Des essais sur l'homme pourraient être nécessaires
Martin Hirsch, directeur général de l'Agence
française de sécurité sanitaire des aliments
(Afssa), devait rendre public, mercredi 30 janvier, un rapport
consacré à "l'évaluation des risques
relatifs à la consommation de produits alimentaires
composés ou issus d'organismes génétiquement
modifiés". Ce document fournit une analyse de
l'ensemble des données quant aux risques que peut présenter,
pour la santé humaine et animale, la consommation d'organismes
génétiquement modifiés (OGM). De ce point
de vue, il constitue une pièce essentielle dans la
controverse qui oppose les multinationales développant
des OGM végétaux (présentés comme
une solution permettant de résoudre les problèmes
de faim dans le monde ou comme de nouveaux aliments mieux
en adéquation avec les besoins nutritionnels) à
ceux qui jugent que la manipulation croissante du génome
de ces organismes expose à de sérieux risques
sanitaires.
L'Afssa avait été saisie de ces problèmes,
le 22 octobre 1999, par les ministères en charge de
la santé, de l'agriculture et de la consommation. Le
rapport a été rédigé sur la base
de contributions fournies par une quarantaine d'experts en
biotechnologie. Il est fondé sur l'examen des études
imposées par la règlementation américaine
et européenne sur la commercialisation des OGM.
RECHERCHES COMPLÉMENTAIRES
L'Afssa observe tout d'abord que seuls des essais de toxicité
aiguë sont exigés par la règlementation
alors que des études de toxicité chronique devraient,
selon elle, être exigées sur des animaux de laboratoire
auxquels on injecterait l'élément génétiquement
modifié. "Seules de telles études permettraient
de révéler des effets potentiels d'une exposition
prolongée sur les systèmes vitaux, notamment
immunitaires, hormonaux et reproducteurs", écrit
l'Agence. Elle estime que l'évaluation des risques,
qui est actuellement fondée sur la seule comparaison
avec les organismes existants utilisés comme aliments
ou sources d'aliments, est insuffisante car elle "ne
permet pas de s'exonérer de l'évaluation des
produits OGM selon des protocoles expérimentaux".
L'Afssa se félicite donc que la commission de Bruxelles
ait entrepris de compléter la procédure actuelle
d'évaluation.
RISQUE "THÉORIQUE "
Pour mettre en évidence d'éventuels effets
toxiques inattendus ou non intentionnels qui ne seraient pas
révélés par des études de toxicité
par injection sur animal de laboratoire, l'Afssa préconise
des recherches complémentaires, notamment des études
de tolérance qui analyseraient les conséquences,
par des animaux de laboratoire, de la consommation de la plante
génétiquement modifiée. Elle considère
que des essais cliniques sur l'homme seront nécessaires
lorsque les fabricants allègueront un effet bénéfique
des OGM sur la santé.
Interrogée sur les risques liés à la
consommation humaine et animale d'OGM contenant des gènes
de résistance aux antibiotiques, l'Afssa se montre
relativement rassurante. Pour les OGM autorisées, le
risque demeure, à ce jour, "théorique"
et "négligeable au regard de la présence
des gènes de résistance aux antibiotiques déjà
présents dans l'environnement". L'avis rappelle
que la réglementation prévoit d'éviter
l'utilisation de gènes conférant la résistance
à un antibiotique susceptible d'avoir des effets préjudiciables
sur la santé humaine et animale.
L'Afssa précise en revanche que l'usage de microbes
- et non de végétaux - génétiquement
modifiés utilisant des gènes de résistance
à un antibiotique présenterait "un risque
non négligeable de transfert de ces gènes à
des bactéries de la flore intestinale". "Il
est important, pour le décideur et le consommateur,
de savoir le niveau de garantie que peuvent a priori apporter
ces études, conclut le rapport. Il est également
important de souligner que ces études ne peuvent apporter
de garanties définitives sur une innocuité totale."
Jean-Yves Nau

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