"Plusieurs centaines à plusieurs milliers de morts" dues à la pollution
Le Monde - 30 juillet 2003


Le gouvernement vient à peine de confirmer le nombre de morts de la canicule qu'un nouveau débat surgit sur l'impact de la pollution de l'air dans ce chiffre. Les fortes chaleurs des mois de juillet et d'août ont en effet provoqué une hausse de la pollution, notamment à l'ozone, sur une large part du pays.

Jean-Félix Bernard, président du Conseil national de l'air, un organisme dépendant du ministère de l'écologie, estime que "plusieurs centaines à plusieurs milliers de morts" ont été précipitées par la mauvaise qualité de l'air en France dans la première quinzaine d'août. Le responsable, par ailleurs élu régional (Verts), a fondé son estimation sur un mode de calcul développé par l'Institut de veille sanitaire (INVS).

Rendue publique en juin 2002, une étude, baptisée "Programme de surveillance air et santé", avait établi, dans neuf villes françaises totalisant 11 millions d'habitants, un lien statistique assez précis entre la hausse des quantités de polluant dans l'atmosphère et la surmortalité constatée. Pour chaque tranche de 10 microgrammes de polluant par m3 d'air, l'INVS avait calculé l'excès de mortalité. D'autres études nationales et internationales ont confirmé ce lien statistique.

PICS JAMAIS ATTEINTS EN SEINE-MARITIME

"Dans le cas d'une exposition prolongée supérieure à six jours, l'excès de risque varie entre 1,2 et 4,6 fois plus,explique M. Bernard. Or cette année, nous avons battu tous les records de durée de la pollution."Se basant sur des sources locales, le président du Conseil national de l'air affirme qu'en Alsace, la pollution pourrait être la cause d'une surmortalité atteignant 5 % du total des décès, durant les quinze premiers jours d'août. L'INVS s'apprête à conduire une étude plus affinée sur le sujet. Les résultats ne seront pas connus avant plusieurs semaines.

Les associations de mesure de la qualité de l'air s'accordent à classer l'été 2003 comme particulièrement médiocre. L'ensoleillement et l'absence de vent ont provoqué des concentrations exceptionnelles d'ozone, mais également de dioxyde d'azote, de particules et de soufre. Dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, le seuil d'information pour l'ozone (180 microgrammes par m3) a ainsi été dépassé à 55 reprises depuis le début de l'été, un record. La Seine-Maritime a enregistré un niveau encore jamais atteint de pics de pollution, a indiqué jeudi 28 août Air Normand, le réseau de surveillance local.

M. Bernard regrette que "la pollution de l'air soit le grand absent de la communication institutionnelle" ces derniers jours. En septembre, la transcription d'une nouvelle directive européenne devrait abaisser le seuil d'alerte des pics d'ozone.

Benoît Hopquin

> Imprimez cet article X Fermer la fenêtre