NANTERRE (AFP) - Bouygues Telecom a récemment été condamné par
la justice à démonter des antennes relais
dans le Rhône pour "risque de troubles" à la
santé, une application du principe de précaution
qui relance le débat sur les nuisances potentielles
de ces installations.
Dans un jugement rendu le 18 septembre, la 8e chambre
civile du tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre
a donné raison à trois couples de Tassin
La Demi Lune (Rhône), qui se plaignaient du risque
sanitaire posé par des antennes relais installées
depuis 2006 sur un pylône en forme d'arbre à proximité de
leurs habitations.
L'opérateur de téléphonie mobile,
condamné d'une part à démonter l'installation
dans un délai de 4 mois après la signification
du jugement sous astreinte de 100 euros par jour, devra
d'autre part verser 3.000 euros à chacun des trois
couples, à titre de dommages et intérêts
pour "leur exposition au risque sanitaire", selon
le jugement dont l'AFP a eu copie.
Bouygues Telecom a annoncé qu'il ferait probablement
appel de cette décision et a tenu à en minimiser
la portée, en soulignant que cette condamnation
n'était pas une première.
Même scepticisme chez l'Association française
des opérateurs mobiles (Afom), dont un porte-parole
souligne qu'"en appel, tous les jugements ont toujours été cassés" et
qu'"aucune antenne n'a jamais été démontée
pour raison sanitaire".
Mais pour l'avocat des plaignants, Me Richard Forget, "c'est
la première fois qu'un tribunal considère
que l'existence du risque sanitaire constitue un préjudice
indemnisable et réparable" avec des dommages
et intérêts.
En effet, la 8e chambre civile du TGI de Nanterre n'a pas
tranché le débat sur les nuisances éventuelles
que pourraient provoquer les champs magnétiques
des antennes relais, en estimant que la "discussion
scientifique reste ouverte et qu'elle permet à chacun
de nourrir son point de vue".
Mais si les liens entre les troubles sanitaires et les
antennes relais restent à démontrer, "le
risque de troubles (...) est lui certain puisqu'il n'est
pas contesté que les autorités compétentes
en la matière, tant internationales que françaises,
préconisent de faire application d'un principe de
précaution", selon le jugement.
"Or exposer son voisin, contre son gré, à un
risque certain, et non pas hypothétique comme prétendu" par
Bouygues Telecom, "constitue en soi un trouble du
voisinage", poursuit le tribunal, dont le jugement
a été accueilli avec satisfaction par plusieurs
associations.
"S'il y avait une multiplication des procédures
judiciaires et une jurisprudence sur l'application du principe
de précaution, l'Etat pourra se dire qu'il vaut
mieux agir sur le plan législatif que de laisser
faire", a ainsi réagi la présidente
de l'association "Pour une réglementation des
implantations d'antennes relais de téléphonie
mobile" (Priartem), Janine Le Calvez.
Le jugement intervient alors qu'une plainte au pénal
contre Bouygues Telecom, déposée par une
famille de Chevreuse (Yvelines) pour "administration
de substances nuisibles", a récemment été enregistrée
par le parquet de Paris.
Me Forget, également avocat de cette famille, demande
l'ouverture d'une information judiciaire dans ce dossier.
