|
TROIS QUESTIONS A Jean-Pierre Beurier, directeur du
centre de droit maritime et océanique de l'université
de Nantes
NANTES, 23 jan (AFP) - La marée noire causée
par le naufrage de l'Erika, en décembre 1999, et le
nettoyage des côtes vont entraîner une "modification
en profondeur de la biodiversité" du littoral,
selon Jean-Pierre Beurier, directeur du centre de droit maritime
et océanique de l'université de Nantes, à
l'origine d'un colloque réuni à Nantes pour
évaluer les suites de la marée noire.
Q - Connaît-on aujourd'hui l'impact précis
de la marée noire de l'Erika ?
R - Nous ne sommes pas au bout de nos surprises. On sait déjà
que l'estran (la partie du littoral située entre les
points les plus bas et les plus hauts de la marée,
ndlr) est le plus touché, non seulement par le pétrole
mais aussi par le nettoyage. Des espèces locales ont
quasi disparu, et le milieu est recolonisé par des
espèces exotiques. Cela va donner lieu à une
modification en profondeur de la biodiversité de notre
littoral.
Q - Deux ans après le naufrage, qu'a apporté
de concret la recherche universitaire ?
R - Nous en savons bien plus, aujourd'hui, sur le modèle
météorologique de déplacement en mer
des nappes d'hydrocarbures, en particulier par gros temps.
Cela accroît d'autant notre capacité d'anticipation.
Mais pour les sciences de la nature, un délai de deux
ans est vraiment le minimum pour commencer à avoir
des résultats sérieux. En sciences sociales
en revanche, nous avons déjà fait des progrès
énormes et utilisables, par exemple dans l'analyse
des conséquences économiques. Les acteurs socio-économiques
peuvent déjà en profiter pour s'organiser.
Q - La démarche de l'université de Nantes
se veut "citoyenne". De quelle façon ?
R - L'université poursuit la démarche entamée
dès le début de la crise, quand elle avait mis
une "ligne bleue" à disposition de ceux qui
luttaient contre la pollution. Aujourd'hui, les scientifiques
peuvent alerter. Ils travaillent aussi à définir
ce qu'est un littoral sain. On n'avait pas autant, auparavant,
retenu les leçons du passé. Après la
pollution de l'Amoco Cadiz, en 1978, nous avions été
démunis face au tribunal de Chicago, qui nous demandait
de prouver en quoi le littoral breton avait été
dégradé. Nous manquions d'inventaires de la
faune et de la flore, et c'est encore le cas aujourd'hui d'ailleurs.
cs/mic/sp
|