Borloo fait le beau, mais son ami Hulot l’a dans le
dos. La taxe carbone qu’il préconisait pendant
la campagne présidentielle n’est pas dans le
Grenelle 1 adopté la semaine dernière par les
députés. De quoi relativiser d’entrée
la portée du « grand texte » vanté par
le ministre de l’Ecologie, fût-il le premier
de la législature à être voté à la
quasi-unanimité de la Chambre, le 23 octobre. Le projet
est d’une telle importance d’ailleurs que le
Sénat ne devrait se pencher dessus de sitôt.
En tout cas, pas avant l’année prochaine, selon
l’ordre du jour prévisionnel du gouvernement.
Avec le jeu des navettes, l’examen du texte pourrait
ainsi durer jusqu’à l’été.
En somme, pour verdir la France, on attend la sécheresse
! C’est dire si l’on prend l’écologie
au sérieux au gouvernement : la planète brule,
comme dirait Chirac, mais Sarko n’est pas pressé de
l’éteindre, trop occupé à arroser
la planète financière.
L’essentiel pour lui était l’illusion
d’optique créée par le vote consensuel
du Parlais-Bourbon. Peu importe que le Grenelle 1ne soit
qu’une mise en bouche, un texte d’orientation
sans programmation. La vraie résolution copernicienne,
la mise en application concrète est dans le Grenelle
2, censé passer à la moulinette de l’écologiquement
correct, entre autres, 22 codes différents, du code
minier à celui de l’urbanisme. C’est là que
la bagarre aura lieu, y compris au sein de la majorité.
Mais dans l’ordre du jour prioritaire de l’Assemblée
il n’est nulle trace de Grenelle 2. Ni en janvier,
ni en février. Il faudra attendre décembre
pour un éventuel passage en Conseil des ministres
et la fin du printemps pour une aléatoire première
lecture. Et le deuxième quinquennat de Sarko pour
une application de la loi ? D’ici là, Borloo
et NKM auront peut-être été emportés
dans la vague d’un remaniement. Le ministre se verrait
bien à Matignon, et sa secrétaire d’Etat à la
Santé… Le Grenelle 2 risque bien de se passer
d’eux et de passer à l’écumoire.
Une grande avancée écologique donc que ces
Grenelle qui révolutionnent la planète à la
façon des héros d’opérette. Les
socialistes, en accordant leurs suffrages au premier, auront
au moins participé à un beau coup de com’ sarkozyen
! Au prétexte méritoire de « renforcer » la
position de la France lors de la négociation du paquet « climat-énergie » à Bruxelles
que Sarko a promis de conclure avant la fin de sa présidence
européenne en décembre. Mais la négo
est mal partie. L’objectif –une réduction
de 20% des émissions de gaz à effet de serre
d’ici à 2020 – nécessite la mise
en place d’instruments financiers que l’Allemagne,
l’Italie et la Pologne refusent dans un contexte d’austérité budgétaire.
Super-Sarko saura-t-il les faire changer d’axe, ou
travera-t-il une nouvelle illusion d’optique pour réchauffer
le climat entre les 27 sans trop dépenser d’énergie
?
J.-M. Th.
