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Y a-t-il eu un débat similaire en France?
Jusqu'à la fin de l'année 1998, la question
nucléaire en France est réservée à
un petit milieu opaque de technocrates. D'autant que la France
est entièrement nucléarisée, avec près
de 80 % de son électricité tirée de l'atome.
Les Français font donc confiance aux autorités
qui, elles-mêmes, se reposent entièrement sur
un lobby tout puissant. L'arrivée de la coalition SPD-Verts
en Allemagne à l'automne 1998, et leur intention exprimée
de renoncer au nucléaire civil, coïncide avec
la libéralisation du marché de l'électricité
en Europe. Soumis à la concurrence, les industriels
cherchent à produire de l'électricité
au moindre coût. Début 1999, le gaz apparaît
plus souple et moins cher que l'atome, il est en effet indexé
sur le pétrole, alors à 10 dollars le baril.
«La tendance, dont les Allemands sont les pionniers
en Europe, c'est oui au nucléaire, mais pour faire
tourner les vieilles centrales le plus longtemps possible:
c'est du kilowatt/heure amorti! En revanche, construire de
nouvelles centrales mobilise des investissement trop lourds.
Le nucléaire, adossé à un Etat fort,
notamment pour des raisons de sécurité, c'est
has been», analyse un expert.
La décision allemande a donc fait voler en éclats
les certitudes hexagonales. Aujourd'hui, évoquer la
sortie du nucléaire n'est plus tabou. Même le
secrétaire d'Etat à l'Industrie, Christian Pierret,
n'hésite pas à déclarer que la part de
l'atome doit passer de 80 à 50 % dans la production
d'électricité. Autre conséquence, l'arrivée
d'une nouvelle génération - plus politique et
plus souple - à la tête des principales entreprises
du secteur: François Roussely à EDF, Anne Lauvergeon
à la Cogema. Tous deux savent que leur entreprise ne
s'en sortira qu'en réduisant leur dépendance
du nucléaire.
Que va changer la décision allemande?
Elle annonce très certainement, à terme, la
fin du retraitement en Europe; l'enterrement de l'EPR, ce
réacteur du futur conçu par le français
Framatome et l'allemand Siemens et dont Lionel Jospin avait
déjà reporté, sous la pression des Verts,
la décision de lancement à 2003, c'est-à-dire
après les présidentielles; et l'abandon des
projets d'enfouissement des déchets nucléaires.
Le retraitement - c'est-à-dire l'extraction du plutonium,
à l'aide d'acide, dans le combustible irradié
des centrales - est plus que jamais sur la sellette, car très
coûteux.
Aujourd'hui, les contrats de retraitement allemands représentent
10 % du chiffre d'affaires total (33 milliards de francs)
de la Cogema. Dès 2005, le combustible usé allemand
ne sera plus retraité, mais entreposé en l'état
sur le site des centrales, dans des piscines de refroidissement.
Une technologie peu complexe. «L'Allemagne renonce donc,
pour une période transitoire de quelques dizaines d'années,
à l'enfouissement profond. Cela renforce les arguments
de ceux qui se battent en France contre le stockage en grande
profondeur dans l'argile de Bure ou dans le granit»,
rappelle Didier Anger, conseiller régional Vert de
Basse-Normandie. «Sans compter l'effet d'entraînement
probable pour des pays comme la Suisse alémanique.
Avec la Belgique qui vient de décider de sortir du
nucléaire en vingt-cinq ans, c'est un quart de l'activité
de l'usine de La Hague qui va s'évanouir», ajoute
Didier Anger. Déjà, le nouveau patron d'EDF
a entrepris de faire pression sur la Cogema pour que celle-ci
baisse au maximum ses prix.
Extraire du plutonium à partir du combustible retraité
coûte une fortune car, une fois à l'état
de déchet, le prix de son élimination serait
de 1 milliard de francs la tonne. Or, plus de 147 tonnes ont
été extraites à La Hague. Signe des temps,
le Commissariat au Plan travaille sur un scénario «sans
EPR» en prolongeant la durée de vie des centrales
nucléaires à soixante ans, comme aux Etats-Unis.
Y a-t-il une alternative au nucléaire?
Pour la production de masse, le gaz est la seule alternative
sérieuse au nucléaire. L'éolien, le solaire,
la combustion du bois et des déchets ménagers
(biomasse) sont des solutions intéressantes mais marginales.
La plus grosse éolienne atteint 1,5 mégawatt
de puissance contre 900 pour une centrale nucléaire!
Il reste quand même une marge de progression en France:
l'éolien ne représente que 2 % de l'électricité
produite sur le territoire. L'avantage du gaz, c'est qu'il
pollue peu. Petites, les centrales à gaz combiné
s'adaptent aux besoins et permettent de décentraliser
la production. Il a en revanche deux gros inconvénients:
il est cher quand le pétrole est cher, ce qui est le
cas aujourd'hui (30 dollars le baril), et il oblige la France
à dépendre de deux pays «à risque»,
la Russie et l'Algérie.
Sans nucléaire, comment lutter contre l'effet de serre?
L'énergie nucléaire ne rejette pas de gaz à
effet de serre, le CO2 responsable du réchauffement
climatique. Le lobby nucléaire, converti sur le tard
à l'écologie, ne se prive pas de le marteler.
Certes, les Verts ont beau jeu de déclarer que l'énergie
nucléaire ne représente que 5 % de l'énergie
consommée dans le monde. Par conséquent, l'abandon
du nucléaire sur toute la planète «ne
pourrait qu'augmenter de 5 % la production de gaz à
effet de serre». Ils ont raison... à l'échelle
de la planète. Mais pour la France? Comment honorer
l'engagement pris à Kyoto de baisser ses émissions
de gaz? Impossible en cas d'abandon du nucléaire. A
moins d'acheter un «droit à polluer» à
un pays plus vertueux. Autrement dit, le nucléaire
pourrait connaître un regain si les différentes
stratégies de réduction des émissions
échouaient d'ici cinquante ans. Mais sous une autre
forme et avec une autre technologie.
Comment les industriels du nucléaire vont-ils s'adapter?
Framatome a déjà commencé à se
diversifier dans la connectique (mélange de connexion
et informatique) qui représente désormais près
de 50 % de son chiffre d'affaires. Quant à la Cogema,
elle a encore de quoi faire travailler La Hague pendant plus
de vingt ans, mais Anne Lauvergeon clamait haut et fort, il
y a un mois, sa volonté de trouver un «second
métier».
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