Le Grenelle de l’environnement s’apprête à entrer
dans sa phase ultime. Réunion après réunion,
force est de constater que le dialogue demeure ouvert et
que la parole des parties prenantes est libre. Les tabous
semblent avoir vécu, à tel point que les associations
en sont les premières surprises. Après avoir
bataillé pendant des décennies pour être écoutées
et entendues, les ONG de protection de l’environnement
semblent avoir trouvé un cadre de débat particulièrement
propice aux échanges. Après avoir été un
non-sujet, l’environnement devient phénomène
central, polyphonique, assourdissant.
La nouvelle majorité a bien perçu l’intérêt
d’associer largement les partenaires environnementaux à une
discussion à bâtons rompus, quitte à organiser
un brouhaha dans lequel les voix discordantes deviennent
inaudibles. Dès l’annonce d’un Grenelle
de l’environnement, d’aucuns se sont inquiétés
du résultat à attendre d’une négociation
portant sur autant de thèmes, sans hiérarchie
ni organisation précise. En faisant appel à l’expertise
associative pour alimenter ce Grenelle de l’environnement,
le nouveau pouvoir en place a dépolitisé ce
rendez-vous. Car pour qu’un Grenelle de l’environnement
soit politique au sens noble du terme, il y a nécessité à inscrire
le débat dans le temps long de la décision
et de sa mise en œuvre.
Le nez dans le guidon, les associations manquent de clairvoyance
puisqu’elles ne maîtrisent pas le cadre qui les
accueille. Le Grenelle de l’environnement est-il un
moment de débat généralisé, un
lieu de décisions, un cadre pérenne permettant
une mise en œuvre et une évaluation des politiques
publiques ? Comme à l’occasion de la première
conférence de citoyens sur les OGM tenue en 1998,
la question de l’interaction entre un débat
particulièrement ouvert et une décision politique
figée et décevante doit être posée.
Or, force est de constater que les ONG naviguent à vue.
La date même de la négociation finale demeure
sujet de supputation et les lieux et dates des débats
locaux, prévues sous quinzaine, restent méconnus.
Comment participer à une négociation sans en
connaître ni les règles ni les finalités
? N’y a-t-il pas un peu d’angélisme à croire
que l’absence de cadre préétabli ne serait
que la conséquence d’une inorganisation latente
née de la nouveauté de cette procédure
?
Le Grenelle de l’environnement est le théâtre
d’enjeux qui dépassent de loin la ténacité des
associations qui y participent. Ce débat fourretout
brouille les repères et tant à faire croire
qu’un débat fusse-t-il très riche équivaut
automatiquement à une décision favorable. Il
existe manifestement un hiatus entre le « dire » et
le « faire ».
Une victoire politique repose sur le triptyque Débat/Décision/Mise
en œuvre. La multiplicité des acteurs en présence
et leurs intérêts divergents nécessiteront
plus qu’un Grenelle de l’environnement. L’expérience
nous a maintes fois prouvés que les véritables
difficultés commencent quant le débat se clôt.
Sans a priori d’aucunes sortes, il y a nécessité à clarifier
une méthode particulièrement elliptique, au
risque de cautionner, au travers d’un simple débat,
des décisions en demi-teinte.
