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Nucléaire Grâce aux avancées du débat
public, des experts indépendants pourront avoir accès
au dossier de sûreté du futur réacteur
EPR.
JOURNÉE importante hier pour le débat public
en France et pour le débat sur l'EPR en particulier,
le nouveau réacteur nucléaire qu'EDF projette
de construire à Flamanville, dans le Cotentin. Lors
d'une conférence de presse, la Commission particulière
de débat public (CPDP) sur l'EPR a annoncé qu'elle
avait obtenu que des experts indépendants, acteurs
du débat, aient accès au dossier de sûreté du
réacteur EPR. Une grande première en France.
Peu après, on apprenait qu'un collectif d'associations
(1) refusait de participer au débat public sous prétexte
que le gouvernement n'acceptait pas de donner accès à un
groupe d'experts indépendants aux informations sur
l'EPR couvertes par le secret défense. Le document
en question concerne les conséquences de l'impact
d'un avion de ligne sur l'enceinte renforcée de la
future centrale.
Le débat public sur l'EPR s'est heurté d'emblée à plusieurs
difficultés, a expliqué Jean-Luc Mathieu, président
de la CPDP. D'abord, il n'existe aucune loi instaurant la
transparence dans le nucléaire. «Il y a une
revendication très claire de transparence dans le
nucléaire, une vague grondante qui ne va pas s'arrêter.
La loi sur la transparence dans le nucléaire dort
depuis 1998. Il est temps d'avancer», a-t-il affirmé avec
détermination, soulignant que le travail de la commission
a le mérite d'ouvrir une brèche dans ce domaine.
Secret industriel
Autre sujet à controverses : plusieurs informations
du dossier EPR relèvent du secret défense et
du secret industriel. La polémique sur le secret défense
a été la plus médiatisée par
les associations. L'affaire a débuté en septembre
quand plusieurs lignes du dossier présenté par
le réseau Sortir du nucléaire figurant dans
le cahier collectif, destiné à servir de support
aux débats, ont été censurées
par la CPDP. En effet, la publication de ce document classé «confidentiel
défense qui montre la vulnérabilité de
l'EPR face à un crash (d'avion) suicide» est
interdite par la loi depuis l'été 2003 et la
CPDP aurait pu être accusée de recel. Plusieurs
associations avaient alors écrit au premier ministre
pour demander que soit mis en place un protocole permettant à des
experts indépendants d'avoir accès aux informations
sur l'EPR relevant du secret défense.
Jamais rendu public
Dans une lettre, le ministre de l'Economie, François
Loos, a fait savoir mardi que le gouvernement refusait cette
solution. Il rappelait dans sa lettre toute une série
de mesures que le gouvernement a prises depuis le 11 septembre
2001, afin de renforcer la sécurité des centrales
nucléaires. «Certaines de ces mesures sont visibles
et de nature à concourir à la prévention
des actes de malveillance en les décourageant ; les
autres, à caractère confidentiel, sont invisibles.» Cette
réponse n'a pas contenté une partie des associations
qui ont annoncé qu'elles se retiraient du débat
sur l'EPR.
Pour tout ce qui relève du secret industriel, la
CPDP estime avoir obtenu des avancées. Elle a rédigé une
convention qui a permis l'accès au rapport préliminaire
de sûreté de l'EPR à deux experts du
Gsien (Groupement des scientifiques pour l'information sur
l'énergie nucléaire). Ce document n'a jamais été rendu
public en France pour aucun réacteur nucléaire.
En Finlande, ce rapport préliminaire est accessible
au public sous certaines conditions.
L'Association nationale des commissions locales d'information
(Ancli), qui regroupe la plupart des commissions existant
autour des centrales nucléaires, devrait obtenir que
ses experts du conseil scientifique aient eux aussi accès
au rapport préliminaire de sûreté dans
les mêmes conditions.
Yves Miserey
(1) Agir pour l'environnement, Les Amis de la Terre, France
Nature Environnement, Greenpeace, Réseau Action Climat
(www.debatpublic-epr.org).
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