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Et pan ! En baie de Somme et dans l'Oise, les chasseurs vont
pouvoir tirer les canards et les oies sauvages au mois de
février. Mardi, le tribunal administratif d'Amiens
a crée la surprise et débouté les défenseurs
des oiseaux. "On va pouvoir chasser dans la baie de Somme
légalement jusqu'au 27 février", se félécitait
hier Pierre Daillant, le président de l'Union nationale
des fédérations départementales des chasseurs.
Pour ces derniers, ce bon carton est le premier après
une serie de reculs. Fin décembre, plusieurs juridictions
administratives avaient en effet enjoint aux préfets
de fermer la chasse dès la fin janvier, notamment dans
les Landes, le Gers, les hautes-Pyrénées, l'Isère
et la Savoie.
Bien loin de régler les contentieux entre défenseurs
de la nature et chasseurs, la loi, datée du 3 juillet
dernier, "relative aux dates d'ouverture et de fermeture
de la chasse aux oiseaux migrateurs", n'a fait que les
multiplier. Voté sous la pression du lobby des chasseurs,le
18 juin dernier, par une majorité de députés
de tous bords contre l'avis de Dominique Voynet et avec la
complicité passive du gouvernement, ce texte provoque
un véritable imbrogloi juridique. En attendant de rebondir
sur le terrain politique. Car, comme ses adverses l'avaient
dénoncé, cette loi est bien contraire à
la directive européenne Oiseaux qui proscrit tout "prélèvement"
pendant la période nuptiale des migrateurs. Et, en
droit, un texte européen prévaut sur une loi
nationale. Jusqu'à présent, parmi la soixantaine
de tribunaux administratifs saisis par les défenseurs
de la nature, tous ceux qui ont rendu leur jugement ont rconnu
cette primauté de la directive. Et donc, crée
une jurisprudence qui vide la loi de son contenu.
En touche. A amiens, berceau de la chasse au gibier
d'eau, les juges ont botté en touche. "Ils ont
rejeté le recours de France nature environnement (FNE)
au motif que c'est une fédération d'associations.
Et que ses statuts ne lui permettraient pas d'agir localement,
expliquait hier Christian Hosy, chargé de mission à
FNE. Or cet argument, produit par les chasseurs, ne tient
pas : la loi Barnier nous autorise à agir sur l'ensemble
du territoire national. Hormis Amiens, tous les autres tribunaux
l'ont reconnu. Nous allons faire appel."
En attendant, vu les délais nécessaires pour
faire appel, les chasseurs de la Somme et de l'Oise pourront
"prélever" du gibier d'eau un mois de plus
que leurs confrères des Landes. Et la machine à
contentieuxn'est pas près de s'arréter. "On
continue allègrement d'aller dans le mur. Après
le recours contre les arrêtés de fermuture, ce
sera le tour des arrêtés d'ouverture d'être
attaqués", note Jean-Pierre Raffin, conseiller
en charge du dossier de Dominique Voynet.
Pour les défenseurs de l'environnement, le jugement
du tribunal d'Amiens n'est qu'une péripétie.
Le monde la chasse est bel et bien pris au piège de
la législation européenne. "Cette loi est
une véritable usine à gaz cynégétique,
estime Jean-Pierre Raffin. Elle fixe sans aucune souplesse
les dates d'ouverture et de fermeture par département,
et parfois même par commune ! Sans pouvoir être
modulée d'uneannée sur l'autre en fonction de
l'état de telle ou telle espèce. C'est comme
si une loi fixait les dates des moissons et des vendanges
sans tenir compte des aléas du climat", image
le conseiller ministériel en charge du dossier.
"Cas par cas." Du côté des
Verts, on compte biense servir des jugements des tribunaux
pour exiger du gouvernement une abrogation rapide du texte.
"On se retrouve avec des décisions au cas par
cas. Ce n'est pas aux juges de faire la loi, mais aux politiques.
Jospin doit déclassercette loi, affirme Denis Baupin,
porte-parole des Verts. Il peut saisir le conseil constitutionnel
: ainsi, les dates de fermeture et d'ouverture de la chasse
seront du domaine réglementaire, pas législatif,
et pourront de nouveau être fixées par décret.
Les chasseurs sont passés en force mais un compomis
est toujours possible", assure Denis Baupin.
Agir pour l'environnement, une association proche du mouvement
écologiste, s'apprête à lancer dès
la mi-février une grande campagne de mobilisation de
l'opinion publique sur ce thème, notamment en s'alliant
avec la Ligue des Droits de l'Homme et celle de l'enseignement.
De quoi apporter de nouvelles signatures au bas de la "Pétition
contre les excès de la chasse aux oiseaux migrateurs"
lancée depuis octobre par la Ligue de protection des
oiseaux (LPO) et FNE. "Nous en avons déjà
recueilli plus de250000 et nous atteindront un million",
annonçait hier Jean-François Louineau, directeur
adjoint de la LPO. En face, les chasseurs d'oiseaux migrateurs
ne représentent que 500000 personnes parmi le million
et demi de chasseurs. De quoi faire infléchir l'attitude
de Matignon sur ce dossier ?
Voynet en embuscade. Officiellement, cette loi a été
votée contre l'avis du gouvernement. D'ailleurs, après
le vote, Lionel Jospin avait qualifié ce texte de "provisoire".
Mais Dominique Voynet avait regété "l'attitude
de Salomon" du Premier ministre, qui avait laissé
les députés socialistes user de leur liberté
de vote pour la première fois. Depuis, Matignons'évertue
à renvoyer la balle dans le camp du groupe de travail
"Chasse"dirigé par Jean-Marc Ayrault, préisdent
du groupe PS à l'Assemblée nationale. Mais ce
groupe n'a pas travaillé pour élaborer une proposition
ed loi conforme à la directive. Dans l'entourage du
Premier ministre, on argue en outre de l'emploi du temsp surchargé
de l'Assemblée pour exclure tout nouveau projet de
loi. Et on déplore l'inertie de Dominique Voynet.
Politiquement, la ministre de l'environnement tient sa revanche
: il lui suffit d'attendre en embuscade pour ringardiser les
socialistes sur ce dossier. Car les tribunaux français
ne sont pas les seuls en cause: le 2 décembre, la commission
de Bruxelles a saisi la cour européenne de Justice
pour faire condamner la France pour non respect de la directive
Oiseaux. La décision est attendue pour le printemps
1999. En pleine campagne pour les européennes, la france
risque d'apparaître comme beaucoup plus libérale
pour la circulation de l'euro que pour celle des oiseaux.
Mathieu Ecoiffier
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