|
Par quelques lignes au bas
d'une facture, France Telecom a fait don de leurs minitels
aux usagers. Un
cadeau empoisonné selon les ONG qui accusent l'entreprise
de se décharger de ses responsabilités en matière
de collecte et de traitement des déchets. Une directive
européenne prévoit pourtant d'obliger les entreprises
mettant sur le marché des appareils électroniques à assurer
la gestion de ces équipements parvenus en fin de vie.
Les abonnés de France Telecom, utilisant un minitel,
ont pu remarquer sur les factures reçues à la
fin de l'année 2004 que l'opérateur historique
décidait de jouer les pères Noël. En effet,
au bas de leur facture, ils pouvaient lire la mention suivante
: "A partir du 15 novembre 2004, la location et l'entretien
des Minitel 1 ne seront plus assurés. France Télécom
vous cède gratuitement votre Minitel 1. Vous en deviendrez
propriétaire et pourrez continuer à l'utiliser
normalement."
Un don gracieux que plusieurs ONG environnementales –Agir
pour l'environnement, le CNIID, Greenpeace et les Amis de
la Terre, ainsi que le syndicat SUD PTT ont dénoncé très
rapidement. Ils reprochent à France Telecom, par un
tour de passe passe reposant sur une tacite acceptation des
utilisateurs, de vouloir se décharger de la gestion
coûteuse des déchets générés
par ces millions de minitel et échapper ainsi à ses
responsabilités.
Une obligation européenne
En effet, la directive européenne 2002/96 (voir article
lié ) obligera prochainement les entreprises qui mettent
sur le marché des équipements électriques
et électroniques à financer la collecte et
le traitement de ces appareils lorsqu'ils sont en fin de
vie. Le décret d'application sur les déchets
d’équipement électriques et électroniques
(DEEE) qui suscite encore de vives polémiques entre élus
et industriels français, devrait néanmoins
voir le jour d'ici la fin de l'été 2005. Or
ce sont environ 2,4 millions de minitels qui ont été distribués
entre 1983 et 1995. Aux yeux des ONG, France Telecom transfère
la charge de leur traitement aux collectivités locales
et donc aux ménages par l'intermédiaire de
la taxe d'enlèvement des ordures.
France Telecom se déchargerait ainsi non seulement
de sa responsabilité financière mais aussi
de sa responsabilité environnementale. Tubes cathodiques,
poudres luminescentes, plastiques… la complexité du
désassemblage et de la réutilisation des éléments
du minitel, en font un produit difficile à recycler.
Les ONG ont reproché à l'entreprise de chercher à éviter
l'organisation des filières nécessaires à la
valorisation du déchet minitel et donc de ne pas s'attaquer
aux problèmes environnementaux qu'elle a créés.
Pourtant, à la suite à cette action de protestation,
l'entreprise s'est engagée à poursuivre la
récupération des minitels. Comme le rappelle
Patrick Thielemans, de la direction de la communication de
France Telecom : " Les Minitel 1, mis à disposition
gratuitement par France Télécom il y a quelques
années et dont les usagers souhaitent se séparer
sont à remettre aux agences du groupe. La mise en
place de cette filière de récupération
et de recyclage traduit un engagement de long terme de France
Télécom en faveur de l'environnement. Tant
qu'il y aura des Minitel dont les usagers souhaiteront se
séparer, France Télécom les reprendra "
Les ONG redoutent un vœu pieux
Cet engagement n'a pas suffit à rassurer les ONG. "Nous
craignons que l'information ne disparaisse et que le lien
entre France Telecom et le minitel ne soit plus évident
pour les usagers. Le risque c'est que lorsque le minitel
tombera en panne, l'usager finisse par le jeter comme n'importe
quel déchet et qu'on retrouve ces minitels dans des
décharges publiques" explique Stephen Kerckhove,
coordinateur d'Agir pour l'environnement.
Pour s'assurer de la volonté de l'entreprise d'exercer
sa responsabilité environnementale, les ONG ont voulu
savoir si elle avait budgété cette opération
dans les années futures puisqu'on estime à environ
5 euros par minitel le coût du retraitement. "Nous
avons appris que ce n'était pas le cas. Concrètement
France Telecom ne s'attend pas à voir revenir les
millions de minitels distribués," précise
Stephen Kerckhove et d'ajouter "Nous demandons donc
qu'il soit rappelé sur chaque facture que France Telecom
est bien responsable du retraitement des minitels et que
l'usager peut le rapporter à son agence, même
s'il n'a pas prêté attention à la mention
des dernières factures de 2004."
De son côté, Patrick Thielemans précise
que "même si ces Minitels 1 détenus par
les usagers ne nous appartiennent plus, nous nous sommes
engagés à les reprendre et à les faire
recycler," et annonce que " France Télécom
souhaite organiser une campagne d’information et de
sensibilisation des usagers sur la question des Minitels,
et plus généralement sur les DEEE, ainsi que
sur les dispositions prises par le Groupe pour y répondre.
Il s'agira de délivrer notamment des informations
pédagogiques à nos clients. "
Reste une inconnue : les usagers prendront-ils la responsabilité de
ramener leur minitel hors d'usage pour qu'il fasse l'objet
d'une véritable collecte et d'un retraitement efficace
?
Christophe Brunella
|