Libération - 14 octobre 2005

Le sac plastique trop vite remballé ? Par Laure NOUALHAT


Environnement. Les emballages non biodégradables interdits en France à partir de 2010.

Les députés se sont-ils emballés en votant l'interdiction de sacs et d'emballages plastique non biodégradables en France à partir du 1er janvier 2010 ? Peut-être ont-ils dégainé un peu vite, même si l'amendement voté mardi dans le cadre de la loi d'orientation agricole va dans le bon sens. «Nous avons été très étonnés de ce vote, mais nous estimons que c'est une bonne décision», commente Florence Couraud, directrice du centre national d'information indépendant sur les déchets (Cniid) qui milite pour le zéro déchet.

Bémols. D'une manière générale, les récents bilans écologiques des sacs en plastique (quantité de matière première et d'énergie nécessaire à la production et au transport, à la collecte et/ou à l'élimination...) sont plutôt favorables aux produits fabriqués avec des biomatériaux. Par exemple, l'utilisation des bioplastiques d'origine végétale, en substitution aux polymères d'origine pétrolière, permet, selon les études, d'éviter l'émission de 30 à 75 % de CO2.

Toutefois, la solution votée à l'Assemblée (l'interdiction pure et simple de sacs et emballages non biodégradables) mérite plusieurs bémols. D'abord, disposer de sacs bio à la sortie des magasins n'autorise pas pour autant le consommateur à les jeter dans la nature sous prétexte qu'ils vont se biodégrader. Ce type de sac n'incite pas, a priori, au changement de comportement, ce que déplorent tous les experts. Pour l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), la solution la moins pire est celle du cabas réutilisable. «L'objectif reste la diminution du nombre de sacs jetables, quel que soit leur matériau constitutif, et la pérennisation du changement de comportement de chacun», selon l'Agence.

Espoir. Par ailleurs, l'amendement met tout dans le même sac : les sacs de caisse d'une part, et les emballages en plastique d'autre part (bouteilles, films, sacs de congélation...). Or, ceux-ci sont souvent utilisés dans l'industrie agroalimentaire, et la conservation d'aliments dans du biodégradable reste à l'étude.

«Le biodégradable est valable pour certains usages du plastique, pas tous. Etes-vous prêts à conserver des produits alimentaires dans du biodégradable ?» interroge Michel Loubry, délégué général de Plastics Europe, un syndicat européen qui regroupe 25 sociétés en France, 3 500 salariés, pour un chiffre d'affaires de 7 milliards d'euros par an. Il espère que les parlementaires préciseront rapidement quels sacs et emballages seront concernés par l'amendement.

De leur côté, les écologistes du WWF se méfient. L'interdiction du sac plastique en polyéthylène ne peut pas se faire sans envisager globalement la question du traitement des déchets : en France, la filière compost est un parent pauvre de la filière déchets puisqu'on traite 80 % de nos poubelles par incinération. Or, si le biodégradable perce, il faudra bien faire quelque chose de la biomasse générée. Ce qui, pour l'instant, n'est ni prévu ni encadré par une réglementation.

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