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Le secteur privé ne se lance pas dans le nucléaire
parce que la rentabilité de cette filière est chancelante, pour ne pas dire
déficiente sans injection de fonds publics substantiels,
directs ou indirects, au moyen de la fiscalité.
C'est ce qu'affirme une récente analyse du Earth
Policy Institute, présidé par
Lester R. Brown, qui s'intitule The Flawed Economics of Nuclear
Power.
«Dans les dernières années, explique
Lester Brown, l'industrie nucléaire a misé sur les préoccupations du public en matière
de changements climatiques pour
défendre le retour de la filière. Même
si les ténors de cette industrie ont convaincu
quelques leaders politiques qu'il s'agissait d'une bonne
idée, il y a peu d'indices
qui démontrent que des capitaux privés sont
investis massivement dans des
centrales nucléaires pour vendre de l'électricité sur
un marché libre.»
Lester Brown explique ce peu
d'enthousiasme des investisseurs par une analyse
d'un autre auteur célèbre, Amory B. Lovins,
qui établit le prix de l'électricité produite à partir d'une centrale nucléaire à 14 ¢US
du kilowattheure,
comparativement à 7 ¢US pour la même énergie
produite avec une éolienne.
Cette comparaison englobe le coût du carburant nucléaire,
du capital, du
fonctionnement, de l'entretien, du transport et de la distribution
de cette électricité.
Mais elle ne comprend pas le coût additionnel mais éventuellement
incontournable
de l'élimination sécuritaire des déchets
radio-actifs, des assurances en
responsabilité en cas d'accident nucléaire
et de la démolition des centrales,
dont une bonne partie des matériaux seront eux-mêmes
radio-actifs pendant
des générations. Les États-Unis produisent 101 000 MW avec les 104
réacteurs de leur filière
nucléaire. Ils prévoyaient investir en 2001
plus de 58 milliards pour construire
le dépotoir nucléaire de Yucca Mountain, en
Utah, un coût qui a grimpé depuis à
96 milliards pour un projet disponible seulement en 2017.
Jusqu'ici, 119 réacteurs ont cessé leurs activités
mais sont entreposés
temporairement dans des endroits dont la sécurité est
discutable. En
cas d'accident, chaque opérateur de centrale nucléaire
devra fournir 95,8 millions
au pool de cette industrie, dont la couverture totale d'assurance
atteint 10 milliards.
Tout excédent sera refilé aux gouvernements
et aux contribuables.
Présentement, 36 nouveaux réacteurs sont en
construction dans le monde, dont 31 en Europe et en Asie.
Plusieurs autres, comme ceux de la centrale de Gentilly au
Québec, vont être
restaurés pour prolonger
leur vie utile, une décision gouvernementale soustraite à une évaluation
environnementale indépendante et à tout débat
parlementaire.
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