L'écologie a l'occasion de sortir de la marginalité mais
nous ne devons pas
faire allégeance
Par Véronique GALLAIS présidente d'Action
Consommation, Stéphen KERCKHOVE
délégué général d'Agir
pour l'environnement, François VEILLERETTE président
du Mouvement pour le droit et le respect des générations
futures.
La récente conversion du président de la République
aux enjeux écologiques
peut surprendre et nous interroger. Alors que la campagne électorale
qui
vient de se clore par l'élection de Nicolas Sarkozy
n'avait pas fait
apparaître l'attrait du nouveau chef de l'Etat pour
ces questions
essentielles à l'avenir de l'humanité, nous
constatons qu'il y a aujourd'hui
une véritable opportunité de sortir l'environnement
des ornières de la
marginalité.
Ni défiance ni allégeance. A quelques semaines
d'élections législatives qui
porteront une nouvelle majorité au pouvoir pour les
cinq prochaines années,
nous espérons que ce soudain intérêt
affiché du nouveau président de la
République ne soit pas exclusivement dicté par
une volonté d'envoyer un
signal médiatique au peuple de l'écologie.
Jacques Chirac nous a habitués
aux propos grandiloquents qui cachaient mal son inaction.
Chat échaudé craignant l'eau froide, nous ne pouvons que nous méfier
de l'intérêt réel ou
supposé du nouveau locataire de l'Elysée.
Sans récuser l'intérêt du futur Grenelle
de l'environnement, n'aurait-il pas
fallu temporiser et attendre quelques semaines, après
les élections
législatives, afin d'éviter l'écueil
d'une instrumentalisation par trop
facile à mettre en scène ? Avoir l'honneur
d'être reçus par les plus hauts
représentants de l'Etat est une chose, avoir le devoir
de garder à l'esprit
la responsabilité qui est la nôtre en est une
autre. A cet égard, certaines
ONG présentes auraient sans nul doute dû faire
preuve d'un peu plus de
retenue dans les satisfecit qu'elles ont décernés
au nouveau converti de
l'Elysée.
En effet, si le dossier du réchauffement climatique
est fortement mis en
avant par Nicolas Sarkozy, beaucoup de sujets restent encore
dans l'ombre,
ou pire n'en sortent que pour laisser peu d'espoir de progrès.
Il suffit de
relire le programme de Nicolas Sarkozy, que celui-ci a promis
d'appliquerà la lettre une fois élu, et qui lui a valu une note
de 8,5/20 de la part de
l'Alliance pour la planète. D'après ce programme,
le dossier nucléaire ne
semble pas devoir faire l'objet de négociations allant
jusqu'à la remise en
cause de l'EPR. Les OGM en plein champ ne bénéficieront
pas d'un moratoire
de principe. L'agriculture restera intensive et grosse consommatrice
de
pesticides. Les récentes déclarations d'Alain
Juppé confirment que le
rapport de force avec le lobby agro-industriel ne sera pas
favorable à une évolution
positive dans ce domaine, faute de volonté politique.
Bref, le
combat semble devoir être bien rude pour faire réellement
adopter à ce
nouveau gouvernement de véritables politiques de rupture
sur les enjeux écologiques.
Alors pourquoi, à quelques jours des élections
législatives, faire un cadeau
inouï à Nicolas Sarkozy, en offrant aux objectifs
et aux micros des médias
une impression d'unanimité et de satisfaction excessive à la
sortie de cette
première réunion sur l'environnement ? Maître
manipulateur des médias et de
son image, Nicolas Sarkozy n'en demandait pas tant. Certaines
ONG présentes à
l'Elysée ont pris garde d'attirer l'attention sur
le peu de perspectives
de progrès à attendre de ce gouvernement dans
certains dossiers majeurs.
Notre crédibilité, notre indépendance
et, in fine, notre efficacité dépendent aussi de notre capacité à maîtriser
nos réactions et notre
communication. Le nouveau pouvoir en place nous a montré que
cette maîtrise était une clef
essentielle du succès.