La France a freiné la directive européenne contre le dégazage en mer
Le Monde - 11 septembre 2000


Strasbourg de notre bureau européen

Tous les Etats de l’Union européenne se proclament en faveur de la réduction de la pollution maritime. Mais rien ne va plus lorsque les députés européens leur demandent de taxer les navires qui dégazent en pleine mer, chaque pays se montrant soucieux de protéger les intérêts de ses ports. C’est donc fort laborieusement que le Parlement a obtenu du Conseil des ministres des transports qu’il adopte une directive destinée à prévenir ces déjections de carburants au large. Le Parlement réuni à Strasbourg, mercredi 6 septembre, a ratifié le texte résultant de cette négociation.
Le rapporteur, Theodorus Bouwman, Hollandais (Verts), affirme que « la France, représentée en l’occurrence par Jean-Claude Gayssot, a été hostile au texte du Parlement jusqu’au mois de juin ». Le député constate que, « à la veille de prendre la présidence de l’Union européenne », la France a opéré un virage : « Elle ne pouvait pas se permettre d’afficher un désaccord, alorsqu’elle avait fait de la sécurité maritime l’une de ses priorités, au lendemain de la catastrophe de l’Erika. » Les députés français confirment le constat de leur collègue, avec plus ou moins d’embarras.
La directive impose des installations de réception de déchets dans tous les ports de l’Union. Elle prévoit qu’une partie du coût de ces infrastructures sera financée par une redevance prélevée sur tous les navires, sauf les petits bateaux de pêche. Ce mécanisme doit inciter les navires à dégazer dans les installations ad hoc plutôt qu’en pleine mer.
Le Parlement demandait que la redevance représente 90% du montant de la construction et de l’exploitation des installations. Après avoir longuement résisté, le Conseil a cédé sur un montant de 30%. Les pays du Nord, qui ont déjà institué un mécanisme de redevance, réclamaient 100%. Ceux du Sud invoquaient le principe de subsidiarité pour ne rien changer.
Au cabinet de M. Gayssot, on précise que le ministre était d’accord avec les objectifs de la directive, mais qu’il avait souhaité défendre la compétitivité des ports français, craignant que les pays du Nord ne subventionnent discrètement leurs ports afin qu’ils ne répercutent pas le montant de la redevance sur les navires.
Rafaële Rivais

 

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