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Un débat public a-t-il un sens quand plusieurs des
principaux interlocuteurs quittent la table ? La question
se pose à propos des débats relatifs au réacteur
nucléaire EPR et aux déchets radioactifs. Jeudi
13 octobre, six associations Amis de la terre, Agir
pour l'environnement, France nature environnement, Réseau
action climat, Greenpeace et le WWF ont en effet annoncé qu'elles
n'y participeraient plus.
Cette décision fait suite à une lettre du ministre
délégué à l'industrie, François
Loos, adressée le 12 octobre à la commission
nationale de débat public (CNDP), et confirmant que
certaines informations ne pourraient pas être discutées
en public. "La réponse du gouvernement enterre
tout espoir d'un débat sur les risques liés
au nucléaire dans notre pays", écrivent
les associations, pour qui "c'est une décision
grave qui nous rappelle que nucléaire et démocratie
ne sont toujours pas compatibles au XXIe siècle" .
Au cabinet du ministère de l'industrie, on estime "dommage" que
les associations se retirent, jugeant : "Elles sont
toujours dans un état d'esprit de confrontation, pas
de concertation."
La polémique est née de l'application d'un
arrêté pris en 2003 appliquant le "secret
défense" aux informations relatives aux matières
nucléaires (Le Monde du 3 septembre 2003). Dans la
préparation du débat public sur l'EPR lancé en
décembre 2004, le réseau Sortir du nucléaire
a demandé à mentionner dans les "cahiers
d'acteurs" un document technique d'EDF relatif à la
résistance de l'EPR à la chute d'un avion de
ligne. Dans ce document, EDF écrit que "les hypothèses
relatives à l'impact doivent assurer une couverture "raisonnable" du
risq ue et ne peuvent prétendre envelopper toutes
les éventualités". A la demande du haut
fonctionnaire de défense du ministère de l'industrie,
la CNDP a alors décidé, le 13 septembre, de
supprimer "six lignes de la contribution" du réseau évoquant
le document d'EDF (Le Monde du 15 septembre).
Les associations ont alors menacé de se retirer du
débat. La CNDP a engagé une discussion avec
le gouvernement, afin d'examiner s'il serait possible de
faire intervenir des contre-experts, sous condition de confidentialité,
pour étudier la résistance de l'EPR.
C'est donc cette possibilité qui a été refusée
par le ministre de l'industrie. Celui-ci écrit qu'"il
ne paraît pas possible au gouvernement d'organiser
une contre-expertise complémentaire qui examinerait
des documents "secret défense"", estimant
qu'"il ne serait pas raisonnable de détailler
plus avant les menaces prises en compte, leurs effets potentiels,
ni les moyens mis en place pour les prévenir : ce
serait en effet de nature à faciliter, voire à susciter
l'exécution d'actes de terrorisme" .
Dans leur réponse, les associations énoncent
les "sujets" dont on ne peut pas débattre
: l'EPR a-t-il été conçu pour résister à un
attentat du type 11-Septembre ? Le plutonium extrait par
le groupe nucléaire Areva des combustibles irradiés
peut-il servir à fabriquer des bombes atomiques ?
Les transports de plutonium en France pourraient-ils résister à une
attaque terroriste ?
Hervé Kempf
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