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Ça n'a l'air de rien, innocente petite chose en plastique,
et pourtant
: les scientifiques sont inquiets, les écologistes
furieux, les psys
circonspects. Les opérateurs flairent la poule aux
oeufs d'or, les parents
s'interrogent et les enfants en gazouillent d'envie. Bref,
le téléphone
portable pour les 5-10 ans en est à ses balbutiements
et tout le monde
s'étripe déjà à son sujet.
En France, BabyMo a vu le jour pour les fêtes de fin
d'année. L'idée était
de permettre à de jeunes enfants de joindre leurs
parents et vice
versa à tout moment, et facilement. Le téléphone
en question comporte
trois boutons seulement, et cinq numéros préenregistrés.
Ici, pas de jeux,
pas de musique, aucune fonction supplémentaire qui
alourdisse la facture.
Bref, rien qui puisse détourner les parents du produit,
puisque c'est la
seule brèche possible dans un marché totalement
saturé. La société monégasque
International Top Tronic (ITT) s'y est donc joyeusement
engouffrée, et les opérateurs ont immédiatement
suivi.
«Compenser l'absence». De fait, la demande existe,
côté consommateurs. «
Les enfants se rendent bien compte de l'importance quasi
fétichiste que les
grands accordent à leur portable, explique le pédopsychiatre
Stéphane
Clerget (1), et ils veulent faire pareil. Les parents obtempèrent
d'autant
plus qu'ils ont de moins en moins de temps à consacrer à leurs
enfants : ils
en souffrent et tout ce qui, comme ces portables, leur donne
l'impression de
compenser leur absence est bon à prendre.» Donc
ils achètent. Quant à «
l'effet BabyMo», les psys s'interrogent. Pour certains,
ces mobiles
favorisent des rapports trop fusionnels entre parents et
enfants, chacun étant mis à disposition
de l'autre. D'autres, comme le Dr Clerget, les
jugent tout simplement «inutiles, juste bons à rassurer
les parents
anxieux».
C'est sur le terrain de la santé que la bataille
est la plus rude. A
l'heure actuelle, rien ne permet d'établir, de façon
claire et définitive,
les effets du téléphone portable. On sait simplement
que l'exposition
répétée à une fréquence
comme celle des mobiles pourrait peut-être altérer
les tissus exposés, notamment chez des populations
aussi vulnérables que les
enfants. Incertitude que chacun interprète à sa
manière. Les pouvoirs
publics, français et européens, s'en tiennent à un
principe de précaution,
recommandant simplement de limiter leur utilisation. Pour
ITT, tant que les
risques ne sont pas établis, rien n'interdit les BabyMo.
Au Royaume-Uni, au
contraire, les portables pour enfants ont été retirés
de la vente à la suite
d'une enquête commandée par le gouvernement
: le Dr William Stewart (2) y
appelait à la plus grande prudence, justement parce
que le phénomène se
développait plus vite que la recherche. Même
son de cloche du côté des é
cologistes français : «On ne va pas se battre à coups
d'études, tempête
Stephen Kerckhove, responsable d'Agir pour l'environnement.
Mais, à partir
du moment où il y a controverse, on n'a pas le droit
d'exposer des enfantsà un risque potentiel. C'est
totalement irresponsable !» Retiré des rayons. Son association s'est donc mobilisée
dès le début
pour faire retirer BabyMo des rayons des grands magasins.
En quelques
semaines, Carrefour et le BHV, à Paris, se sont inclinés.
Peu après, ITT a
porté plainte auprès du tribunal de grande
instance de Paris, pour «
informations malveillantes» et «campagne de dénigrement». «Ça
a tué le
produit, déplore Luca Manzoli, PDG d'ITT. Ces associations
doivent
reconnaître qu'elles commettent une erreur manifeste.» Et
ITT indique ne pas
avoir enregistré de commande depuis lors, après
avoir vendu 3 000 appareils
au moment des fêtes, conformément aux objectifs.
La société estime le
produit conforme au principe de précaution, dans la
mesure où la durée des
appels est limitée et que le nombre d'interlocuteurs
est fixe. «S'ils s'en
prennent à nous, qu'ils s'en prennent à tout
le monde, opérateurs et
fabricants», conclut-il. Sur ce point, au moins, les
deux parties sont
d'accord : «ITT est le cadet de nos soucis, poursuit
Stephen Kerckhove.
Notre objectif principal, c'est d'obtenir une loi générale
sur la
téléphonie, de l'usage des portables aux antennes
relais.» L'association
cite l'exemple de la Belgique, où les députés
socialistes ont déposé une
proposition de loi pour interdire les mobiles pour enfants.
En France, en
revanche, pas le moindre texte sur le sujet pour l'instant.
Le gouvernement,
sollicité à maintes reprises par les associations,
tarde à réagir. Et en
attendant, BabyMo est toujours en vente sur l'Internet.
(1) Ne sois pas triste mon enfant, éd. Marabout,
2002.
(2) De l'organisme National Radiological Protection Board.

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