Les milieux cynégétiques français, qui
traversent une forte zone de turbulences, avec le classement
de l'ortolan dans les espèces protégées,
la non-conformité de la loi de juillet 1998 avec la directive
79-409 pour les périodes de chasse aux oiseaux migrateurs
et la probable condamnation de la loi Verdeille par la cour
européenne des droits de l'homme, risquent d'être
prochainement confrontés à de désagréables
affaires financières.
En effet, depuis plusieurs semaines, la justice et l'administration
s'intéressent de très près aux comptes
des fédérations et notamment aux indemnités
que s'octroient certains présidents. Ainsi la section
financière du parquet, vient d'ouvrir une enquête
sur la comptabilité de la fédération
de Paris et les dépenses de son président Jacques
Bodin. Selon les premières informations, cet ami de
Michel Charasse ou de François de Grossouvre, l'ancien
responsable des chasses présidentielles de François
Mitterrand, aurait largement profité de son poste fédéral
pour améliorer son train de vie. Il serait question
d'une indemnité annuelle de près de 200.000
francs, de notes de restaurant à hauteur de 160.000
francs pour un seul exercice, ou de 190.000 francs de frais
pour un colloque qui n'a jamais eu lieu.
Ce ne sont pas des dénonciations écologistes
qui ont mis les enquêteurs sur la piste, mais des révélations
d'administrateurs de la même fédération.
Il faut savoir qu'un président de fédération
occupe normalement cette fonction à titre gratuit.
Selon l'Office national de la chasse, il est simplement prévu
dans les statuts officiels que pour qu'il puisse faire face
à ses frais de représentation, un président
perçoive au maximum 16400 francs d'indemnités
par an, auxquels s'ajoutent le remboursement de trois repas
par semaine pour un total annuel plafonné à
12800 francs et enfin des indemnités kilométriques
correspondant à deux voyages par semaine entre son
domicile et la fédération. Les frais de déplacement
pour un réunion à Paris, par exemple, sont également
intégralement remboursés ou directement réglés
par les fédérations.
Le problème est que des présidents, dont certains
du Grand Sud-Ouest, bénéficieraient d'indemnités
de représentation largement supérieurs au plafond
autorisé. Là encore, des enquêtes sont
ouverts et des redressements fiscaux annoncés. On aurait
découvert par ailleurs que certains responsables cynégétiques
n'hésitaient pas non plus, à se faire rembourser
deux ou trois le même billet d'avion, par différentes
instances officielles.
Enfin, il ne ferait plus aucun doute pour l'administration
que des sommes parfois importantes ont été versées
par les fédérations au mouvement CPNT (Chasse,
pêche, nature et traditions), lors des dernières
élections régionales de 1998. Parfois directement
ou de façon plus subtile par le biais d'associations
" de complaisance ", qui servaient à faire
transiter et à blanchir les dons.
Pierre Verdet
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