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La décision allemande d'en finir avec l'énergie
nucléaire n'est que la manifestation spectaculaire
d'un phénomène déjà à l'ouvre
dans le monde entier et depuis longtemps: le désamour
atomique. D'ores et déjà, les mises en chantier
de réacteurs nucléaires se sont taries ou presque.
La montée des soucis environnementaux n'est que l'une
parmi d'autres des causes de ce désamour. L'évolution
des opinions dans les pays développés les a
rendues intransigeantes envers les pollutions, réelles
ou potentielles. Même si Tchernobyl est «plutôt
un accident soviétique qu'un accident nucléaire»,
le traumatisme est durable. Toutefois, le nucléaire
n'a pas perdu la bataille que sur le terrain de la sensibilité
environnementale, mais aussi sur le plan politique et économique.
Non seulement la pénurie d'hydrocarbures, prophétisée
par les écologistes, n'a pas eu lieu, mais leur abondance
et leur prix moyen, relativement bas, ont retiré au
nucléaire ses arguments de compétitivité
économique. Il faut ajouter que cette industrie férocement
capitalistique requiert des délais de rentabilisation
extrêmement longs et peu compatibles avec les mours
financières contemporaines, qui vont de pair avec une
ouverture du marché de l'énergie à la
concurrence.
De plus, le nucléaire est lié à un imaginaire
politique extrêmement centralisateur, avec ce que cela
implique d'autoritarisme sournois. Le nucléaire est
un vrai rêve de technocrate, qui confond habilement
les pouvoirs de la technique et les techniques du pouvoir.
Les procédures pratiques intrinsèques du nucléaire
favorisent la constitution de bastions d'experts détachés
du reste de la société et adonnés à
une culture de l'opacité. Le nucléaire se meurt
aussi de s'être situé aux antipodes de ces tendances
de fond de la société que sont les exigences
de transparence et de décentralisation.
Dans les prochaines décennies, le nucléaire
ne disparaîtra pour autant pas du débat public
et des combats militants: il y a peu de chances pour que son
démantèlement soit moins polémique que
ne l'a été son édification.
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