Le Figaro - 14 octobre 2005

Les centrales restent sous le secret défense


Nucléaire Grâce aux avancées du débat public, des experts indépendants pourront avoir accès au dossier de sûreté du futur réacteur EPR.

JOURNÉE importante hier pour le débat public en France et pour le débat sur l'EPR en particulier, le nouveau réacteur nucléaire qu'EDF projette de construire à Flamanville, dans le Cotentin. Lors d'une conférence de presse, la Commission particulière de débat public (CPDP) sur l'EPR a annoncé qu'elle avait obtenu que des experts indépendants, acteurs du débat, aient accès au dossier de sûreté du réacteur EPR. Une grande première en France. Peu après, on apprenait qu'un collectif d'associations (1) refusait de participer au débat public sous prétexte que le gouvernement n'acceptait pas de donner accès à un groupe d'experts indépendants aux informations sur l'EPR couvertes par le secret défense. Le document en question concerne les conséquences de l'impact d'un avion de ligne sur l'enceinte renforcée de la future centrale.

Le débat public sur l'EPR s'est heurté d'emblée à plusieurs difficultés, a expliqué Jean-Luc Mathieu, président de la CPDP. D'abord, il n'existe aucune loi instaurant la transparence dans le nucléaire. «Il y a une revendication très claire de transparence dans le nucléaire, une vague grondante qui ne va pas s'arrêter. La loi sur la transparence dans le nucléaire dort depuis 1998. Il est temps d'avancer», a-t-il affirmé avec détermination, soulignant que le travail de la commission a le mérite d'ouvrir une brèche dans ce domaine.

Secret industriel

Autre sujet à controverses : plusieurs informations du dossier EPR relèvent du secret défense et du secret industriel. La polémique sur le secret défense a été la plus médiatisée par les associations. L'affaire a débuté en septembre quand plusieurs lignes du dossier présenté par le réseau Sortir du nucléaire figurant dans le cahier collectif, destiné à servir de support aux débats, ont été censurées par la CPDP. En effet, la publication de ce document classé «confidentiel défense qui montre la vulnérabilité de l'EPR face à un crash (d'avion) suicide» est interdite par la loi depuis l'été 2003 et la CPDP aurait pu être accusée de recel. Plusieurs associations avaient alors écrit au premier ministre pour demander que soit mis en place un protocole permettant à des experts indépendants d'avoir accès aux informations sur l'EPR relevant du secret défense.

Jamais rendu public

Dans une lettre, le ministre de l'Economie, François Loos, a fait savoir mardi que le gouvernement refusait cette solution. Il rappelait dans sa lettre toute une série de mesures que le gouvernement a prises depuis le 11 septembre 2001, afin de renforcer la sécurité des centrales nucléaires. «Certaines de ces mesures sont visibles et de nature à concourir à la prévention des actes de malveillance en les décourageant ; les autres, à caractère confidentiel, sont invisibles.» Cette réponse n'a pas contenté une partie des associations qui ont annoncé qu'elles se retiraient du débat sur l'EPR.

Pour tout ce qui relève du secret industriel, la CPDP estime avoir obtenu des avancées. Elle a rédigé une convention qui a permis l'accès au rapport préliminaire de sûreté de l'EPR à deux experts du Gsien (Groupement des scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire). Ce document n'a jamais été rendu public en France pour aucun réacteur nucléaire. En Finlande, ce rapport préliminaire est accessible au public sous certaines conditions.

L'Association nationale des commissions locales d'information (Ancli), qui regroupe la plupart des commissions existant autour des centrales nucléaires, devrait obtenir que ses experts du conseil scientifique aient eux aussi accès au rapport préliminaire de sûreté dans les mêmes conditions.

Yves Miserey

(1) Agir pour l'environnement, Les Amis de la Terre, France Nature Environnement, Greenpeace, Réseau Action Climat (www.debatpublic-epr.org).

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