution en marche, une nouvelle
problèmatique », selon les termes des assureurs
et réassureurs. « Nous sommes entrés dans
une période de variation considérable du climat
», a affirmé Alexis Ruset, pdg de Sorema (filiale
de réassurance de Groupama), et président de
l'association des réassureurs français, aux
Entretiens de l'assurance, organisés par la Fédération
française des sociétés d'assurances (FFSA),
lundi 11 décembre.
Ces désordres climatiques vont coûter très
cher aux assureurs et aux réassureurs qui partagent
le risque. Particulièrement pessimiste, l'allemand
Munich Ré, le premier réassureur mondial, affirmait
dans la revue Environnement et Finance de septembre que si
la tendance actuelle des catastrophes se poursuit sur le même
rythme jusqu'en 2065, « l'ensemble des acteurs de l'assurance
vont droit à la faillite ». De nombreuses compagnies
se retrouveraient en faillite du jour au lendemain si elles
devaient faire face à une tempête dont les dégâts
assurés se monteraient à 100 milliards de dollars.
La FFSA a de son côté effectué des simulations,
qui n'ont pas été rendues publiques, se fondant
à chaque fois sur deux scénarios climatiques.
Les conclusions ne sont guère réjouissantes.
S'agissant des tempêtes, le surcoût global pour
les cinquante années à venir varierait de 10
milliards de francs (hypothèse la plus optimiste) à
50 milliards de francs (hypothèse la plus pessimiste)
pour l'ensemble des dommages aux biens. Pour les inondations,
ce n'est guère mieux : le surcoût se situerait
cette fois entre 35 à 47 milliards pour l'ensemble
du marché dommages aux biens, selon le scénario.
Ces deux seuls désordres climatiques pourraient coûter
en plus 27,5 à 97 milliards de francs aux assureurs
et donc à leurs clients dans les cinquante ans à
venir.
DES TARIFS INADAPTÉS
Selon ces schémas, les tarifs actuels en matière
de dommages pour les entreprises et les particuliers ne sont
pas du tout adaptés, plaide la profession. Les réassureurs
ont déjà augmenté leurs tarifs de 30
% à 50 % et considérent que cela reste totalement
insuffisant. Mais la concurrence très vive entre les
compagnies ne leur permet pas d'augmenter aussi brutalement
leurs tarifs. Pour contourner la difficulté, les réassureurs
mettent au point de nouveaux produits spécialement
conçus pour se prémunir contre les conséquences
des variations du climat.
Les assureurs sont aujourd'hui convaincus que les catastrophes
liées aux modifications climatiques vont se multiplier
dans les prochaines années. Si de nombreuses incertitudes
scientifiques demeurent, les études sur l'évolution
du climat sont plutôt unanimes pour prévoir une
augmentation des désordres profonds. S'agissant des
tempêtes, si leur nombre n'a pas notablement augmenté
sur les vingt dernières années, leur intensité
est beaucoup plus forte. Le coût financier s'accroît
ainsi fortement pour les assureurs, d'autant plus que la valeur
et l'importance de ce qui est assuré ne cesse de s'accroître.
« L'augmentation de la richesse dans le monde, dans
les zones les plus exposées en Europe de l'Ouest, sur
les deux côtes américaines et sur une bonne partie
de l'Asie », amplifie ce phénomène, souligne
Jacques Blondeau, président de la Scor, premier réassureur
français. Les catastrophes les plus coûteuses
se situent dans les zones les plus urbaines. « Il faut
s'attendre, environ tous les dix ans, à la survenance
d'une tempête causant pour près de 7 milliards
de dollars de dommages assurés », souligne une
étude de Suisse de Ré, deuxième réassureur
mondial.
S'agissant des inondations, « les précipitations
globales tendront à augmenter », avec des disparités
régionales assez sensibles, selon plusieurs études
scientifiques. Ainsi, pour l'Europe, les précipitations
devraient augmenter de 10 % en hiver et au printemps et de
5 % en été. En France, selon une étude
synthétique, confidentielle, sur « les changements
climatiques à venir », réalisée
par la direction des assurance de biens et de responsabilités
(FFSA), fin septembre 2000, les précipitations devraient
croître de 30 à 50 % en hiver, sans grands changements
l'été. Si « la variabilité des
événements extrêmes demeure difficile
à cerner avec précision », il est probable
que l'on assiste à une hausse des précipitations
sur un an et une diminution des jours de pluie, ce qui augure
une hausse de fortes précipitations et des périodes
de sècheresse, poursuit l'étude. Sècheresse
qui multipliera les incendies et entraînera un moindre
rendement des cultures. Quant à savoir si ces dérèglements
sont liés au réchauffement climatique, la question
n'est pas tranchée. Pour autant, le réchauffement
de la planète est une certitude.
Selon le dernier rapport des experts du Groupe intergouvernemental
pour l'évolution du climat (GIEC, IPCC en anglais),
la température moyenne du globe devrait s'élever
de 1,5 à 6°C d'ici à 2100 (Le Monde du 25
novembre). La principale raison est le doublement de la concentration
de dioxyde de carbone (CO2) d'ici à 2100, principal
gaz à effet de serre, dûe à l'activité
de l'homme.
Le sinistre le plus coûteux
Les deux tempêtes qui ont traversé l'Europe
fin 1999 ont causé la mort de 125 personnes et ont
coûté 6,7 milliards de dollars (7,7 milliards
d'euros) à la profession de l'assurance et de la réassurance.
En France, la facture a atteint 6,75 milliards d'euros (44,3
milliards de francs), soit « le sinistre le plus important
que les assureurs de biens et de responsabilités aient
connu » dans l'Hexagone, a rappelé la Fédération
française des sociétés d'assurances (FFSA),
lundi 11 décembre. Sur le total du coût, les
remboursements consécutifs à une catastrophe
naturelle représentent 2 milliards de francs et ceux
directement imputés aux tempêtes atteignent 42,3
milliards de francs (douze fois les cotisations d'assurance
tempêtes de 1999). Un ménage français
sur dix a été touché et il y a eu trois
millions de déclarations de sinistres. Plus de 90 %
des demandes d'indemnisation des particuliers sont aujourd'hui
réglées et plus de 80 % de celles des entreprises.
Le coût moyen des sinistres a atteint 10 000 francs
pour les particuliers.
Pascale Santi
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