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Qui blâmer pour le retard
d'un an pris par le chantier du réacteur nucléaire
de troisième génération
EPR, construit sur le site d'Olkiluoto, en Finlande, par
Areva ? Le groupe français et l'Agence finlandaise
de sûreté nucléaire (STUK) se renvoient
la balle, et les associations écologistes comptent
les points.
"
Les Finlandais font confiance à leurs autorités.
Je ne crois pas qu'ils ont encore réalisé qu'ils
vont en partie devoir payer les retards accumulés
par le réacteur. Mais ça viendra", assure
Lauri Myllyvirta, de la section finlandaise de Greenpeace.
Selon lui, la stratégie du gouvernement pour répondre
aux critères de Kyoto de réduction des gaz à effet
de serre repose essentiellement sur ce réacteur de
1 630 mégawatts. "Il est donc peu probable qu'il
reconnaîtra la moindre erreur, d'autant qu'il y a des élections
législatives en mars 2007", estime M. Myllyvirta.
Actuellement, le débat porte plutôt sur l'opportunité de
construire un sixième réacteur nucléaire,
réclamé par l'industrie finlandaise.
La première phase du chantier d'OL3, nom officiel
du réacteur EPR, qui sera le troisième réacteur
en activité sur le site d'Olkiluoto, a rencontré des
difficultés imprévues, a confirmé un
rapport rendu public par STUK en juillet. Des anomalies dans
la composition du béton utilisé pour la dalle
du réacteur ont notamment entraîné l'arrêt
des travaux, l'hiver dernier. Plus poreux, ce béton
pourrait rendre plus vulnérables à la corrosion
les structures métalliques qui le traversent. Fin
février, un rapport avait confirmé la moindre
résistance du béton, mais ses conclusions étaient
toutefois que sa résistance finale resterait supérieure
aux spécifications de départ, "avec une
bonne marge".
STUK évoque aussi des "problèmes rencontrés
dans la fabrication des principaux composants". L'agence
finlandaise, qui regrette un manque de contrôle exercé sur
les sous-traitants, rapporte l'explication donnée
par Areva : "Si l'on considère l'échelle
de ce projet, premier du genre, les problèmes ayant
provoqué ces retards ne sont pas inhabituels."
"Areva manquait peut-être d'expérience
dans les travaux publics", estime Seija Suksi, directeur
de l'enquête sur OL3 à STUK, avant d'ajouter
: "Il est bien sûr dommage qu'Areva se soit fait
les dents sur la Finlande." "Quand on voit les
erreurs réalisées sur des travaux a priori
peu complexes, on peut s'attendre à de sérieux
problèmes quand on passera aux choses sérieuses",
s'inquiète Greenpeace.
"
ENQUÊTE APPROFONDIE"
Sans nier la défaillance de sous-traitants finlandais
et français, Areva pointe la lenteur de la procédure
de certification suivie par STUK. Le groupe français,
qui vient de s'allier au japonais Mitsubishi pour "compléter
sa gamme" en concevant un réacteur inspiré de
l'EPR, mais n'excédant pas 1 000 mégawatts,
a été contraint de constituer des "provisions
significatives" dans ses comptes pour anticiper des
surcoûts liés aux délais.
Par ailleurs, la Commission européenne a indiqué,
mardi 24 octobre, avoir lancé une "enquête
approfondie" afin d'établir si la garantie accordée
par la France en faveur d'un prêt de 570 millions d'euros
par un consortium bancaire à la compagnie finlandaise
d'électricité TVO pour l'achat de l'EPR est
compatible avec les règles de la concurrence. Cette
garantie, apportée par la Coface, a-t-elle favorisé le
projet d'Areva ? Le groupe français se défend
d'avoir bénéficié d'avantages indus.
La garantie, notifiée à la Commission, est,
selon lui, conforme à la réglementation européenne.
Olivier Truc (à Stockholm) et Hervé Morin
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